Nora Berra à l'ONU

Second couteau de la droite lyonnaise avant l'été, elle s’impose aujourd’hui sur la scène politique. Avec pugnacité et surtout grâce à un poste de secrétaire d’Etat aux Aînés qu’elle valorise. Le cadeau n’était pas empoisonné.

Le 8 octobre, devant l’assemblée plénière de l’ONU, la lyonnaise Nora Berra a pris la parole et s'est lancée dans un discours sur le besoin de ne pas isoler les personnes âgées. Trois mois auparavant, personne n’aurait misé sur sa présence dans l’un des saints des saints de la politique mondiale. Nora Berra venait en effet tout juste d’être élue député européenne. Un peu à la surprise générale. Placée en cinquième position sur la liste, cette conseillère municipale des plus discrètes avait peu de chances d’être élue. Et puis l’UMP a réalisé un score largement au-dessus de ses attentes. Elle est finalement élue.

Michel Barnier fait alors du lobbying pour que Nora Berra intègre le gouvernement pour envoyer à Bruxelles, le sixième de la liste, Michel Dantin, un de ses proches. Nicolas Sarkozy a, lui, besoin d’une femme issue de la diversité pour remplacer symboliquement Rachida Dati. Par la grâce de cette leçon de cuisine politicienne, Nora Berra devient secrétaire d’Etat aux Aînés.

“Un titre nouveau et un peu vague”, dit-on à son cabinet. Surtout pas la promesse de mettre les mains dans le cambouis et de porter des sujets sensibles. Un peu de prévention contre la chaleur dans les maisons de retraite. Et puis la grippe A est arrivée. Nora Berra multiplie les déplacements. Une petite tape amicale sur l’épaule d’une personne âgée, une piqure dans le bras pour sensibiliser au vaccin contre la grippe. Elle n’a pas de propos politique pour le moment mais des attentions. Durant l’été, elle a bien entendu les consignes de Nicolas Sarkozy qui voulait que ses ministres continuent de silloner la France.

Elle n’apparaît presque jamais seule, toujours accompagnée d’un ministre, souvent Roselyne Bachelot, mais elle occupe l’espace médiatique. Le soldat Berra monte aussi au front, à la rentrée, pour soutenir Brice Hortefeux en pleine tourmente. A Lyon, quand Gérard Collomb tente de lui imposer le silence lors d’une cérémonie à l’hôtel de ville, elle s’obstine et finit par prendre la parole. La candidate des européennes qui bafouillaient devant un micro est devenue une bonne communicante. “La ministre a progressé car elle s’est accaparée les dossiers. Quand vous êtes plus au fait des choses, vous êtes meilleurs. Elle est plus à l’aise aujourd’hui”, glisse son cabinet.

Pour les dossiers de fonds, il faut être plus patient. Fin septembre, elle a inauguré en région parisienne son “plan Wii”. Distribuer 30 consoles de jeu, d’une valeur de 250 euros, dans 30 maisons de retraite. Une mesure bien à elle, même si partagée pour une part avec le secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants hubert Falco, mais très anecdotique. Qu’importe, un peu plus de trois mois après sa prise de fonction, Nora Berra commence à se faire un nom.

"Elle a pris un poids politique”

“J’avais des inquiétudes car elle a franchi toutes les étapes d’un coup, elle n’a jamais été parlementaire, même si j’en suis un peu responsable, puisque j’ai beaucoup parlé d’elle à Nicolas Sarkozy. Elle a pris un poids politique”, se réjouit Dominique Perben qui l’avait propulsé tête de liste dans le huitième arrondissement lors des municipales de 2008. Grâce à ses fonctions nationales, Nora Berra arrive à exister dans le paysage lyonnais. “Elle a acquis une dimension que personne n’imaginait il y a quelques temps. Quand elle était conseillère municipale d’opposition, elle avait une existence mais pas un grand espace politique. Aujourd’hui, elle s’affirme. Lors du repas de rupture du jeûne, elle a montré sa capacité à s’opposer à Gérard Collomb”, illustre Michel Forissier, secrétaire départemental de l’UMP. “La fonction fait la personne. Elle a pris la dimension de son secrétariat d’Etat. Elle a un poids politique. Le terrain la légitime et il se passe quelque chose”, se félicite le conseiller municipal UMP Emmanuel Hamelin.

Rivalités ?

A Lyon, elle était une promesse ou un pari. Son expérience parisienne en a fait une femme politique. Au point de susciter quelques jalousies ? “La classe politique lyonnaise de tous bords n’aime pas les nouveaux surtout quand ils se rendent compte qu’ils font leurs preuves”, répond Michel Forissier. A Lyon, on nie toute rivalité. “Les rôles sont connus. Michel Havard s’occupe de Lyon où il est identifié et accepté par tous, moi du Grand Lyon. Les choses sont organisées. Si Nora Berra s’intègre au dispositif, tant mieux. L’enjeu, c’est d’additionner les compétences”, essaie de se convaincre François-Noël Buffet, sénateur-maire UMP d’Oullins et chef du groupe d’opposition au Grand Lyon.

La mayonnaise Berra prend mais à Paris plus que dans les cuisines locales de la droite. “Sa fonction est à 95 % nationale”, glisse Dominique Perben. La secrétaire d’Etat essaie tout de même de cultiver son jardin lyonnais au rythme d’un déplacement par semaine. Des rumeurs entourent sa participation sur les listes UMP des régionales. Son nom revient au même titre que ceux de cadres du parti.

Dans les milieux politiques comme avec des associations tournant autour de la thématique de son secrétariat d’Etat, elle démontre une certaine habileté. “J’habite dans la région Rhône-Alpes donc je connaissais au moins son nom. Quand je l’ai rencontrée, cela a été une bonne surprise, explique Arlette Meyrieux, présidente de France Alzheimer. Nous avons discuté pendant une heure et elle connaît son sujet. Elle appréhende bien notre problématique même si on ne peut pas demander à un ministre qui débarque de tout connaître”. Courant octobre, la secrétaire d’Etat lyonnaise doit lancer des débats régionaux sur le thème de l’isolement des personnes âgées. Une nouvelle occasion d’exister dans le paysage politique. L’ambitieuse Nora Berra n’a pas laissé passer la vitrine que lui a offert Nicolas Sarkozy le 24 juin. Second couteau de la droite lyonnaise, elle est aujourd’hui une secrétaire d’Etat qui a justifié son existence et quelques prétentions locales.

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