Kaboom : le film qui fait « Crac, boum, hue »

Avec cet épilogue outré à sa « teen-apocalypse trilogy » des années 90, Gregg Araki boucle la boucle en sortant de l'adolescence dans un feu d'artifices de n'importe quoi aux contours orgasmiques. Dans son genre un chef d'oeuvre. Mais frigides s'abstenir.

Quand on connaît un tant soit peu le cinéma de Gregg Araki, on n'est guère dépaysé par Kaboom, film dans la veine de la « trilogie de l'apocalypse adolescente » qui en fit quasi instantanément un cinéaste culte de la pop-culture. C'était dans les années 90 et on se délectait alors de la violence et de l'humour nihiliste de Totally F***ed up, The Doom Generation ou Nowhere (parodie de Beverly Hills 90210 avec des extra-terrestres et un cafard géant). Son approche de l'ennui adolescent, de l'ambiguïté sexuelle et des pratiques stupéfiantes, en faisaient alors une sorte de Larry Clark dopé au sucre ; l'ami des (grands) enfants au gloubiboulga psychédélique. Araki prouvera ensuite, notamment avec le sublime Mysterious Skin, une approche tout en douceur du thème de la pédophilie, qu'il pouvait aussi s'affranchir de l'auto-caricature. Mais c'est pour mieux y revenir et y exceller une dernière fois.

Messie défoncé

Soit un ado beau comme le soleil, gay pas tout à fait assumé, qui s'ennuie sur un campus d'opérette et cauchemarde son futur, entre deux fantasmes de bombasses des deux sexes (entre le bombé Thor, son coloc, et la pétillante London, sa sex-friend, il ne sait que choisir). Bref une sorte de sitcom, type Gossip Girls ou Skins. Mais où il serait question d'une secte millénariste, le New Order, qui tue affublé de masques d'animaux, d'une sorcière irradiante et d'un faux messie vraiment défoncé, croisement de Doc Gynéco et de Jésus. Car sans qu'on ait eu le temps de réaliser quoi que ce soit, la comédie adolescente acidulée s'emballe dans un déluge de couleur, de science-fiction, de sacrifices rituels, de dialogues à se tordre, d'agents secrets dormants et de rock n'roll patiné, chaud comme la braise, rapide comme l'éclair, drôle à pleurer, étrange à souhait. On se croirait parfois chez David Lynch (Kaboom est un hommage à Twin Peaks), si celui-ci avait troqué la méditation transcendantale contre le LSD. Ou pas très loin de la grande bouillabaisse mystico-outrée à l'oeuvre dans le nanar géant de Richard Kelly, Southland Tales. Ou dans les pérégrinations d'un Club des Cinq nouvelle génération.

Gourou envahissant

La vision (au sens propre) d'Araki  : figurer l'inéluctable sortie de l'adolescence, cette ère de tourments et d'indécision, de jouissance sans entraves et de pulsions morbides, comme une apocalypse. Mais une apocalypse au sens où l'entendent les sectes millénaristes : joyeuse et jubilatoire, une mort en forme de renaissance, comme la métamorphose d'une chrysalide. Avec ce petit pas de côté qui justifie d'en rire et de monter le son au moment où ça pète. Il y a donc toujours quelque chose à tuer chez Araki parce qu'il y a toujours quelque chose dont on peut jouir et que si l'orgasme est une petite mort, la vraie mort doit être un sacré pied à prendre. Cela passe aussi, comme dans Kaboom, par le meurtre du père, ce gourou envahissant, pour accepter de prendre sa place, littéralement. Gregg Araki a ainsi décrit Kaboom comme « un film mûr sur une période immature ». Esthétiquement, l'hypothèse est difficile à valider, tant le film va loin dans le délire, mais sur le fond, Araki a peut-être réalisé avec Kaboom son film le plus raisonnable. Doté d'une morale qui n'est pas sans rappeler un titre bien connu de REM et qu'on adopte sans mal : « It's the end of the world as we know it (and I feel fine) ». Parce que quelque chose nous dit que pour son prochain film, Araki aura opéré une mue spectaculaire.

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