Pourquoi Collomb a-t-il limogé son directeur de cabinet ?

Ce ne serait pas le résultat d’un des célèbres coups de colère dont le maire de Lyon a l’habitude. Gérard Collomb a toutefois remercié fin mars, sans plus de manières, l’un de ses collaborateurs les plus proches depuis 2001 et personnage-clef de la vie politique locale, Jean-François Lanneluc, directeur de cabinet à la Ville et directeur de la communication au Grand Lyon. Raison invoquée : un désaccord total sur les ambitions nationales du maire.

En donnant ouvertement son opinion sur les velléités de Collomb, Lanneluc parle aussi en connaissance de cause. A la fin des années 90, il officie auprès de Catherine Trautmann, une maire de Strasbourg qui n’a de cesse de faire le grand écart entre ses fonctions au gouvernement et en Alsace. Les unes se faisant nécessairement aux dépends des autres. Il sera remplacé par Sylvain Auvray, un chef de cabinet plus habitué aux jeux politiciens et relations partisanes qu'aux dossiers de politique publique. Lyon Capitale avait d’ailleurs réalisé un portrait croisé des deux hommes, cheville-ouvrière sur le premier mandat du système Collomb.

Lyon Capitale : Quelles sont les raisons de votre départ soudain de la mairie et du Grand Lyon ?

Jean-François Lanneluc : Tout d’abord, c’est Gérard Collomb qui a souhaité mettre fin à notre collaboration. Les raisons sont assez traditionnelles dans ce genre de métier : cela fait huit ans qu’on travaille ensemble et un phénomène d’usure se crée. Ensuite, ce n’est un secret pour personne que je ne suis pas en phase avec les orientations et les stratégies nationales de Gérard Collomb. Il n’y a rien de factuel, c’est le fruit d’un process qui se produit dans le temps. Un excellent travail a été fait ensemble pendant très longtemps, et au bout d’un moment, vous avez un éloignement lié à l’usure et à ces différences de position.

Mais qu’est-ce qui a provoqué la décision de Gérard Collomb ? Y a-t-il eu un clash avec le maire ?

Il n’y a rien eu de factuel, ce n’est pas ça qui a produit la rupture. Je comprends qu’il ne souhaite pas avoir dans son premier cercle quelqu’un qui ne partage pas la totalité de ses vues, en tout cas qui marque une réticence ou une incrédibilité par rapport à cette stratégie nationale. S’ajoute à ça une évolution de la gouvernance qui ne me paraissait pas aller dans le bon sens. J’ai eu l’occasion d’exprimer des différences par rapport à cela...

Vous n’êtes pas d’accord avec le positionnement national, mais quel est le problème : est-ce que vous ne croyez pas en la capacité de Gérard Collomb à prendre d’autres fonctions, ou pensez-vous que cela dessert Lyon ?

Cela m’est difficile de faire des commentaires, dans la situation dans laquelle je suis, car on peut se dire que cela procède d’une vengeance, ou d’une amertume. Je vous dirais... C’est un peu des deux. On a une différence de vue sur la stratégie nationale. Je n’en comprends pas les objectifs, et je n’ai pas le sentiment que cela aille dans le sens de conforter des positions lyonnaises. Mais cela suffit à créer de l’incompréhension bien sûr.

Le second mandat s’achève dans quatre ans. Il était impossible d'aller jusqu'au bout ?

Je crois être un professionnel de la vie politique, et je ne peux pas dire que je m’étais préparé à aller jusqu’au bout du deuxième mandat. Je ne veux pas dramatiser, je ne veux pas jouer les martyrs. Dans mon type de métier, huit ans c’est déjà une longévité exceptionnelle. Au bout d’un moment, vous ne pouvez pas avoir de désaccord avec votre patron quand vous faîtes le métier que je fais. La relation a été très bonne, très productive sur l’ensemble du premier mandat, il n'y a pas de doute là-dessus. Sur la politique locale, concernant Lyon, et le Grand Lyon, il n’y avait aucun souci. Je suis fidèle à 100 % aux objectifs fixés, car je considère que c’étaient les bons. Mais ces divergences sur l’aspect national sont suffisantes pour la rupture.

Retrouvez ce sujet traité dans le prochain numéro de Lyon Capitale, en kiosque vendredi 26 mars.

à lire également
37 commentaires
  1. Yvan, de Lyon - 23 mars 2010

    Comme le dit Monsieur LANNELUC, dans le mail qu'il a adressé aux élus et membres du cabinet, 'personne n'est irremplaçable'.Ces paroles sont celles d'un homme qui, n'a jamais vécu une séparation imposée et vexatoire.La médiatisation organisée de ce départ, illustre, de mon point de vue, l'évolution d'un homme blessé. Blessure infligée par un homme, qui fait confiance à ses ennemis.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut