Lyon Capitale n°163
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Il y a 20 ans : Les lycéens en quête de sens

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – Qu'y avait-il dans la tête des jeunes en 1998 ? C'est pour répondre à cette question que la même année, le gouvernement lance un grand plan de consultation nationale auprès des élèves français. Verdict : plus de concret à l'école, et moins de bourrage de crâne.

Lyon Capitale n°163, 18 mars 1998, © Lyon Capitale

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En 1998, le ministre de l’Éducation nationale Claude Allègre lance une grande consultation nationale auprès des élèves et de leurs profs. Objectif : comprendre les attentes des uns et des autres, et obtenir un retour sur ce qui cloche à l'école pour redéfinir "quels savoirs enseigner dans les lycées". En vingt ans, les revendications ne semblent pas avoir beaucoup évolué. A l'époque, on critique le manque de savoirs concrets et le bourrage de crâne des élèves, quand dans le même temps les profs fustigent des classes surchargées. Contents d'être considérés et écoutés, les étudiants et les enseignants restent tout de même méfiants sur la réalité de l'application de leurs propositions.

Lyon Capitale n°163, 18 mars 1998, p. 16 © Lyon Capitale

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Un article publié dans Lyon Capitale n°163 le mercredi 18 mars 1998, signé par Aude Spilmont.

Les lycéens en quête de sens

C'est pour redéfinir "quels savoirs enseigner dans les lycées", que Le ministre de ['Education nationale, Claude Allègre, lançait en janvier une vaste consultation nationale auprès des enseignants et de leurs élèves. A l'heure des premiers bilans académiques, on remarque surtout une très forte mobilisation des Lycéens. S'ils s'insurgent contre le bourrage de crâne et les notes sanctions, loin de jouer les potaches, ils réclament toujours plus de savoirs concrets et manifestent une très forte attente vis-à-vis de l'institution. Gros plan sur leurs réclamations ainsi que celles des enseignants, avant Le colloque national qui se déroulera à Lyon en avril prochain.
C'est-ce qui vous apparaît inutile et sans intérêt dans ce que vous apprenez au lycée ? Réponse : "La fonction logarithme me barbe, les maths, on ne sait jamais où on va, on applique bêtement des formules". "Connaître l'énergie ciné-, tique ou potentielle en physique, ça ne sert à rien". "La grammaire française et étrangère, ça m'endort", explique un autre lycéen. "Moi, je me fouis de la transpiration des plantes", renchérit un élève. Voici quelques-unes des réflexions de lycéens recueillis lors d'une vaste consultation nationale, lancée en janvier dernier par le ministre de l'Education nationale, Claude Allègre. Près de trois millions d'élèves, 400 000 enseignants, sans oublier les proviseurs de lycées ont ainsi eu fa possibilité de s'exprimer, individuellement ou en groupe, sur le thème : "Quels savoirs enseigner dans les lycées". Si les établissements assurent, en effet, largement pour leurs élèves la réussite aux diplômes, reste que trop de lycéens ont des difficultés à s'intégrer aux filières universitaires et dans la vie professionnelle. Cette opération a donc pour but de "se demander comment former les jeunes afin qu'ils puissent comprendre le monde dans lequel ils évoluent, travailler et vivre leur citoyenneté. Autrement dit de définir le profil de l'honnête homme du XXIe siècle", explique Philippe Meirieu, chercheur en sciences de l'éducation à l'université Lyon Il, chargé de présider le comité d'organisation de la consultation. Dans ['académie de Lyon, les élèves ont massivement joué le jeu, puisque 75 % d'entre eux ont répondu au questionnaire. Plus de la moitié des enseignants ont également rendu leur copie. Si ce taux de réponses est plus faible que celui des élèves, il doit néanmoins être nuancé, car de nombreux professeurs ont envoyé des réponses collectives, se regroupant, par exemple, par discipline.

Les lycéens pour des savoirs concrets

Du côté des lycéens, on note bien sûr quelques réflexions provocatrices comme celle de cet élève qui réclame "d'être payé 100 francs par heure de présence en cours", ou celui qui rêve de profs à "fortes poitrines". Cependant les slogans, potaches ou révolutionnaires, se font rares. Les premiers bilans académiques témoignent du grand sérieux avec lequel les élèves ont répondu aux questionnaires. Le constat le plus frappant, c'est qu'il n'y a pas de remise en cause fondamentale du lycée en tant qu'institution. Sa mission est claire dans l'esprit des élèves. Il demeure avant tout un lieu d'acquisition de connaissances. L'analyse des réponses des lycéens permet cependant de développer une réflexion, non seulement sur les contenus disciplinaires et les conditions d'apprentissage, mais aussi sur les attentes fortes des jeunes en matière de vie personnelle et de projet professionnel. De façon majoritaire, ils demandent un enseignement plus concret, en prise avec les centres d'intérêts actuels et le monde professionnel. D'où leur rejet pour certains apprentissages, jugées inutiles. "Ils ne stigmatisent pas en bloc telle ou telle matière, mais c'est un savoir plus circonscrit et plus pratique qu'ils attendent. Ils sont surtout en quête de sens. On note aussi une forte demande d'apprentissages utilitaires tels que des cours pratiques pour rédiger un s'initier à l'informatique et aux nouvelles technologies, faire la cuisine ou passer son brevet de secourisme", précise Claude Rebaud, vice-président du comité consultatif. Ils critiquent par ailleurs l'institution sur le plan matériel : rythme scolaire, effectifs et programmes trop lourds. Et aspirent, sur le plan humain, à une relation basée sur le dialogue et la confiance avec les enseignants. Concernant l'évaluation ils souhaiteraient, par exemple que les profs évaluent "leurs progrès et pas seulement leurs erreurs ". Ils crient haro sur la note sanction qui tombe comme un couperet et guillotine leur bonne volonté. Enfin, beaucoup d'entre eux réclament un contrôle continu tout au long de l'année, qui soit pris en compte au moment de l'examen final du baccalauréat.

Les profs attachés au bac

Du côté des enseignants on insiste prioritairement sur la nécessité d'alléger les effectifs dans les classes ainsi que les programmes. Comme on pouvait s'y attendre, une majorité d'entre eux se prononce pour le maintien de l'examen national et anonyme, même si certains semblent s'ouvrir à l'idée d'introduire une partie de contrôle continu. Mais si les profs sont attachés au bac, ils lui font aussi un certain nombre de reproches. Notamment de briser l'écrit par rapport à l'oral et de privilégier une simple restitution des savoirs. Ils s'interrogent également sur les conditions d'apprentissage. Ainsi les profs de français regrettent que l'enseignement de leur matière soit trop empreint de technicité et insuffisamment centré sur les contenus. Ils remarquent que les questions méthodologiques braquent souvent leurs élèves plutôt que de leur donner le goût de la lecture et de l'écriture. Les professeurs de sciences ou d'histoire s'interrogent eux aussi sur la nature de leurs exercices et verraient d'un bon œil plus de travaux pratiques, de recherches documentaires, de travail en groupes et d'études transdisciplinaires... Aujourd'hui l'analyse de toutes les réponses au questionnaire se poursuit dans les différentes académies. Elle devrait ensuite aboutir à des propositions qui seront débattues lors d'un colloque national qui se tiendra au palais des Congrès de Lyon les 28 et 29 avril prochains. Les syndicats, les parents d'élèves et un comité scientifique présidé par Edgar Morin seront également associés à la réflexion. Reste cependant à savoir sur quoi débouchera cette vaste consultation ? "Vos questions serviront-elles de support pour des réformes concrètes, efficaces, tenant compte de ce qui est dit", s'inquiétait un lycéen sur sa copie. "Un des enjeux de cette consultation c'est de ne pas décevoir les jeunes qui' se sont impliqués très massivement dans la réflexion. On ne pourra pas bricoler quelques mesures, si on veut avoir la chance de réussir. Une proposition de loi devrait être soumis au Parlement dès le mois de juin, nous a assuré Claude Allègre, le ministre de l'Education nationale."
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