“Il ne reste que le combat de classe“

Malgré le froid, 300 personnes sont venues assister hier soir au débat organisé par le Nouvel Observateur à Lyon. Le thème : “repenser la gauche“ a fait déplacer le maire socialiste de Lyon, Gérard Collomb et son épouse, Hubert Julien-Laferrière (PS), Gilles Vesco (Modem) et Najat Vallaud-Belkacem (PS) ainsi qu'André Tiran, le nouveau président de l'université lyon II. Un débat intellectuel de haute volée, appelant notamment au retour de la lutte des classes.

Débattre de l'avenir de la gauche. Tout un challenge qu'ont tenté de relever hier soir Jacques Julliard éditorialiste au Nouvel Observateur, 77 ans, historien de formation, ancien syndicaliste et son directeur général et directeur de la publication, ancien directeur du groupe FNAC, Denis Olivennes, 49 ans. Les deux hommes de gauche se sont opposés sur le thème “repenser la gauche“, ils ont débattu une heure et demi face à leurs lecteurs lyonnais, dans le cadre du très académique grand amphithéâtre de l'université Lumière lyon II, quai Claude Bernard à Lyon.

Crise morale et lutte des classes

Jacques Julliard a commencé par un exposé liminaire d'une dizaine de minutes, très stimulant par sa hauteur de vue et sa verve. Il a débuté par une citation : “on a engendré un monde où tout est donné au capital et rien au travail. On a affaiblit la démocratie parce que les citoyens attendent d'elle qu'elle les protège (….)“, une partie du discours de Nicolas Sarkozy à Davos récemment devant les dirigeants du monde entier. “Y a t il eu des discours de dirigeants politiques autant en désaccord avec les dirigeants économiques ?“, a interrogé l'éditorialiste du Nouvel Obs, il voulait ainsi faire le parallèle entre la crise de 1929 et la crise actuelle.

Nous appartenons à un monde qui est en train de naître“, a poursuivi l'historien. “Comme durant la crise de 29, tout le monde critique la crise actuelle. Les dirigeants politiques de droite comme de gauche. A la différence près qu'à l'époque, les gens de gauche pouvait se tourner vers l'utopie communiste, ceux de droite vers l'utopie fasciste. Aujourd'hui, si nous ne faisons rien, des formes de populisme vont renaître. Pourtant les banquiers continuent de faire comme si de rien n'était, ils n'ont rien changer à leur comportement“, s'est désespéré Jacques Julliard.

Problème selon lui : en 1929, pour moderniser la France, on a fait un compromis social. “Mais pour faire un compromis, il faut être au moins deux, a rappelé l'ancien syndicaliste. A l'époque, il étaient trois : le patronat, les syndicats et l'Etat. Aujourd'hui, il y a une crise morale, le capitalisme n'assume plus ses responsabilités“.

La position actuelle de la nouvelle gauche m'étonne, une part de réglementation nationale et internationale est essentielle (…) Si nous sommes incapables de faire les régulations nationales nécessaires, nous ne pourrons pas faire les régulations internationales. L'Europe est d'ailleurs malheureusement incapable devant la crise actuelle“.

En conclusion, l'éditorialiste a demandé à la gauche de “retrouver le sens du réel“ et a déclaré “il ne reste que le combat de classe pour faire face à la crise actuelle, puisqu'il n'y a pas d'autres moyens“. Jacques Julliard a néanmoins appelé à éviter les thèse d'extrême gauche, “quand je lis le programme de Besancenot, il a un discours de guerre civile sur le plan politique et de retour à l'âge de pierre sur le plan économique“.

Pour un interventionnisme d'Etat renforcé

Denis Olivennes, directeur de la rédaction du Nouvel Obs, plus jeune que Jacques Julliard, a poursuivi. “J'appartiens à une autre gauche“ a-t-il commencé. Il est revenu sur l'idéal d'égalité économique et sociale. Le but de la gauche ayant toujours été selon lui “d'égaliser les conditions“. “Nous vivons une époque qui a réalisé cet idéal“, a-t-il dit. “Dans les pays d'Europe occidentale, la société est fondamentalement social-démocrate. La fin des classes dangereuses, la baisse des inégalités, tout cela est devenu réalité aujourd'hui“.

Le directeur de la rédaction du Nouvel Obs a ensuite fait le parallèle entre la crise actuelle et une autre crise, celle de la fin des années soixante-dix. “Tout le monde a dit qu'il s'agissait d'une crise du pétrole, mais c'est faux. C'était une crise plus profonde, celle de la remise en cause de l'intervention de l'Etat. Sur cette base, ce sont développés ensuite l'ultra-libéralisme et le néo-conservatisme“. Depuis cette époque, on remettrait selon lui les méthodes social-démocrates en cause.

Pour répondre à la crise des années soixante-dix, il a fallu selon lui “libérer les forces de l'entreprise, le crédit, la finance et de fait, on a constaté une reprise de l'économie depuis dix ans. Mais à quel prix ?“, interroge l'homme de presse. “A partir des années quatre-vingt-dix, on a vu les inégalités se creuser“, selon lui.

Deuxième caractéristique du système économique actuel, son instabilité. Comme Schumpeter l'a identifié en son temps, le capitalisme renaitrait de ses cendres à chaque crise, il en sortirait renforcé selon le phénomène de “destruction créatrice“. Denis Olivennes reprend cette thèse à son compte. “Mais on n'est pas obligé d'accepter cette instabilité“, précise-t-il.

En conclusion, le directeur général en rupture avec son éditorialiste a défendu la financiarisation de l'économie. “La finance est nécessaire pour financer les innovations, elle a permis notamment de financer la troisième révolution industrielle, la révolution informatique“. La finance ne serait donc pas dangereuse par elle-même. Mais elle le deviendrait “quand elle est tournée vers la spéculation et non plus vers la production“. Après la crise de la finance mondiale qui a éclaté en septembre 2008, le remède viendrait donc plutôt des Etats selon Denis Olivennes et de leur capacité à mettre en place de nouveaux mécanismes de régulation de la finance.

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