Nuits Sonores : la musique "prémonitoire" de Monsieur Henry

Le concert spécial de Nuits Sonores constitue généralement l'occasion de se faire un peu mal au cerveau, en fin de festival, avec de la musique intellectuelle et/ou ésotérique. Pierre Henry, père de la musique concrète aujourd'hui âgé de 82 ans, succède donc aux Berlinois d'Einstürzende Neubauten, qui avaient livré une prestation d'électro bricolo réjouissante au Transbordeur en 2008. Une apparition d'autant plus remarquable dans le festival que cet artiste radical, compositeur de la très dogmatique et fondatrice Messe pour le temps présent, n'a jamais caché sa répulsion à voir des foules s'agiter et danser sur sa musique.

Lyon Capitale : Vous avez déclaré, par le passé, que votre musique n'était pas faite pour que les gens s'agitent en l'écoutant. Vous êtes toutefois programmé dans un événement musical dont on ne peut nier l'aspect festif. Comment envisagez-vous votre présence à Nuits Sonores ?
Pierre Henry : J'ai l'habitude au cours de mes concerts de m'agiter, comme vous le dites, mais intérieurement. Cette pulsation en moi que je développe en jouant mes œuvres est destinée à être communiquée au public qui la perçoit, quand mon interprétation est réussie, et il peut être amené aussi à bouger comme il le sent. On sait bien que dans ma musique qui a, à la fois, un contenu festif et métaphysique, le rythme type rock'n roll n'est pas de mise. A Lyon je vais jouer des ouvrages très différents et chaque ouvrage va donner lieu à un style d'interprétation destiné à ce que la magie sonore que j'aime déployer envahisse le public.

Quelles sont les clefs de compréhension de la musique concrète et, peut-être, de vos concerts ? Vous admettez vous-même qu'ils ne concernent "pas beaucoup de monde"...
Je tiens à signaler qu'un compositeur qui a eu précisément une carrière pleine de creux et de vagues ne peut affirmer régulièrement les mêmes choses. J'ai pu dire cela, je ne m'en souviens pas, car c'est le contraire que je désire, et j'aime avoir un public nombreux chaque fois que je joue. Ce phénomène doit encore s'affirmer et c'est pour cela que je viens aux Nuits Sonores avec ce qu'il faut pour réussir un concert destiné au plus grand nombre. Dans la musique il n'y a pas de clefs, il y a des creusets de compréhension pour une sensation partagée.

Quelles traces et quel message votre musique laissera, selon vous, de notre siècle ou, avant de s'étendre autant, des cinquante dernières années écoulées ?
Au cours de ces soixante années de compositions musicales, je tiens à faire passer le message suivant : la musique pour moi est un acte de prière quotidien, ces prières sont la répétition transcendantale d'une approche vers la sensibilité humaine et mondiale et je pense que cela restera, je l'espère.

"L'art de choisir les sons" : à l'aune de ce postulat fort qui est le vôtre, quels sont les artistes qui ont conduit votre recherche, et ceux, contemporains, dont vous appréciez aujourd'hui le travail ?
Les influences que j'ai eu dans toute ma carrière sont multiples et correspondent à des époques stylistiques bien déterminées. Je dois nommer au début Pierre Schaeffer pour son art des bruits musicalisés et les Futuristes italiens pour leur art des bruits démusicalisés. Mais mon expérience venant du conservatoire me conduit à citer quelques noms : Beethoven, Stravinsky, même quand il est néoclassique, car pour moi c'est un honneur d'avoir parfois des tendances néoclassiques. Messiaen pour l'alchimie de ses timbres, et les musiques extra européennes pour leurs contenus dynamiques inexorables. L'Histoire naturelle que je présente à Lyon en est un exemple frappant et la Xème remix montre bien que j'ai assimilé Beethoven dans un postulat vraiment moderne et prémonitoire des temps futurs.

La prospection expérimentale fonde une grande partie de ce qu'on appelle aujourd'hui la "musique électronique". Vous en sentez-vous proche de ce fait, et vers quoi tendent aujourd'hui vos propres recherches ?
Je ne tiens pas à être le parangon de ces musiques dites électroniques, pour moi la recherche essentielle qui me permet de continuer, même à un âge séculaire, c'est la transparence de l'acoustique à travers les harmonies des sphères et une volonté d'approche cosmique en parcourant tout mon vocabulaire sonore.

Notre dossier complet sur les Nuits Sonores 2009 en cliquant ici lien

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