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Michel Havard ou la victoire du gendre idéal contre Paris

En se posant en victime des combines d'appareil parisiennes, Michel Havard a réussi à fédérer son électorat et à mobiliser de nouveaux électeurs venus donner corps au vent de "résistance des Lyonnais" qu'il appelait de ses voeux. Lyon Capitale vous propose de comprendre comment Michel Havard, seul contre tous, a réussi à inverser la dynamique de rassemblement de Georges Fenech.

Et au final, c'est le gentil qui gagne. Ce constat enfantin suffit à résumer la victoire de Michel Havard dans la primaire UMP au dépens du pugnace Georges Fenech. La semaine d'entre deux tours a été dense et intense et chacun des candidats a livré une vraie campagne, à la différence du premier tour. Les deux candidats ont été bons mais Michel Havard a mieux su tirer avantage d'une semaine à rebondissements. Dans le registre de l'action, Georges Fenech a réussi à contrer la dynamique de Michel Havard, vainqueur du premier tour, en s'arrogeant les soutiens d'Emmanuel Hamelin et de Nora Berra. Il pensait avoir asséné le coup décisif en faisant sortir Michel Noir de sa réserve. Avec le soutien de celui que les élus comme les observateurs imaginaient encore comme une statue du commandeur, Georges Fenech devenait jeudi soir le grand favori de cette primaire. La dynamique, les réserves de voix étaient de son côté.

Dans le registre de la réaction, Michel Havard en appelait à la "résistance des Lyonnais". Poussé dans ses retranchements comme jamais depuis 2008, année où il a été intronisé leader d'une droite lyonnaise en ruine, il n'avait jamais su fendre l'armure. Si Georges Fenech a gagné, politiquement, la campagne d'entre deux tours au jeu des alliances, au final Michel Havard a remporté la primaire sur des ressorts humains. En opposant à la froideur des calculs politiques, l'image d'un homme trahi et meurtri, le président du groupe UMP au conseil municipal a su trouver les mots qui ont plu aux Lyonnais. Le regain de participation lui a profité tout comme des alliances d'entre deux tours mal perçus par les anciens électeurs de Nora Berra et d'Emmanuel Hamelin.

Lyon vs Paris

Pour contrecarrer les plans de Georges Fenech, Michel Havard et son équipe ont très vite trouvé des éléments de langage "porteur". Il a joué la carte du "petit Lyonnais contre les puissants parisiens", accusés d'être à la manœuvre derrière Georges Fenech. En flattant le Lyonnais, Michel Havard a fait mouche. Il a trouvé une explication qui permettait de noyer les procès en incompétence menés par Emmanuel Hamelin, Nora Berra ou Michel Noir. "Les gens en ont marre d'être manipulés. Nous pouvons peut-être dire merci à Paris", s'amuse l'entourage de Michel Havard. "Les alliances contre-nature nous ont rendu service. Il y aurait eu une logique à ce que Berra et Hamelin soutiennent Havard. Ca a fait monter en notoriété Michel Havard qui a été accosté dans la rue. Ils nous ont regonflés à bloc", analysait dimanche soir Damien Gouy-Perret, le directeur de campagne de Michel Havard.

Un membre de son équipe mettait lui en avant un précédent : "les gens se rangent toujours du côté du gentil, du trahi. Rappelez-vous l'épisode Balladur/Chirac". Le tous contre Havard, chez les élus, s'est mué en tout sauf Fenech dans les urnes lyonnaises. L'afflux de nouveaux électeurs entre les deux tours l'illustre. "La hausse de la participation a avantagé Michel Havard. Notamment dans le 5e où il y a eu beaucoup plus de votants", appuie l'entourage du vainqueur de la primaire.

Un fief qui fait la différence

Michel Havard a construit son succès sur ses terres du 5e. "Ca faisait dix ans que l'on travaille sur le terrain pour ça", glissait, soulagé, un proche de Michel Havard. Disposant d'un fief qui manquait à Georges Fenech, il a creusé un avantage sur son rival (73 % contre 27 % pour le député de Givors). Son arrondissement lui a permis d'atténuer ses mauvais scores dans les arrondissements historiquement ancrés à droite comme le 2e et le 6e. Son plébiscite dans le 5e permet aussi de transposer en actes ses attaques sur le parachutage de Georges Fenech. Elles sont toutefois à nuancer : sans cet arrondissement, Georges Fenech l'aurait emporté avec 16 voix d'avance.

La droite a désormais un leader incontesté

Après avoir douté, avant le premier tour, de sa capacité à virer en tête puis après avoir tremblé devant la dynamique de rassemblement opérée par Georges Fenech, Michel Havard a finalement remporté la victoire. Il ressort, grâce à un écart de voix important, en leader incontesté de la droite lyonnaise. Pour lui, la primaire valide la pertinence de son travail d'opposant : pondéré, constructif et patient. Les critiques vont désormais se faire plus rare dans son propre camp.

La droite lyonnais, après une semaine de regain de tension, se rassure des résultats d'une primaire qui aurait pu virer au crash-test. À gauche, la candidature de Georges Fenech inquiétait. Les socialistes redoutaient de devoir se coltiner un adversaire plus pugnace que Michel Havard. À gauche comme à droite, tout le monde sort rassuré de cette primaire. Le gentil a gagné ; c'est la morale et la leçon de cette élection inédite à Lyon qui s'est transformée la semaine dernière, par le truchement d'alliances surprenantes, en un affrontement manichéen.

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