Le mont Athos. Les photos ont été tirées sur du papier japonais en fibre de gampi avec un procédé qui dévoile des lumières d’une délicatesse extrême © Eric Dessert

Exposition à l'UCLY : le voyage contemplatif d'Éric Dessert au mont Athos

Le photographe Éric Dessert nous fait partager son périple au mont Athos, unique république monastique au monde. Un voyage en noir et blanc, lumineux et émouvant.

Né en 1957, exposé notamment au Centre Pompidou, à la Bibliothèque nationale de France, à l’Institut français de Naples, mais aussi en Chine et en Roumanie, Éric Dessert développe un travail personnel nourri de nombreux voyages à travers le monde où il s’intéresse au paysage et à la ruralité dont il célèbre la beauté, fuyant l’urbanisation et l’industrialisation pourtant caractéristiques des pays qu’il explore.

En 1994, il bénéficie d’une autorisation exceptionnelle qui lui permet de parcourir pendant un mois le mont Athos, montagne située au nord de la Grèce à l’extrémité sud-est de la Chalcidique et qui est depuis le Xe siècle un haut lieu du monachisme chrétien d’Orient.

Il nous offre ainsi Un lieu à nul autre pareil, merveilleuse escale dans le quotidien des moines et les paysages alentour, constituée de quarante photos qui dialoguent avec les textes du grand poète américain William S. Merwin (1927-2019) qui lui aussi avait arpenté les chemins de la Sainte Montagne. Les deux artistes ont ainsi été réunis dans un livre paru en 2015 :Au miroir de la Montagne aux éditions de la revue Conférence.

Lumière et douceur

C’est avec une grande douceur que l’on entre dans le travail d’Éric Dessert, comme projeté dans un ailleurs inimaginable, empreint de silence et de contemplation mais aussi de souvenirs personnels, comme si nous avions nous-même déjà traversé cet ailleurs.

On devine très vite à quel point la notion de temps l’a accompagné dans son périple. Le temps pour arpenter, aller de monastère en monastère, sous la chaleur, dans une nature parfois aride, portant sa chambre photographique avec laquelle il ne peut faire que vingt photos par jour, cherchant durant de longues heures le cadrage qui trouvera l’équilibre entre architecture, lumière et émotion.

© Éric Dessert

Il élimine, se concentre et capte les détails avec une incroyable précision, la chambre étant comme une toile avec laquelle il compose dans une écoute où il se rend disponible au sujet car, dit-il, “c’est lui qui me choisit, moi je ne suis qu’un passeur”.

Avec ses photos réalisées à l’argentique noir et blanc, il nous fait découvrir des lieux remplis de soleil, certains posés face à la mer Égée, des objets simples sur lesquels les jeux de lumière, de transparence et de reflet révèlent le passage et la présence de la vie, tout comme cette nature intacte où il n’y a rien d’autre que ses propres bruits et qui semble résister au temps qui passe.

De petit format, ses photos ont été tirées sur du papier japonais en fibre de gampi (12 grammes au mètre carré) avec un procédé – le platine-palladium – qui dévoile des lumières d’une délicatesse extrême ou d’une extraordinaire profondeur comme peut l’être aussi le noir.

Ce procédé photographique qui se rapproche, visuellement, de la gravure nous donne aussi l’impression d’être devant des toiles peintes à l’encre de chine, voire crayonnées. Et pour l’artiste, la fragilité du papier égale le reflet du monde, avec ses lieux où il faut marcher, la soif et la fatigue, là où tout invite à demeurer humble.

Les textes de Merwin sont splendides. Il écrit tel un photographe, avec précision, avec des variations de rythmes, d’émotions vives ou méditatives. Il est celui qui, en marchant, fait corps avec ce qui l’entoure et nous donne à voir !

Si Éric Dessert a vécu cette expérience comme un exercice spirituel et privilégié qui résonne encore en lui, sa proposition est une rencontre avec une œuvre profonde qui, sans que l’on soit forcément croyant, ramène à soi, au sens de l’existence, un havre de paix rempli d’allégresse et de souvenirs !

Un lieu à nul autre pareil - Éric Dessert – Jusqu’au 28 juin, à l’Ucly, 10, place des Archives, Lyon 2e

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