Be Bad  : mauvaise graine de star

Comédie en demie-teinte de Miguel Arteta, le sympathique Be Bad vaut surtout pour son interprète principal : le génial Michael Cera (Juno, SuperGrave...) qui, en se dédoublant, donne les gages d'une légère mue vers l'âge adulte. Et les rôles qui vont avec.

Visage de petit écureuil têtu, corps maigre et un peu raide, Michael Cera (Juno, SuperGrave et l'épatant Une Nuit à New York) est la preuve que le génie peut avancer masqué. Cera c'est un peu James Stewart, le plus grand faux naïf de l'Histoire du cinéma et bon gars congénital, passé au tamis des comédies de John Hugues (The Breakfast Club, Ferris Bueller) pour atterrir dans l'univers trasho-mélancolique de Judd Apatow. Toujours un peu flanqué du même rôle, Cera excelle en ado adorable trop intelligent et/ou cultivé (ici, il aime Fellini et Mizoguchi) pour ne pas être 1) désarmé face à la vie et 2)... vierge : « dans les films le bon gars a toujours la fille, dans la vraie vie c'est le con » aphorise-t-il en ouverture de Be Bad. Dont acte. Comme un clin d'oeil à tous ses films passés, comme s'il s'agissait de le faire un peu sortir de ses gonds, son personnage Nick Twisp ("un nom de famille génial si on souhaite incarner une infirmière du mal dans un hôpital psychiatrique", dit-il) deviendra méchant pour emporter la fille. Mieux : il deviendra "français" (c'est pareil) pour les beaux yeux de Sheeni, une fan de Serge Gainsbourg et d'À bout de Souffle dont il tombe amoureux. Ainsi naît sa conscience maléfique en la personne de François Dillinger, moustachu, fumeur et portant chevalière (comme tout français qui se respecte). Sous l'influence de ce Jiminy Cricket, Nick courra bien vite à la catastrophe pour le cœur légèrement changeant de sa belle (ah, les filles...), martyrisant au passage son père (Steve Buscemi), sa mère et ses beaux-pères successifs (Zack Galifianakis, aka le barbu de Very Bad Trip, puis Ray Liotta).

Talent multicartes

Le film vaut évidemment pour ses seconds rôles de luxe et l'interprétation goofyesque de Michael Cera. Mais les amateurs de comédies savamment crétines seront forcément un peu déçus. Ici, en dépit de quelques gags savamment orchestrés comme, toutes proportions gardées, dans Funny People, le dernier Apatow, ou chez Wes Anderson, le ton est plus à la comédie dramatique, finalement plus mélancolique que comique. Or, n'est pas Apatow ou Anderson qui veut. Mais si Arteta patine un peu, c'est pourtant ce ton en demie-teinte qui permet d'assister, avec l'apparition de François Dillinger, à un nouveau Michael Cera, peut-être en chemin pour des rôles moins calibrés adolescents (Cera a quand même 22 ans !), à la dimension d'un talent plus multicartes qu'il en a l'air. On regrette, d'ailleurs, que l'idée de ce double, prétexte au film, ne soit étrangement pas davantage exploitée tant le comédien offre, ici, de nouvelles facettes de son talent. De quoi en faire un jour un superbe et crédible vrai méchant doté d'un certain pouvoir de séduction. C'est donc quand il ne fait pas du Cera, que Cera est le meilleur. Et il trouvera sans doute à l'avenir des rôles à la mesure de son talent (on propose un rôle de savant fou dans James Bond contre les Puceaux). En attendant, on guette avec impatience la sortie imminente du prochain film du jeune comédien canadien : Scott Pilgrim vs. The World (par le réalisateur de Shaun of The Dead), tiré d'un comics à succès. L'histoire d'un… ado (tiens donc), bassiste dans un groupe de rock (comme dans Une Nuit à New York) et qui se bat pour une fille (pour changer). Formule gagnante, mais jusqu'à quand ?

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