Infectés : Bas les masques

Attendu comme un énième nanar contagieux, Infectés parvient à séduire sur le thème rebattu de la contagion générale et du monde qui s'effondre en éternuant. La grippe A telle qu'on nous l'a vendue, Roselyne Bachelot en a rêvé.

Film de zombies sans zombies sur fond d'extinction de l'Humanité, Infectés c'est un peu La Route scénarisé par Roselyne Bachelot et les labos pharmaceutiques. Si le film, sorti l'automne dernier aux Etats-Unis, était apparu sur nos écrans plus tôt et nanti d'une meilleure distribution (se dépêcher d'aller le voir, il n'en a pas pour longtemps), nulle doute que la Ministre de la Santé n'aurait pas eu à courir les vide-greniers avec son stock de masques et ses vaccins. Car c'est bien d'une espèce de grippe dont il s'agit ici, une saleté qui fait les yeux tout rouges et dont on ne se relève au mieux que quelques secondes pour faire « rhaaa, keuf, keuf » puis plus rien.

Pour les protagonistes, quatre jeunes gens sains comme un Actimel, il s'agit de gagner la mer en évitant de se faire contaminer pour attendre en lieu sûr des jours meilleurs. Ce qui n'est pas franchement gagné vu qu'il suffit de toucher le moindre objet infecté pour tomber malade et que, principe de précaution oblige, il faut toujours tout passer à la javel. En Anglais, le film est titré Carriers (« porteurs », de virus donc), mettant ainsi l'accent sur les infectés non pas en tant que malades, mais en tant que vecteurs de la maladie, c'est-à-dire de vermine à éliminer. Le virus ne survivant par lui-même que 24h, guetter la fin de la maladie revient en effet à attendre que tout le monde soit canné.

Survivors

Infectés, réalisé par deux frangins, Alex et David Pastor, c'est aussi, en sous main, « l'affrontement » de deux frères : Brian le beau gosse cynique et Danny l'intello sensible, chacun enviant l'autre pour les qualités qu'il n'a pas. Mais les circonstances ont tôt fait de brouiller les cartes et les priorités. Et les deux frères de s'apercevoir que la survie a un coût, celui de la solitude comme corollaire de la nécessité de faire le vide autour de soi. Tautologie moins évidente à avaler qu'une plaquette de Tamiflu : une fois que tout le monde est mort et qu'il ne reste pour peupler le monde que chiens errants et cafards, à la réflexion, la maladie n'était peut-être pas le pire.

C'est le thème de l'après, admirablement traité par la série de la BBC Survivors et qui rend cette série plus palpitante qu'Infectés, autour des enjeux de la reconstruction d'un semblant de civilisation quand on n'est même pas assez nombreux pour faire une belote. Cet aspect là n'est qu'effleuré dans Infectés, où les survivants se battent encore pour préserver ce statut quoi qu'il en coûte.

Western contemporain

Néanmoins, Infectés reste une série B intéressante qui, contrairement à 90 % de la production du même genre, ne cède jamais à la facilité guignolesque et aux effets de manche, et se contente de se coltiner une réalité déjà bien assez déprimante. Tout en n'hésitant pas à ne pas semer en route que les rôles secondaires : ici les personnages principaux ne sont pas davantage vaccinés par leur statuts de premiers rôles. Ce qui donne une sorte de balade triste et macabre vers une fin programmée (la mort ou l'océan), où une poignée de survivants achève de s'entretuer dans les décors magnifiques de l'Ouest américain (magnifique scène de duel façon western contemporain entre Brian et deux vieilles bigotes pour quelques litres d'essence).

Une sorte de reconstitution nostalgique et absurde de la conquête de l'Ouest : gagner l'Ouest comme garantie, pourtant bien mince, de survie. Comme si, faute d'autre solution, l'Ouest devenait par pur atavisme le seul et unique Salut. Hypothétique aussi, quand il n'est qu'une idée, un idéal ou un souvenir dont la réalité a toutes les peines du monde à tenir ses promesses : en somme, à l'Ouest rien de nouveau.

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