Maison de la danse : une (prudente) belle saison !

Dominique Hervieu vient de lancer la prochaine saison de la Maison de la danse. On constate une fois de plus l’intelligence d’une programmation qui ouvre ses portes à toutes les danses, avec ce regard sensible d’une artiste qui traque – à côté d’une danse séductrice – la subtilité et la profondeur des chorégraphes.

L’ouverture se fait avec Benjamin Millepied, artiste associé qui le sera également pour la prochaine Biennale et qui a récemment été nommé à la direction de l’Opéra de Paris. Sa présence avec sa propre compagnie américaine fera, c’est certain, le bonheur de tous ceux qui aiment le néo-classique brillamment écrit et exécuté.

Un bonheur bien plus grand est celui de voir le Lyonnais Kader Attou – seul chorégraphe hip-hop français à avoir une réelle écriture – pour la première fois dans la programmation de la Maison de la danse avec The Roots, une pièce sur son aventure au sein de ce mouvement depuis vingt ans.

L’Archipel Carolyn Carlson nous permettra de revoir cette grande chorégraphe avec deux pièces, une création solo et Inanna créée en 2003 pour sept danseuses, véritable ode à la féminité.

Soucieuse de nous faire regarder la danse au plus près de ses racines, Dominique Hervieu crée un événement “Tradition et modernité” montrant à la fois le patrimoine de la danse mais également la manière dont il est utilisé ou transformé dans la création contemporaine. Le voyage se fera ainsi à travers les danses espagnoles, indiennes, africaines, les folklores, la danse classique, avec des chorégraphes tels qu’Abou Lagraa, Sidi Larbi Cherkaoui, Arushi Mudgal ou Denis Plassard.

Cette saison révélera aussi un chorégraphe jamais venu à Lyon, l’Israélien Emanuel Gat, qui présentera The Goldlanbergs. On dit de lui que son écriture est d’une grande exigence, élégante et virtuose. On a hâte de le découvrir !

La danse engagée et les valeurs sûres

La danse en prise avec des réalités sociales ne sera pas française cette saison mais sud-africaine, représentée par trois compagnies : Via Katlehong, autour de Sophia Town, du nom d’un township symbole de la lutte contre l’apartheid, Dada Masilo qui revient avec sa très belle pièce Swan Lake, un Lac des cygnes black et gay, et une inconnue, Mamela Nyamza, performeuse très engagée qui dénonce les inégalités et la violence de la société contemporaine sud-africaine.

Le choc scénique s’il en est sera celui de Tragédie, grand succès d’Olivier Dubois au dernier Festival d’Avignon, avec sur scène 18 interprètes nus durant tout le spectacle et totalement investis dans un questionnement sur ce qu’est la notion d’humanité.

On retrouvera le festival “La maison sens dessus dessous”, qui nous permettra de découvrir une génération d’artistes pas comme les autres s’amusant avec le public et les codes du spectacle.

Tout comme l’on retrouvera des valeurs sûres qui remplissent les salles : Pilobolus, Philippe Decouflé, José Montalvo, Hofesh Shechter, le cirque Eloize, Alonzo King, les Ballets de Monte-Carlo…

Une programmation sans risques

S’il est évident que cette programmation est multiple, qu’il y aura des pépites à découvrir, des œuvres à regarder de près et d’autres à recevoir comme des cadeaux, il n’en reste pas moins qu’elle donne aussi la sensation d’être très prudente dans les formes de danse proposées et qu’elle manque quelque part d’un fond qui nous relierait à un art chorégraphique vecteur d’une société dans laquelle on vit, avec une danse moins rassurante, qui projette des écritures pensées, ou une danse plus “tripale”, qui ne cède pas au divertissement ni au spectaculaire et où l’humain serait véritablement un enjeu.

Cette année qui s’achève, la Maison de la danse a eu du mal avec certains spectacles, qui d’ailleurs étaient parmi les meilleurs. La faute à qui ? À la crise, qui fait que les spectateurs ont envie de se divertir ? À une Maison qui n’a pas su prendre des risques plus tôt pour faire évoluer le regard des spectateurs ? Aux chorégraphes, qui n’ont plus grand-chose à dire ? On se doute que pour Dominique Hervieu les prises de risque reviendront en 2014, avec la prochaine Biennale. L’événement y est plus propice et le public… plus large !

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Présentation de la nouvelle saison. Mercredi 15 mai à 19h30, jeudi et vendredi 16 et 17 mai à 20h30, à la Maison de la danse (Lyon 8e). Entrée libre.

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