L'ART ET LA CULTURE SONT-ILS EN DANGER ?

Depuis la semaine dernière, Lyon Capitale a lancé le débat sur ces réformes. Vous pouvez lire l'intégralité de la lettre de mission, adressée par le président à la ministre de la culture, sur notre site lyoncapitale.fr et y poster vos commentaires, critiques et pensées. Vous pouvez aussi engager le dialogue avec les autres internautes. Pour alimenter la réflexion, chaque semaine dans votre hebdomadaire, nous faisons réagir des acteurs lyonnais de la culture.

Guy Darmet est directeur de la Maison de la danse et de la Biennale de la danse

"A Lyon, les institutions n'ont aucun problème de fréquentation"

Etes-vous choqué par l'idée de culture populaire ?
Je n'aime pas que l'on caricature. Sarkozy et Royal ont fait l'objet de caricatures extrêmes. En particulier dans le monde culturel. Il y a un président élu pour mener un certain nombre de réformes. Il a cadré tous ses ministres, y compris celle de la culture. Et cela est bien tant la culture est souvent ignorée dans ces cas-là.

Donc les objectifs assignés à la ministre vous conviennent...
N'est-il pas normal qu'un président de la République, soucieux des finances de l'Etat, se pose des questions ? C'est vrai qu'il parle beaucoup et peut avoir des écarts de langage. Subventionner seulement les spectacles qui remplissent les salles, c'est une mauvaise expression, ce qu'on peut lui reprocher, ou une mauvaise interprétation. Néanmoins, il y a eu beaucoup de dérives et d'abus. Cela entraîne des réactions excessives.

Quelles dérives ?
Je pense que depuis des années le public a été oublié par une grande partie de nos directeurs d'institutions. Les hommes de théâtre, qui dirigent l'essentiel des grandes scènes françaises, se sont plus intéressés à leur propre travail et à celui de leurs amis plutôt que d'aller chercher le public sur le terrain.
Pour la danse, c'est pareil. Prenons l'exemple de deux Centres Chorégraphiques Nationaux. L'un est en banlieue parisienne, il propose près de 200 représentations devant des salles combles. Il a deux fois moins de subventions qu'un autre en province qui fait 20 représentations par an devant des salles à moitié vide. Est-ce normal ?

Desquels s'agit-il ?
Je ne les citerai pas.

Mais...
Je ne vais pas faire de la délation ! Sur l'idée du populaire, s'il s'agit de faire des spectacles comme le Cyrano de la Comédie Française, cela est formidable.

Quand on expose son nombril ou ses fesses pour 14 personnes dans la salle, dont la belle-mère, la cousine et la tante, il y a un problème quand c'est fait avec de l'argent public. Trouvons l'équilibre.

A Lyon, les institutions n'ont aucun problème de fréquentation. Cela signifie que les directeurs ont fait un véritable travail, se sont intéressés à séduire des publics variés, que l'information est accessible, que la diversité et la qualité des programmes proposés convient à ce public qui remplit nos salles.

Claude Kovatchevitch est président de la galerie d'art contemporain, la BF15.

"J'ai l'impression qu'on enfonce des portes ouvertes"

Que pensez-vous de cette lettre de mission concernant la culture ?
Elle ne me révolte, ni ne m'enthousiasme. J'ai l'impression que cela enfonce des portes ouvertes. Par exemple sur l'enseignement artistique à l'école, c'est un serpent de mer comme le trou de la sécu, mais s'ils réussissent à le faire, on ne pourra que s'en féliciter.

N'êtes-vous pas choqué par l'obligation de rendre des comptes au regard de la popularité de vos actions ?
Mais enfin, cela nous importe de faire venir du monde à nos expositions ! Toutes les structures subventionnées rendent des comptes. Ce n'est pas la révolution ! Cela dit, la culture, c'est aussi la création, la recherche et ce n'est pas toujours "grand public". Et puis, on n'est jamais sûr du résultat. Il y a nombre de spectacles de divertissement, à gros renfort de promotion, qui se sont plantés. Et pas mal d'émissions de TF1. Ce sont certains archaïsmes du monde culturel qui provoquent la polémique, mais aussi ceux du monde politique. Il y a une sorte de culpabilité autour de la culture.

A la BF15, essayez-vous de séduire un public peu sensible à l'art contemporain ?
Naturellement. On joue le jeu de la ville et de ses événements fédérateurs. Nous associons nos expositions aux fêtes du 8 décembre, aux Nuits sonores. C'est un moyen d'attirer, autrement, un public plus nombreux à l'art contemporain.

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