José Rodrigues Dos Santos et les membres de l'ILCP
Luna Ghelab

José Rodrigues Dos Santos : décrire le réel à travers la fiction

Journaliste et écrivain portugais mondialement reconnu pour ses thrillers ancrés dans le réel, José Rodrigues Dos Santos était à Lyon ce samedi. Après une conférence à l'Institut de langue et de culture portugaise, il raconte à Lyon Capitale comment ses deux métiers se mêlent.

Lyon Capitale : Votre dernier roman "Signe de vie" marque le retour de votre personnage principal, Thomas Noronha. À quoi fait-il face ?

José Rodrigues Dos Santos : En tant qu'expert en cryptologie, Thomas Noronha est choisi pour une mission conjointe entre la NASA et l'Agence spatiale européenne. Un signal est arrivé de l'espace et une navette vient sur Terre. Thomas a pour rôle d'aller essayer de communiquer avec elle. En réalité, je me sers de la fiction pour parler les découvertes récentes d'astrobiologistes, qui ont montré qu’il n’y avait pas une, mais deux genèses à la vie : les bactéries et les acariens. J’analyse ces découvertes et leurs conséquences philosophiques sur la compréhension du rôle de la vie dans l’univers.

Vous avez été reporter de guerre et êtes toujours journaliste sur RTP1 (première chaîne publique portugaise). Comment en êtes-vous venu à écrire des romans ?

Le hasard est devenu une nécessité ! Lorsque j'ai écrit ma thèse de doctorat sur le journalisme de guerre, le président de l'association portugaise des écrivains m'a dit qu'il pensait que j'étais un écrivain. Au départ, je n'y ai pas cru. Il m’a demandé d’écrire un conte pour un magazine littéraire. Je n’avais pas envie de le faire, mais je ne pouvais pas lui dire non, car il m’avait aidé pour un procès et je lui devais un service. Alors j’ai commencé à écrire, et soudainement je me suis rendu compte que j’avais écrit 200 pages. Ce n’était pas un conte… C’était mon premier roman !

Quelle est l'influence de votre métier de journaliste sur votre écriture ?

Il y a un côté journalistique dans la façon dont j’écris, dans le sens où, pour les journalistes, le plus important est d’écrire de façon très claire. Si un lecteur ne comprend pas, ce n’est pas la faute du lecteur, c’est celle du journaliste. En tant que romancier, je considère aussi que l’écriture doit être claire et intéressante. Je dois donner l’envie aux gens de lire soit l’article, soit le livre. Ce sont deux caractéristiques de l’écriture journalistique que j’applique à l’écriture littéraire. J’ai aussi cette idée selon laquelle un roman ne doit pas seulement être un passe-temps, mais un "gagne temps". S’amuser avec une histoire qui capte notre attention permet d'apprendre aussi des choses sur nous même, sur le monde, sur l’histoire…

Pourquoi choisir la fiction pour parler du réel ?

La fiction est un instrument plus puissant pour susciter le débat et transmettre la vérité. Elle peut faire comprendre les choses de façon émotionnelle et je trouve cela plus complet que la seule compréhension rationnelle. Si je raconte l’histoire de Maria, qui a perdu son travail car les entreprises anglaises qui emploient dans le nord du Portugal sont parties en Chine où les coûts sont plus bas, alors on comprendra le problème du transfert de l’économie. C’est avec les petites histoires que l’on raconte la grande histoire.

Vous dites que la fiction est le meilleur moyen de raconter le réel, mais vous êtes toujours journaliste. Pourquoi le journalisme demeure nécessaire ?

Être journaliste me permet de faire d’autres voyages que pour mes romans, d’aller dans les lieux où les choses se passent. J’étais à Londres pour le Brexit, en Ukraine pour la guerre contre les Russes, en Irak avec les Kurdes qui combattent l’État islamique… Ça me permet de mieux comprendre le monde. Le côté journalistique m’aide à être un meilleur écrivain, et l’inverse est vrai aussi. Un journaliste sait un petit peu de tout, mais il ne sait tout sur rien. En tant qu’écrivain, il me faut faire des recherches en profondeur sur un sujet, et ses recherches me servent aussi dans mon travail journalistique.

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Mêler journalisme et polar dans une revue trimestrielle, l'idée ne pouvait germer que dans l'esprit de Stéphane Damian-Tissot, ancien journaliste lyonnais branché justice, fan de polars et lecteur assidu de Truman Capote. Avec Yannick Dehée, patron des éditions Nouveau Monde, il lance en 2016 Sang-Froid, véritable ovni littéraire qui s'est imposé depuis sur les tables de chevet du monde de la justice.

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