Lyon Capitale n°162
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Il y a 20 ans : Vive la région !

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – En mars 1998, la campagne des élections régionales est plus tendue que jamais. Alors que la Région se place comme une institution de poids et d'avenir dans la gestion publique locale, elle est toujours mal connue, et mal considérée par les administrés.

Lyon Capitale n°162, 11 mars 1998 © Lyon Capitale

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Le combat de mars 1998 pour le siège régional met en scène Jean-Jack Queryanne contre le président sortant, Charles Millon. Des têtes bien connues des lyonnais, qui pourtant se battent pour la présidence d'une institution dont les contours sont bien flous pour les administrés. Avec un budget de 7 milliards de francs à l'époque, la Région se veut pourtant être une place clef de la décentralisation et de la gestion locale. Méthodes d'élection aberrantes, enjeux illisibles et répartition floue des compétences, Lyon Capitale résume la situation des candidats "On ne sait même pas à quoi ils servent".

Lyon Capitale n°162, 11 mars 1998, p. 8 © Lyon Capitale

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Un article publié dans Lyon Capitale n°162 le mercredi 11 mars 1998, signé par Philippe Chaslot.

Vive la Région !

Charles Millon ou Jean-Jack Queyranne à La tête de La Région ? Le gagnant devra faire impérativement avancer L'idée régionale pendant son mandat car La campagne atone qui vient de se dérouler montre que cette institution est à bout de souffle.
La campagne des régionales 1998 restera dans les annales comme ayant porté au paroxysme la difficulté d'un dialogue citoyens-candidats proche de l'inaudible. La campagne fut molle, confuse et au total très peu suivie. Rhône-Alpes gère pourtant plus de 7 milliards de francs et l'on sent bien que la Région a de l'avenir. Les politiques nationales sont responsables de ce désintérêt puisque gauche et droite n'ont rien fait depuis 10 ans pour rendre cette élection et ses enjeux plus lisibles. Pourtant les raisons qui empêchent le public de se reconnaître dans cette institution sont connues. Elles concernent les compétences de la Région qui s'embrouillent toujours autant avec celles des autres collectivités locales dans un galimatias technico-gestionnaire indigeste. Elles tiennent aussi dans un mode de scrutin qui repose sur une triple aberration. Tout d'abord on vote sur des listes départementales, ce qui est singulièrement paradoxal avec l'idée régionale. Ensuite, ce scrutin de liste coupe les élus du terrain : on ne sait pas qui représente qui. Enfin, la proportionnelle intégrale crée des assemblées peu gouvernables, donc peu respectées, qui donne au FN ou à des individus "électrons libres" le rôle d'arbitre. Tout ceci n'a pas été réformé malgré les grandes promesses et les candidats en paient aujourd'hui cruellement le prix. On ne sait même pas à quoi ils servent ! Il n'y a donc pas de quoi s'étonner que les discours des deux grandes listes n'aient pas pu mordre sur un inconscient collectif qui a besoin d'un minimum de repères. Dire pour autant qu'il n'y aurait pas eu de message lancé par ces listes en Rhône-Alpes serait injuste. Charles Millon a développé une philosophie libérale et a pu se targuer d'un bilan qui, pour faire bref, est globalement positif. La meilleure preuve en étant que la gauche désire le corriger à la marge et a réduit ses attaques à quelques formules de campagne. La gauche conduite par Jean-Jack Queyranne et par la très jospinienne Sylvie Guillaume a très habilement remis son projet à plus tard, déjà comblée d'avoir réussi ses listes plurielles. Il est vrai que le projet de budget 1998 promis par la gauche a quelque peu, et in extremis, dissipé cette impression en fixant quelques priorités comme le développement économique, la politique de la ville et les transports ferroviaires. Mais la gauche sait que son meilleur atout réside tout simplement dans la cote de popularité du Premier ministre. Elle présente surtout son éventuelle élection comme le meilleur moyen de relayer la politique gouvernementale. Quels que soient les efforts qu'aient fait les uns et les autres pour renouveler les troupes, efforts qui font agréablement tâche par rapport au conservatisme cantonal, quelles que soient les idées avancées et il y en a eu, cette campagne n'a pas "accroché" tout simplement parce que l'idée régionale est dans le brouillard. La Région n'a pu jouer cette fois-ci de sa jeunesse pour séduire. Cela prouve qu'il lui faut grandir ou elle risque de dépérir. Ce sera probablement la tâche la plus difficile et la plus passionnante du prochain président de Région.
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