Peut-on encore aimer Béjart ?

Rencontre.

C'est avec Zarathoustra, le chant de la danse, un hymne à la danse et à la vie autour d'une fascination pour Nietzsche et Wagner, créé en 2005, que Gil Roman vient à Lyon. A la vue de cette pièce très académique, une question se pose : la danse de Maurice Béjart a-t-elle vraiment encore un intérêt ? Oui, selon Gil Roman, car les salles sont pleines, le public est toujours touché et le plus important n'est pas tant sa gestuelle que le sens profond de son travail. A vous de voir.

Lyon Capitale : Vous avez repris la direction artistique du Ballet à la mort de Maurice Béjart, qu'est-ce que vous souhaitez en faire ?
Gil Roman : Maurice avait confiance en moi et il souhaitait que je choisisse les pièces à remonter au bon moment, de façon qu'elles touchent et qu'elles soient comprises. Dans cette suite, il y a la volonté de transmettre et celle de créer mes spectacles, mais je ne veux pas en être le chorégraphe exclusif et l'idée est de l'ouvrir à d'autres chorégraphes de façon à nourrir mes danseurs de styles différents. Il est évident que l'on ne bouge plus comme avant, la danse s'est transformée et s'il faudra toujours garder le sens des pièces que nous remonterons, les danseurs doivent aussi y apporter leurs nouvelles expériences chorégraphiques.

Que répondez-vous à ceux qui disent que son langage est resté classique et n'a pas évolué depuis trente ans ?
Qu'on peut en discuter longtemps parce que ça dépend des ballets. Il y a un tel panorama dans son travail que je ne peux porter de jugement. Il y a eu un moment où il était en recherche de mouvements, puis il a pris la danse classique avec son langage à lui et ce qui est devenu important était ce qu'il avait envie de dire, la mise en scène, la recherche du sens et non pas la quantité ou la nouveauté des pas. Il a créé plusieurs types de ballets, théâtraux, musicaux ou abstraits. Il y a tellement de Maurice différents, c'est tout un chemin de vie. Ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est de remonter des ballets très divers en offrant aux danseurs d'autres possibilités d'interprétation. Comme par exemple Le Concours qui est une pièce amusante et dont j'ai envie de retrouver l'atmosphère transposée à notre époque, je vais monter des choses sur Boulez, ce qui n'a rien à voir et aussi Jusqu'à l'amour, un adage de vingt minutes de Mahler et qui est un travail très contemporain. Evidemment, si vous voyez toujours la même chose, vous ne pouvez voir les différences.

On parle de Zarathoustra comme d'une pièce testamentaire qui retrace des périodes de sa vie et de ses réflexions artistiques ?
Maurice a toujours été très fasciné par Nietzsche, mais aussi par la relation qu'il avait avec Wagner. Et il se sentait lui-même moitié Wagner moitié Nietzsche, alors il s'est replongé dans Zarathoustra. On a passé des mois à le lire et il ne cessait de me faire remarquer qu'il y avait dans cette œuvre, le mot danse toutes les deux pages. Ça le fascinait, il avait besoin de le dire, qu'il faut se dépasser par la danse, qu'il faut être révolutionnaire pour se dépasser soi-même, et que le danseur est l'être révolutionnaire par excellence. C'est ce rapport de la danse, avec la pensée de Nietzsche qu'il a décidé de mettre en scène. Mais ce n'est pas une pièce testamentaire.

Qu'est-ce qu'il a apporté de fondamental à la danse ?
Tellement de choses. Il a surtout donné la possibilité aux interprètes de pouvoir s'exprimer avec leur intériorité et c'est pour cela que les danseurs aiment danser ses pièces et qu'ils veulent tous venir travailler au Ballet. Cette sincérité, le public la ressent aussi et nous le montre en étant toujours aussi nombreux et heureux à la fin des spectacles. Lorsqu'on dit que ça n'a pas évolué, la question à poser est : est-ce que ça vous nourrit ou pas ? Et c'est toujours la question ! Quant à moi, ce que je fais ne ressemble en rien à ce qu'il a fait. Mais j'ai eu un maître qui m'a nourri profondément, qui m'a donné, à vie, cette envie de recherche de soi par la danse.

Zarathoustra, le chant de la danse de Maurice Béjart, du 11 au 18 Mars. Amphithéâtre de la Cité Internationale. Tél 04 72 78 18 00

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