aux sombres héros du tango

Comment ? Grâce à une brochette de papys argentins affichant 80 ans au compteur.

Entre nous, vous y comprenez quelque chose, vous, à cette déferlante tango qui s'abat sur la France depuis une poignée d'années ?

Archi has been et moribonde durant 20 ans, cette danse fait aujourd'hui un retour sans précédent. Si vous avez des doutes, faites le test : invitez une fille de moins de quatre-vingt-cinq ans à venir boire un verre avec vous. Normalement, il y a de très fortes probabilités pour qu'elle vous réponde par un haussement d'épaules et un saignant "ça aurait été avec plaisir, mais désolé, j'ai tango". Et, au vu de l'explosion des cours dédiés à cette danse argentine dans tout le pays, il y a de grandes chances qu'elle ne vous raconte pas d'histoires.

Il faut dire qu'entre la France et le tango, c'est une longue histoire d'amour.

Né, à la fin du XIXe, du mariage hybride et improbable du candombé africain, de la contredanse parisienne, du folklore yiddish, de la canzone italienne et de la habanera cubaine, le tango a connu ses premiers émois dans l'hexagone.

Si l'on en croit Nardo Zalko, auteur de Paris- Buenos Aires, un siècle de tango (éd. Le Félin), cette danse de petits marlous de Buenos Aires aurait débarquée à Marseille en 1907, via la frégate-école argentine Sarmiento avant de conquérir Paris où, gonflée de succès, elle serait revenue, dans les années 30, en Argentine et aurait enfin connu la ferveur populaire qu'elle mérite. Bis repetita dans les années 70. Alors que l'Argentine connaît les dures heures de la dictature, les principaux compositeurs de tango - tel Astor Piazzola - se réfugient en France et font résonner leur musique à travers toute la planète. Dernier échange en date : 2001, date de la sortie de La Revancha del tango par le combo français Gotan Project, qui remet le bandonéon et les pas glissés au goût du jour de la sono mondiale.

Derniers mohicans du tango
Si, aujourd'hui, le tango relève plutôt bien la jambe en Argentine, le pays a néanmoins perdu - montée du rock et junte militaire obligent - une partie conséquente de ses musiciens et de ses techniques artistiques. "La chaîne de transmission a été rompue entre les artistes de l'âge d'or du tango (1940-1955, ndlr) et nous, analyse le jeune contrebassiste argentin Ignacio Varchausky. En écoutant leurs disques, nous percevons des sons qui ne
figurent pas sur les partitions, mais nous ignorons d'où ils viennent et comment les reproduire".

Pour remédier à cela et faire connaître au plus grand nombre le tango classico, Gustavo Santaolalla (auteur de la BO de Brokeback Mountain ou Babel et découvreur très en vogue Juanès) et Gustavo Mozzi ont eu la bonne idée de réunir, sur deux disques sombrement nommés Café de los maestros, quelques-uns des derniers mohicans de cette musique.

Sorte de Buena Vista Tango Club, ce projet rassemblent une brochette de papys argentins à la moyenne d'âge avancée (80 ans) mais à la foi musicale encore verte.

Parmi eux : Juan Carlos Godoy, sorte de Maradona du tango old school, qui n'a rien perdu de son incroyable voix juvénile, peaufinée au long d'une carrière à la radio, dans les orchestres les plus prestigieux des années 50 et au sein du Sexteto Major dans les années 70. Mais aussi, Alberto Podesta - mythique crooner à la voix de velours -, Aníbal Arias - champion poids lourd de l'improvisation tanguera à la guitare - ou Luis Stazo, virtuose du bandonéon et du piano.

Bonne nouvelle, tout ce joli monde sera, cette semaine, sur la scène des Nuits de Fourvière, pour une soirée qui s'annonce forcément magnétique. Une très bonne occasion d'aller palper de plus près l'essence profonde de cette "pensée triste qui se danse". Ou, plus pragmatiquement, de réussir enfin à inviter votre copine à boire un verre.

Mat Gallet

Café de los maestros. Vendredi 20 juin à 21h30 aux Théatres Romains de Fourvière. 6 rue de l'Antiquaille. Lyon 5e. 04 72 32 00 00. www.nuitsdefourviere.com

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