Permanence Laurent Wauquiez
© Tim Douet

Rhône-Alpes Auvergne : les leçons du premier tour

Laurent Wauquiez en tête au premier tour et favori pour le second, un président sortant, Jean-Jack Queyranne, qui n’arrive qu’en troisième position mais qui est encore dans la course, un FN en deuxième place et qui ne réalise pas la percée espérée… Tour d’horizon des premiers enseignements des résultats du premier tour des élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes.

Laurent Wauquiez au Selcius, le soir du premier tour des élections régionales 2015 © Tim Douet

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Laurent Wauquiez, au Selcius, le 6 déc. 2015.

“C’est gagné pour Wauquiez”

Au Selcius, où Laurent Wauquiez avait prévu un buffet des grands soirs, tout a été fait pour afficher une confiance sans faille dans la victoire finale. Une vingtaine de jeunes, T-shirt bleu de circonstance, avaient été chargés de hurler de joie à l'annonce des premiers résultats. Ils ont cependant eu du mal à retenir un grand "pfffff" quand les scores du FN dans le Nord et en Paca sont tombés. "Ce n'est pas possible", s'est même ému l'un d'eux. Une panne de télé a un peu gâché l'annonce des résultats à 20h, mais tout est rentré dans l'ordre pour l'estimation en Auvergne-Rhône-Alpes par France 3 et les très nombreuses équipes de télévision présentes ont pu tourner les images de liesse attendues, avec force "Laurent, président ! Laurent, président !"

Laurent Wauquiez, lui, a passé l'essentiel de sa soirée à l'étage, avec son équipe, faisant de courtes apparitions devant la presse pour répéter les mêmes éléments de langage : "La dynamique est ici plus forte que n'importe où ailleurs", "C'est un désaveu historique pour le PS", "Ma famille politique a besoin d'une nouvelle génération et de convictions claires, nos convictions, c'est une bonne gestion, pas d'augmentation d'impôts, une solidarité par le travail et non par l'assistanat, une République ferme face au communautarisme".

Il a coupé court aux questions, privilégiant les mini-interviews de quelques dizaines de secondes, ne passant en tout et pour tout qu'une poignée de minutes en compagnie des militants et des journalistes, avant de se rendre à la préfecture et d'afficher encore une fois sa satisfaction : "On est beaucoup plus haut qu'annoncé, le FN est beaucoup plus bas. Donc, oui, c'est une belle victoire." Ce qui n'est pas faux, même si au final les résultats en Auvergne-Rhône-Alpes sont très proches de ceux annoncés par le sondage Ifop-Fiducial pour Lyon Capitale et Sud Radio du 4 décembre : 31,73 % pour Laurent Wauquiez (31 % annoncés), 25,52 % pour Christophe Boudot (27 % annoncés) et 23,93 % pour Jean-Jack Queyranne (24 % annoncés), quand le candidat écologiste Jean-Charles Kohlhaas atteint 6,9 % (7,5 % annoncés).

Ce même sondage donnait Laurent Wauquiez gagnant au second tour avec 36 % des voix, contre 35 % à Jean-Jack Queyranne. Objectivement, la situation du premier tour semble confirmer l'avance du candidat LR face au sortant PS. "C'est gagné. La future région Rhône-Alpes Auvergne* sera présidée par Laurent Wauquiez" concluait ainsi Philippe Cochet, pour qui "Laurent Wauquiez a entraîné une dynamique exceptionnelle. Ça prouve qu'il a utilisé le bon ton". Le député de Caluire et président des Républicains du Rhône perdait juste un peu le sourire au moment de commenter les résultats nationaux : "C'est pas terrible, terrible. C'est surtout le Front qui fait sensation".

* Ce nom semble s'être imposé à droite, contrairement à celui préconisé par la préfecture, que Lyon Capitale a donc pris l'habitude d'utiliser : Auvergne-Rhône-Alpes.

Où sont les Lyonnais ?

À gauche comme à droite, on a cherché les Lyonnais dimanche soir à la préfecture. Résultat de la fâcherie entre Gérard Collomb et Jean-Jack Queyranne, les socialistes lyonnais habitués des soirées électorales ont boudé la soirée, tandis que la droite lyonnaise, pas très représentée dans les listes Wauquiez, a fait de même : ni Michel Havard, ni Denis Broliquier, ni Pascal Blache n'ont pointé leur nez.

Il n'y avait bien qu'Emmanuel Hamelin, qui a affiché sa totale adhésion à la ligne Wauquiez. Interrogé sur la difficulté de porter une opposition municipale à Gérard Collomb avec un Laurent Wauquiez qui l'a pris en modèle pendant la campagne, il a affiché sa conviction que, "devenant de fait le patron de la droite locale, ses rapports vont rapidement se tendre avec Gérard Collomb. Comme président de région, il aura tout intérêt à travailler en bonne intelligence avec lui. Mais ils sont quand même très différents sur les questions nationales, on l'a bien vu. En campagne, on peut mener une stratégie, il n'avait aucune raison de taper sur Collomb. Mais, dans trois mois, tout cela sera oublié."

Cécile Cukierman (PC) et Jean-Jack Queyranne à la préfecture, le soir du premier tour des élections régionales 2015 © Tim Douet

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Cécile Cukierman (PC) et J-Jack Queyranne à la préfecture le 6/12/15.

Le mince espoir de la gauche

Dans l'absolu, ce premier tour des régionales place Jean-Jack Queyranne en fâcheuse posture. Il se retrouve largement distancé par Laurent Wauquiez, qui vire en tête avec un matelas de 8 points d'avance. Les Républicains pointaient dès 20h “le désaveu” des électeurs à l'encontre de l'action de la région Rhône-Alpes, validée seulement par un quart des électeurs.

Le président PS sortant du conseil régional arrive en troisième position, quand il s'était fixé l'objectif de devancer le FN. Mais c'est dans une lecture relative que les socialistes se sont rassurés dimanche soir. Comparés à d'autres régions, où les socialistes ont pris la marée, les 23,9 % de Jean-Jack Queyranne sont dans la fourchette haute. "Nous réalisons le même score qu'en 2010", pointait Jean-François Debat, porte-parole de Jean-Jack Queyranne. Mais, lors des précédents élections régionales, les réserves de voix étaient bien plus conséquentes.

"C'est l'effondrement des écologistes qui nous met dans une situation difficile", souligne Thierry Repentin, tête de liste PS en Savoie. En 2010, le bloc gauche flirtait en effet avec la barre des 50 % au premier tour.

D'autres socialistes préfèrent lire dans l'affaissement de l'alternative au PS des signaux positifs : "La négociation est plus simple. Surtout, les communistes ont réussi à passer la barre des 5 %. S'ils n'avaient pas pu fusionner, je ne suis pas sûr que le report de voix aurait bien fonctionné."

Si le bloc gauche devance le bloc droit au soir du premier tour, la marge est infime. "Il faudra que les reports soient mécaniques et massifs si on veut l'emporter. Ce sera difficile, mais c'est faisable. Tout dépendra de la qualité de l'accord que nous allons passer", avance un négociateur. Jean-Jack Queyranne évoquait lui dimanche une situation à "50/50". "On espère aussi que le peuple de gauche voudra envoyer le signal du sursaut après les victoires du FN dans le Nord et en Paca."

Mais c'est finalement en regardant la situation de leurs rivaux Les Républicains que les socialistes trouvent des raisons d'y croire. "Ils n'auront pas de dynamique d'entre-deux tours et ils n'ont pas de réserve de voix. Les électeurs de Debout la France (3 % des voix) iront plus volontiers vers le FN que vers Laurent Wauquiez. Le temps où les électeurs du FN votaient utile au second tour est fini. La droite n'a aucune réserve de voix et ils ne font pas le plein dans des départements centristes comme la Haute-Savoie", espère-t-on dans l'entourage de Jean-Jack Queyranne. "Nous sommes désormais entrés dans l'ère du tripartisme. Avec 24 % et 12 % de réserve de voix, ça peut suffire", anticipe un proche du président du conseil régional sortant.

Christophe Boudot (FN), à la préfecture le 6 décembre 2015 © Tim Douet

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Christophe Boudot, à la préfecture le 6/12/15.

Et encore le FN est un peu déçu…

Avec 25,52 % des suffrages, soit près de 640 000 voix, le FN a pratiquement réuni autant d'électeurs sur une élection régionale à forte abstention qu'il en avait obtenu sur cette même grande région aux élections présidentielles de 2012 (770 000).

Le score paraît presque décevant, alors que les sondages annonçaient un peu plus et que les ténors du parti réalisent dans leurs régions respectives des percées historiques. Même si certains n'ont pas manqué de pointer le positionnement et la faible notoriété de Christophe Boudot, celui-ci peut se targuer de réunir sur son nom plus d'électeurs en Auvergne et Rhône-Alpes que son mentor Jean-Marie Le Pen en 2002 (542 000) et 2007 (440 000). Cela suffit à son bonheur, au point qu'à l'heure des résultats il a proclamé devant ses troupes en liesse : "Comme je l'avais prévu, nous sommes le premier parti de la région." C'est pourtant bien Laurent Wauquiez qui est arrivé nettement en tête au premier tour, avec 31,73 %, à la tête certes d'une alliance droite-centre.

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