Isabelle Huppert : "L'entièreté radicale comme seule une femme sait faire"

Du haut de son piédestal. Morceaux choisis d'une démonstration scénique, joliment ampoulée dont l'actrice, qui présidera par ailleurs le prochain Festival de Cannes, a le secret.

De toute son âme, de toutes ses tripes, Isabelle Huppert joue. Mais ne se livre pas. Sa hauteur, son laconisme, son austérité ne sont pas qu'un apparat gestuel pour la caméra. C'est elle. La diva au jeu impeccable, la bourgeoise grimaçante à l'hystérie latente, la figure intense, sévère, tragique, à part. "Les e-mails, j'en écris mais je ne sais pas les envoyer, alors ils restent lettres mortes, en souffrance" murmure t-elle, l'air grave.

Lyon Capitale : Villa Amalia, votre dernier film, est un road movie mental, qui donne l'impression que tout est laissé au hasard.
Isabelle Huppert : On devait garder une progression chère à Benoît [Jacquot, le réalisateur, ndlr]. On avait le sentiment d'avancer sans savoir où, sans avoir conscience de ce qu'on était en train de faire et du chemin que l'on était en train de parcourir. C'était exaltant. Mais Villa Amalia n'est pas un film sens dessus-dessous.

Dans le film, votre personnage Ann veut tout effacer, laisser les siens et fuir. Un geste violent que vous cautionnez ?
A l'évidence, oui. On a tous voulu, à un moment ou un autre, changer de vie. C'est la première étape de ce geste très violent. Dans le film, tout est interprétable. Ann est au bord de quelque chose dont il ne faut surtout pas qu'elle s'approche, parce que si elle s'en approche trop près, elle meurt, d'une certaine manière. C'est quelque chose qu'elle garde volontairement à distance, et la bonne distance qu'elle trouve, c'est cette fuite.

Cette fuite est pour autant très organisée, préparée. On se pique alors d'intérêt pour les petits détails, comme les endroits qu'elle traverse, ses habits de jour, son sac...
Les conditions qu'elle se donne pour fuir sont en effet très organisées. Quand elle décide de changer, dans une entièreté radicale, comme seule une femme sait faire, elle se prépare, de façon opiniâtre, précise, maniaque.
Et après, elle erre. La géographie de son trajet forme une boucle étrange. L'héroïne veut aller très haut, communier avec les montagnes. Puis elle redescend vers l'Italie, la mer et la lumière. C'est un mélange d'errance et d'obstination, cette fille ne cherche pas pour chercher mais pour trouver.

Dans le film, vous jouez du piano, vous nagez beaucoup, ce sont les deux aspects importants qui décrivent l'héroïne. Comment s'est déroulée cette préparation physique ?
Eh bien, j'ai nagé ! Tous les jours, j'aimais beaucoup ça. Il a fallu que j'apprenne à crawler pour le film. Pour le piano, je m'y suis simplement remise, j'en fais pour les besoins des films [elle a interprété La Pianiste pour Haneke, NDLR]. J'aimerais beaucoup jouer davantage mais cela prend du temps. A chaque fois, j'arrête le piano du jour au lendemain, lorsque le tournage du film s'achève. C'est d'une tristesse...

Vous tournez avec des réalisateurs fétiches (Chabrol, Haneke, Godard). Avec Benoît Jacquot, c'est votre cinquième film, pourquoi cette envie de continuer avec lui ?
Ça me paraît être l'évidence de l'évidence : ça fait très longtemps que l'on se connaît. Mais bizarrement, comme avec Claude Chabrol, il s'est écoulé de nombreuses années entre le premier et le deuxième film. Comme s'il fallait attendre tout ce temps là pour avoir confirmation. Mais ensuite cela coule de source et ça devient une sorte de retrouvailles.

Vous présiderez la 62e édition du Festival de Cannes. Comment envisagez-vous cette présidence ?
Je n'ai pas de plan d'attaque, en tant que présidente. C'est la meilleure manière pour que cela se déroule bien, il me semble. On peut toujours faire des effets d'annonce mais comme cela n'est ni mon style ni mon goût, je n'ai pas grand-chose à dire. J'espère le dire de la manière la plus parlante qui soit, au moment venu.

Cette édition sera un grand cru : on murmure les derniers Loach, Amenabar, Campion, Van Trier, Jarmush, Audiard. Quelles seraient vos envies à vous pour ce festival, en tant que cinéphile ?
J'ai envie de voir de bons films, tout simplement. Comme lorsque j'étais jurée et maîtresse de cérémonie. Et je crois que cette année encore, cela sera le cas.

Villa Amalia
Ann est musicienne et amoureuse. Mais en découvrant l'infidélité de Thomas, Ann décide de disparaître de la surface de la Terre, de tout
laisser derrière elle, sauf la musique. Avec l'aide de son vieil ami Georges, Ann part se recueillir à l'autre bout du monde. Sur une île. Un coin paradisiaque surplombé par la Villa Amalia.

Villa Amalia, réalisé par Benoît Jacquot.

Avec Isabelle Huppert, Jean-Hugues Anglade, Xavier Beauvois, Michelle Marquais. (Réal : Benoît Jacquot)Sortie en salles : 8 avril 2009
Sortie en salle le 8 avril.

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