Lyon Capitale n°161
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Il y a 20 ans : les hôteliers dans la ligne de mire

IL Y A 20 ANS DANS LYON CAPITALE – Début 1998, à quelques mois de la coupe du Monde, les hôteliers et autres patrons d'établissements se frottent les mains. Au premier coup de sifflet, les badauds investiront en masse les troquets pour regarder les matchs. Sauf que cette fois, les détenteurs des droits de diffusion veulent les faire payer !

Lyon Capitale n°161, 4 mars 1998, © Lyon Capitale

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Elles sont d'abord des évènements sportifs populaires, et ensuite de véritables cash-machines. Ou l'inverse, on ne sait plus. Une chose est sûre, les coupes du monde de football sont l'occasion de remplir les poches de tout un pan de l'économie. En 1998, alors que Zidane s'apprête à offrir aux français un doublé d'anthologie et que les bistrots et autres cafés espèrent bien retransmettre le tout dans leurs établissements, les détenteurs des droits de diffusion demandent une redevance. A première vue, les hôteliers qui voudront diffuser les matchs devront s'acquitter de quelques 5000F par évènement ! Révoltés, les professionnels crient au racket.

Lyon Capitale n°161, 4 mars 1998, p. 5 © Lyon Capitale

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Un article publié dans Lyon Capitale n°161 le mercredi 4 mars 1998, signé par Stéphane Marteau.

Les hôteliers dans la ligne de mire

Les détenteurs des droits de diffusion du Mondial. 98 veulent faire payer une redevance supplémentaire aux hôteliers, cafetiers et restaurateurs qui retransmettront des matches dans leurs établissements. Une décision jugé inacceptable par les intéressés qui crient au racket !
C'était à prévoir. Un événement de !'ampleur de la Coupe du Monde de football devait bien finir par provoquer le mécontentement d'une frange de la population française. Les premiers à se faire entendre, et à juste titre, sont les hôteliers, cafetiers et restaurateurs. Ceux-ci protestent contre le fait de devoir payer un droit supplémentaire pour la retransmission des matches dans leurs établissements. Ainsi, la société ISL (International sport Leisure) a acquis auprès de la FIFA (Fédération internationale de football association) la commercialisation de la Coupe du Monde 1998. Outre les différents droits d'exploitation marketing, ISL, par le biais du GRF (Groupement des radio-télédiffuseurs français), se dit habilité sur le territoire français à concéder ou à autoriser la diffusion des images du Mondial sur tous supports et par tous moyens de diffusion, avec une exception au profit des représentations privées et gratuites effectuées exclusivement dans un cercle de famille. Les foyers ne seront par conséquent pas touchés. En revanche, chaque poste de télévision installé dans une chambre d'hôtel, dans un café ou dans un restaurant devrait être soumis au paiement d'un droit spécifique. On parle d'une taxe de 5 000 F par téléviseur et par match diffusé ! Quand on sait que le parc de télévision dans l'hôtellerie est estimé à 350 000 postes, on comprend tout l'intérêt de la démarche. La réaction de la Fédération nationale de l'industrie hôtelière (FNIH) ne s'est toutefois pas fait attendre. Son président, André Daguin, a ainsi appelé ses 80 000 adhérents à ne pas donner suite aux exigences du GRF. "C'est un précédent dangereux car on voudra ensuite nous taxer pour Roland Garros ou le Tournoi des Cinq nations de rugby". "Nous poursuivrons toute personne physique ou morale qui aurait l'intention ou souhaiterait diffuser des images de la Coupe du Monde de football sans avoir acquitté les droits y afférent", s'est empressé de répondre le GRF. Une menace qui n'a visiblement pas eu l'effet escompté. De fait, dans le Rhône, la Chambre de l'industrie hôtelière et touristique a confirmé son intention de ne pas payer. "1SL veut profiter d'un événement populaire et hyper-média-tisé pour se faire du fric. Ça me révolte, s'exclame Roland Bernard, président de la branche "hôteliers". J'estime que c'est du racket. On ne va tout de même pas me faire croire qu'ISL a besoin de cette redevance." Un mécontentement partagé par André Português, président de la branche "cafés". "Qu'ISL marchande ses droits de diffusion aux grosses télévisions, c'est logique. Mais qu'on ne vienne pas importuner les petits cafés. C'est de la mesquinerie. Nous payons déjà assez." Il est vrai qu'une télévision installée dans un lieu public coûte au professionnel quatre fois la redevance de base, soit 2 940 F par an, sans oublier les 2 900 F versés à la SACEM. "On ne retransmet pas des matches dans nos établissements pour gagner de l'argent, mais pour permettre aux gens qui ne pourront pas aller dans les stades ou qui n'ont pas la télé de se retrouver dans une ambiance conviviale" (sic), poursuit M. Portugues. Devant le tollé provoqué par cette tentative de prélèvement supplémentaire, le GRF est en passe de faire machine arrière. Selon Jacques Catane, "ISL est en train d'élaborer une charte qui prévoirait de faire payer les établissements qui diffuseraient des matches de la Coupe du Monde dans le cadre d'une opération commerciale". Concrètement, un bar ou un hôtel qui organiserait une soirée mexicaine à l'occasion du match Mexique-Corée du Sud, avec retransmission de la rencontre sur un écran spécialement installé pour l'occasion, peut s'attendre à casquer. "Si cette solution est retenue et si on me certifie que les hôtels, cafés et restaurants ne payeront pas un rond pour les postes habituellement installés dans leurs établissements, je signe tout de suite", nous a affirmé André Daguin. Quelle que soit la décision qui sera prise, certains patrons d'établissements ne cache pas leur inquiétude. A commencer par René Peltier, qui doit prochainement ouvrir le Ail Sports Café, un bar-restaurant de 600 m2 entièrement dédié au sport. Vingt téléviseurs e un écran géant doivent être installés et plusieurs soirées à thème sont prévus à l'occasion du Mondial. "A 5 000 F par télé et par match, cette plaisanterie me coûterait cher. Alors, si jamais on doit payer, je diffuserais les matches sur un seul écran. Quant aux soirées thématiques, on ne les communiquera qu'en interne." Eric Obeuf, gérant du Sofitel, a prévu, quant à lui, d'installer deux écrans géants au Sofishop et au bar et de servir des plats à thème. Mais dans cette histoire, M. Obeuf est pris entre deux chaises. Opposé au paiement d'une redevance supplémentaire, il se trouve être dans le même temps l'un des acteurs essentiels du Mondial puisque le Sofitel fait partie du groupe Accor, prestataire agréé de la Coupe du Monde 1998. D'ailleurs, comble de l'ironie, durant trois semaines, il logera dans son établissement les gens d'ISL...
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