Mon Mai 68, par André Gérin

Deux témoins, un communiste et un socialiste tendance autogestionnaire, nous racontent leur expérience.

André Gerin Député-maire (PC) de Vénissieux, 22 ans en 1968
"Je rêvais du Grand Soir...
mais je suis tombé du placard ! "

En 1963, il a 17 ans quand il entre chez le constructeur de camions Berliet (aujourd'hui Renault Trucks) comme ouvrier sur les chaînes de montage de l'usine de Vénissieux. Il adhère immédiatement à la CGT puis au parti communiste. La grève de 1968 a été un tournant dans sa vie politique.

"En mai 68, j'ai occupé l'usine pendant 31 jours. Je n'ai pas fait les 33 jours car je devais passer mon CAP de dessinateur industriel. C'est pendant cette période particulière que les dirigeants du parti communiste de Berliet m'ont confié ma première responsabilité : je suis devenu responsable de la vente de l'Humanité.
Pour moi, l'occupation était quelque chose d'extraordinaire. J'étais avec des anciens qui avaient fait la Libération et, surtout, qui avaient connu Berliet quand il y a eu la gestion ouvrière de 1944 à 1947. Ce qui m'impressionnait beaucoup c'était ce souci qu'avaient ces militants de protéger l'outil de travail. Ils encadraient l'occupation car ils avaient l'habitude de gérer l'entreprise. Tous les jours des équipes faisaient le tour de l'atelier pour voir si les machines étaient bien entretenues. L'occupation de Mai 68 était une manière de reprendre le pouvoir dans l'entreprise. On faisait même la réunion de la section du PC dans le bureau du patron !
On commençait la journée par des assemblées générales, où plus de mille ouvriers étaient présents. Des délégations se déplaçaient ensuite pour donner un coup de main dans les petites entreprises. Le soir, on dormait sur un lit de camp dans des bureaux. Moi, je rentrais chez moi, à Vienne, une fois sur deux.
La reprise du travail n'a pas été si dure que ça chez Berliet, car on a obtenu beaucoup plus que ce que prévoyaient les Accords de Grenelle, notamment sur les salaires et les conditions de travail. On rentrait la tête haute. En 24h toute l'entreprise s'est remise en marche. C'était encore une plus grande fierté !
La victoire de la droite aux élections législatives de la fin du mois de juin a été terrible pour moi. J'ai pleuré. Quand on vit un événement comme ça, on se dit qu'il va se passer quelque chose de formidable. Je rêvais du Grand Soir... mais je suis tombé du placard !
Avec le recul, je pense que le parti communiste est passé à côté d'idées modernes et innovantes portées par les étudiants, comme la question de l'autonomie personnelle ou celle du changement des mœurs".

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