Mémorial aux victimes du vol MH17 à Petropavlivka, dans la région de Donetsk – 2e anniversaire de la tragédie, juillet 2016 © Aleksey Filippov / AFP
Mémorial aux victimes du vol MH17 à Petropavlivka, dans la région de Donetsk – 2e anniversaire de la tragédie, juillet 2016 © Aleksey Filippov / AFP

Poutine et le crime du MH17 : que faire avec la vérité ?

Alors que les regards sont braqués sur la Russie pour la Coupe du monde de foot, le président du comité Ukraine 33 et du Comité pour la défense de la démocratie en Ukraine rappelle ici la responsabilité de Poutine dans l’attaque du Boeing 777 des Malaysia Airlines au-dessus de l’Ukraine en juillet 2014 (298 victimes).

Le 17 juillet 2014, un Boeing 777 des Malaysia Airlines (vol MH17) était abattu près de la ville de Torez, au-dessus du territoire occupé à l’est de l’Ukraine par les milices prorusses et l’armée russe. 298 personnes – passagers et personnel de bord, originaires principalement de Malaisie, des Pays-Bas et d’Australie – perdirent la vie dans des conditions effroyables. Le fait que cette attaque terroriste se soit déroulée en plein jour et dans une région relativement peuplée explique que, dans les jours qui suivirent, le déroulé précis de cette tuerie et la nature exacte de l’arme du crime aient été connus d’un public élargi et attentif (cf. notre tribune du 1er août 2014), avec de nombreuses confirmations ultérieurement (cf. article du 17 mai 2016).

Conclusions définitives

L’identité de l’entité donneuse d’ordre du tir meurtrier d’un missile antiaérien – établie grâce à l’interception des transmissions cellulaires – ne faisait guère de doute non plus : il s’agissait du GRU (renseignement militaire russe). Il a pourtant fallu attendre près de quatre ans pour que la commission d’enquête internationale (1) rende ses conclusions définitives, le 24 mai dernier, à savoir que le missile de type BUK qui avait abattu cet appareil civil assurant la liaison Amsterdam-Kuala Lumpur avait bien été tiré depuis la ville de Snizhne contrôlée par les Russes, sous la direction de personnel militaire russe et à l’aide d’un matériel provenant de la 53e brigade antiaérienne de la garnison russe de Koursk. Bien avant cette déclaration, la plateforme lance-missiles incriminée avait déjà été méticuleusement identifiée et répertoriée (lire ici) et près d’une centaine de suspects comptabilisés. À ce jour, toutes les identités n’ont pas été révélées, afin de ne pas compromettre l’aboutissement d’une enquête rendue très difficile en raison du manque évident de coopération de Moscou.

Veto, refus, tentatives de discrédit, saturation : la Russie utilise tous les moyens pour se disculper

Et l’État russe pendant ce temps-là ? Du point de vue judiciaire, il a toujours prétendu avoir été exclu de l’enquête générale. S’agissant de l’enquête technique, la Russie n’avait pas à être partie prenante puisqu’elle n’était ni le pays de départ ou d’arrivée du vol, ni le fabricant de l’avion détruit, pas plus qu’elle ne comptait de ressortissants parmi les victimes. En revanche, elle a toujours opposé son veto à la création d’un tribunal spécial sous l’égide de l’ONU, destiné à l’origine à identifier les coupables de cet acte de terrorisme. Elle a par ailleurs toujours refusé de fournir certaines données réclamées par la JIT – notamment les enregistrements des contrôles aériens proches des lieux de la catastrophe –, en contradiction totale avec ses engagements auprès de l’ONU.

Dans le même temps, elle a multiplié les tentatives pour se disculper et faire accuser l’Ukraine en utilisant la désormais célèbre tactique du “foisonnement”, qu’elle maîtrise parfaitement, qui consiste à saturer les canaux d’information de données contradictoires tendant à donner au public l’impression qu’il n’existe plus une vérité, mais des vérités de valeur inégale… Parmi les hypothèses fantaisistes relayées par les médias russes mainstream, l’une mettait en cause un avion de chasse ukrainien SU25, sur la base d’un photomontage réalisé à partir d’une image Googlemap datant de 2012 !

La Russie a par la suite tenté de discréditer les conclusions préliminaires de l’enquête en construisant des rapports d’expertise qui mettaient en cause la possibilité que les dégâts observés sur le cockpit reconstitué du Boeing aient pu être causés par un missile BUK. Puis, lorsque cette thèse n’a plus été soutenable, les services de renseignement russes ont rejeté la responsabilité du tir de ce missile sur l’armée ukrainienne, oubliant au passage que l’agence Tass avait pompeusement relayé le jour du crash l’information selon laquelle les “séparatistes” avaient abattu un avion militaire ukrainien Antonov AN26 au-dessus de Torez, avant d’étouffer rapidement l’affaire.

Le summum de la désinformation et de l’horreur a été atteint lorsque des sites et des blogs pro-Kremlin ont commencé à diffuser très largement (dès septembre 2014) des rumeurs, des articles et des photomontages prétendant que l’avion malaisien était en fait rempli de cadavres “plastinés” provenant d’une usine chimique allemande et qu’il avait était abattu uniquement dans le but de mettre en cause la Russie (lire ici).

La Coupe du monde comme écran ?

À présent, le temps n’est plus aux spéculations. Le 29 mai, la représentation des Pays-Bas aux Nations unies a fait une déclaration officielle appelant sans aucune ambiguïté la Russie à reconnaître sa responsabilité et à coopérer avec la justice (2). La patronne de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, et le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, ont également demandé à la Russie de cesser de s’opposer à la manifestation de la vérité. Les familles des victimes, quant à elles, avaient depuis longtemps des convictions profondes que les conclusions de la JIT ont permis de transformer en certitudes. Elles n’attendent plus que justice soit faite et commencent à le faire savoir bruyamment. Un accord passé en 2017 entre Kiev et Amsterdam prévoyant que les coupables seraient jugés à La Haye vient d’ailleurs d’être ratifié par les députés néerlandais.

Mais si, depuis quatre ans que la Russie tue, pille et emprisonne en toute impunité en Ukraine, dans le Donbass et la Crimée, le monde n’a jamais été aussi proche de pouvoir demander des comptes à Vladimir Poutine, un événement sportif majeur, la Coupe du monde de football 2018, organisée par la Russie, risque malheureusement de ramener la tragédie du MH17 au rang de vérité dissimulée “dans l’intérêt commun international”, comme le fut pendant cinquante ans le massacre de Katyn. Je ne peux que citer l’un des derniers tweets de Galia Ackerman, journaliste, écrivaine et historienne franco-russe : “Demain, l’ouverture du Championnat du monde de foot. Les yeux tournés vers la Russie. Oubliés, les prisonniers politiques, oubliée, l’agression contre l’Ukraine, oubliée, l’ingérence dans des processus électoraux en Occident.” Il est effectivement fort regrettable que le dictateur Poutine bénéficie, à quatre ans d’intervalle, d’une seconde compétition sportive pour pouvoir, par la grâce de quelques images bien tournées, faire oublier ses crimes les plus abjects.

  1. JIT MH17 (Joint international criminal investigation team MH17), composée de juristes professionnels originaires des pays des ressortissants victimes de la catastrophe : Pays-Bas, Australie, Malaisie, Belgique, Ukraine. Ses communiqués de presse sont disponibles à l’adresse https://twitter.com/jitmh17
  2. “My government has established the Buk missile that shot down MH17 belonged to Russian army ; we hold Russia accountable for downing of the flight. We call on Russia to accept its responsibility and cooperate with criminal probe, per UN rez.” (Netherlands FM to UNSC)

[Les intertitres sont de la rédaction]

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