Lyon Capitale n°163
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Il y a 20 ans : Queyranne, président sorti des urnes

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – Qui de Queyranne ou Millon remportera la Région ? En 1998, quelques jours avant les élections, le suspense reste complet. Avant que Millon ne signe, contre toute attente, une alliance avec le FN, certains voient même Queyranne l'emporter haut la main.

Lyon Capitale n°163, 18 mars 1998, © Lyon Capitale

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L'élection régionale de 1998 est sans doute celle qui a laissé le plus de traces dans le paysage politique lyonnais. Queyranne contre Millon, gauche contre droite, un match qui se joue serré puisque chaque camp revendique 60 conseillers tout pile. Pour l'emporter, il va falloir convaincre les quelques indépendants de se rallier à la cause, car à l'époque on n'imagine pas que les élus du FN feront la différence. Après tout, Chirac l'a dit : il n'y aura pas d'alliance de la droite avec le Front National, malgré les propositions frontistes. En 1998, sans savoir que Millon allait faire voler cette promesse en éclats et accepter les votes de l'extrême droite, de nombreux observateurs voient déjà Queyranne vainqueur.

Lyon Capitale n°163, 18 mars 1998, p. 12 © Lyon Capitale

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Un article publié dans Lyon Capitale n°163 le mercredi 18 mars 1998, signé par Frédéric Crouzet.

Queyranne, président sorti des urnes

Vendredi, les 157 conseillers régionaux élus dimanche dernier se retrouveront à Charbonnières pour élire leur président. Entre Charles Milton et Jean-Jack Queyranne, rien n'est joué puisque chaque camp revendique Le même nombre de sièges. Plus que le Front national, deux élus indépendants vont sans doute arbitrer ces élections régionales pour l'instant sans vainqueur.
C'est une victoire de l'Union, du renouvellement et l'approbation d'un bilan." Pour Charles Millon (UDF-RPR), la droite a gagné dimanche. "La gauche est en tête, la droite régresse, c'est une victoire", résume quant à lui Jean-Jack Queyranne, leader de la gauche plurielle en Rhône-Alpes. Match nul, balle au centre. Les tirs au but pour départager les deux vainqueurs ont lieu vendredi 20 mars à Charbonnières lors du vote par les 157 conseillers régionaux du président de l'assemblée. Entre ! es deux chefs de file, rien n'est joué. Chaque camp possède pile 60 sièges (35 au FN) en ratissant ceux obtenus par les listes dissidentes. Mais l'égalité n'est pas si parfaite. Les deux candidats ne sont pas dans le même état d'esprit. Queyranne a tout à gagner. Son adversaire a tout à perdre. Et en regardant de plus près au fond des urnes, on peut constater que Jean-Jack Queyranne apparaît comme le candidat le plus légitime. Sa liste "Ensemble ça change tout" (P5, PC, Verts) recueille 33,4 % des exprimés alors que celle de Millon "Oui à Rhône Alpes" a séduit, 29,5 % des votants. De plus, la liste de gauche obtient plus de sièges que l'union de la droite dans cinq départements sur huit. Finalement, l'union de la gauche décroche 59 candidats et celle de la droite seulement 56. L'abstention a été cruelle pour la liste UDF-RPR qui a perdu plus de 145 000 électeurs en six ans, contre 34 000 pour la gauche. Le rassembleur, le vainqueur semble donc être Jean-Jack Queyranne. Mais cela ne suffit pas pour gagner le siège suprême. Il faut à présent sortir la calculette stratégique et décrocher le téléphone. Car deux élus indépendants sont susceptibles de faire l'élection : un chasseur ardéchois (liste Chasse, pêche, nature et tradition) et un régionaliste savoisien. Les deux hommes, très courtisés, ont déjà reçu des appels du pied de la gauche et la droite dès lundi matin. Ils veulent monnayer leur voix. Si les deux rallient un camp, c'est gagné. S'il y en a un partout, il y a égalité et c'est Queyranne qui l'emporte au bénéfice de l'âge. Mais c'est sans compter sur les 35 élus du Front national. Bruno Gollnisch est bien évidemment candidat à la présidence. C'est clair, il ne l'obtiendra pas. Mais lundi soir, Jean-Marie Le Pen a tendu une perche plutôt lisse à la droite pour empêcher certaines Régions de passer à gauche. En échange de voix du FN, il propose que 6 points, parmi les moins polémiques du programme de ['ex-terme-droite, soient acceptés, avec possibilité de négociation, par la droite : refus d'une hausse des impôts, priorité à la sécurité dans les lycées et les transports, défense de l'identité culturelle française, défense de l'emploi par l'apprentissage, répartition des places en commission à la proportionnelle et réforme de la commission d'attribution des marchés publics. Bref, de quoi séduire plus d'un candidat de droite de s'associer avec le FN. De quoi semer aussi la zizanie. En Rhône-Alpes, elle a déjà commencé. Lundi matin, sur Europe 1, Marc Fraysse (RPR de la liste Millon) a déclaré qu'il y avait au sein du Fig. "des hommes d'honneur à qui il fallait savoir tendre la main". Quand on lui parle du FN, Charles Millon a vite fait de s'énerver, met ses dix ans de présidence sans alliance avec le Front national en avant et "espère le soutien de ceux qui nous approuvent". Les jeux ne sont pas faits, mais déjà une chose est acquise. Rhône-Alpes repart pour six années sans véritable majorité, ce qui va rendre encore une fois la gestion quotidienne complexe, mais pas impossible. Millon en a une certaine expérience et Queyranne ne s'en fait pas trop. Car le futur président disposera du "49-3 des Régions", une nouvelle disposition qui devrait lui permettre de faire passer son budget au forceps. Celui de 1998 n'a toujours pas été voté. A la fin du mois de mars, ce vote devrait être le premier grand rendez-vous du nouveau président avec son assemblée bancale.
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