Scarlatti par Tharaud

Scarlatti par Tharaud, la trahison délicieuse

CHRONIQUE CD CLASSIQUE. Le pianiste Alexandre Tharaud s’attaque à dix-neuf sonates de Domenico Scarlatti. Alors ce nouvel enregistrement, une vraie bonne surprise ou un bon moyen d’effaroucher les baroqueux qui s’insurgent contre l’interprétation sur piano moderne d’œuvres pour clavecin ?

Certaines figures de l’Histoire de la musique demeurent intouchables… Domenico Scarlatti fait partie de cette caste, celle de ceux érigés en monument. Claveciniste virtuose, compositeur parmi les plus originaux du début du 18è siècle, ses 555 sonates pour clavecin sont considérées comme des joyaux de virtuosité dont les pianistes raffolent à s’emparer. « La musique de Scarlatti a été écrite et pensée pour le clavecin, mais elle sonne de manière évidente sur un piano moderne », constate Alexandre Tharaud réglant ainsi l’interrogation sur le choix de l’instrument pour ces sonates.

Alexandre, le grand ?
Chopin écrivait « Moi je ne cherche qu’à exprimer l’âme et le cœur de l’homme ». Un adage que semble avoir fait sien Alexandre Tharaud, qui distille ça et là une puissance dramatique bouleversante dans son interprétation comme dans la sonate en sol mineur k8. Ce sont dix-neuf Sonates choisies entre les grands classiques et des œuvres plus méconnues qui composent l’enregistrement. L’ensemble s’avère étonnant de dépaysement, Scarlatti apparaît indéniablement moderne par la grâce du jeu presque romantique d’Alexandre Tharaud. Séduisant, cet album l’est assurément car il démontre une audace, une personnalité, et une certaine virtuosité du pianiste au jeu gracieux et délicieusement aérien. « Alexandre Tharaud plays Scarlatti », le titre de l’album ne ment pas, après Chopin, Journal intime et Erik Satie, Avant-dernières pensées, Alexandre Tharaud poursuit l’écriture de son journal intime en musique. Instillant une relation puissante de proximité avec son auditeur, la voie qu’il semble avoir choisie est celle de la liberté et de la jouissance tendue sur le fil de l’intime. Un audacieux mélange qui réussit au pianiste et qui le rapproche un peu plus de Scarlatti, l’intouchable, qui lui-même était guidé par la fantaisie et une une pointe de folie lorsqu’il a écrit ces pages musicales saisissantes.
Alexandre Tharaud plays Scarlatti.
Virgin classics.

à lire également
Carmen, de José Montalvo / Noé, de Thierry Malandain / Le Bestiaire d’Hichem, de Jeanne Mordoj © Patrick Berger / Olivier Houeix / Géraldine Aresteanu (montage LC)
José Montalvo présente cette semaine à Lyon sa vision démultipliée de Carmen, “un être sans patrie”. Auquel fera écho “L’errance est humaine” de Jeanne Mordoj. Quelques jours avant le Noé de Thierry Malandain qui interroge la transformation de notre humanité.
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux

Nos BD
Faire défiler vers le haut