Pour ses 200 ans, Guignol invite ses potes

Mais, en attendant l'ouverture totale (reportée à fin 2009), le musée Gadagne ne pouvait rater l'anniversaire de sa plus célèbre mascotte : Guignol. Pour les 200 ans du pote à Gnafron, les salles d'expositions temporaires du musée sont consacrées à l'un des plus grands marionnettistes du 20e siècle : Jacques Chesnais. C'est Guignol qui accueille cet illustre marionnettiste, le temps d'une petite exposition liminaire présentant quelques pièces historiques, dont trois marionnettes de Guignol conçues par Laurent Mourguet en 1908-1920 : "ce sont nos incunables" dit la directrice des lieux Simone Blazy. Après ces quelques Guignols, Madelon et autre moulage de la tête du Raymond Barre des Guignols de l'info, changement total d'ambiance.

L'univers esthétique de Jacques Chesnais (1907-1971) est gai, coloré, poétique et onirique. La première pièce, "Le Ballet maritime" (1952), donne d'emblée le ton. Elle met en scène des marionnettes qui n'ont rien de pâles copies d'humains. Ce sont des objets superbement stylisés et animés. "Son génie, c'est la transformation des objets" résume sa fille Marion Chesnais. "Il tire les objets vers le rêve et l'évasion ; il a aimé le surréalisme, l'alliance des matières et du vivant" poursuit le commissaire d'exposition Jean-Luc Mattéoli. Dans les collections des Chesnais, on croise une danseuse à gaine dont la tête a été sculptée par Edgar Degas, ou encore un superbe ensemble, "Le match de boxe", créé à partir de maquettes de Fernand Léger. Les originaux des maquettes préparatoires sont d'ailleurs présentées dans l'expo, grâce au prêt exceptionnel consenti par un particulier. "Au départ, Jacques Chesnais est dessinateur, graphiste, graveur, peintre ; il suit les cours de Fernand Léger et baigne dans l'effervescence artistique du Paris des années 30 et 40. Ses premières réalisations, très modernes, participent à ce mouvement de rénovation des arts plastiques et du théâtre" explique Jean-Luc Mattéoli. Avec sa compagnie La Branche de houx, Jacques Chesnais invente des spectacles sans parole sur de la musique "concrète" avant l'heure, composée par des musiciens contemporains. C'est ainsi qu'André Jolivet écrit la musique du "Ballet des étoiles", un ensemble très proche de l'univers de Cocteau. "Cocteau adorait les marionnettes et venait régulièrement aux spectacles de Chesnais" confirme le commissaire d'exposition. Les créations des Chesnais sont accueillies de Rio à Londres, dans les plus grands théâtres et music-halls.

Jacques Chesnais conçoit aussi de pièces satiriques : en 1936, il met ainsi une compte rendu de la Chambre en marionnettes, avec un député de droite à la tête en forme de fleur de lys, sérieux comme un pape, et un député de gauche rouge bolchevique montrant les crocs... Il manie aussi bien les marionnettes à gaine (volontiers satiriques) qu'à fil (plus poétiques). Il investit également le champ de la publicité (Nestlé ou Philips), de la mode, de la presse, de l'éducation (pour les écoles Montessori) ou de l'édition pour enfants (il créé une mallette-jeu pour le Père Castor/Flammarion). Dès 1937, il travaille même pour la télévision, alors que la France ne compte alors que 400 postes de télé ! Les marionnettes conçues par Jacques Chesnais sont plastiquement très belles, drôles, inventives, stylées et composent des univers féériques.

Depuis le décès de l'artiste en 1971, elles n'avaient pas été montrées au public. Heureusement, Guignol, qui oublié d'être un ringard, a eu la belle idée de les inviter pour son anniversaire.

Jacques Chesnais, un monde entre ses mains, exposition jusqu'au 18 mai au musée Gadagne, place du Petit Collège, Lyon 5e.
Du mercredi au dimanche de 11h à 17h45. 5/3 euro. www.museegadagne.com

Ateliers pour les enfants (dès 6 ans) "à chacun sa marotte" : comment créer une marionnette en peu de temps et lui donner vie ?
Les 27, 28 et 29 février de 14 à 16h.
6 euro. Réservation conseillée : 04 72 56 74 06.

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