Les confidences de Prohom : “J’ai perdu mon pognon, mon public, mes couilles, mes tripes”

En 1997, Philippe Prohom a 30 ans. Avec son mélange d’électro, de rock et de chanson à texte, il fait doucement son chemin des Francofolies de la Rochelle aux studios d’enregistrement d’une grande major. Sorti en 2002, son premier album éponyme est un succès. Sur scène, le public répond présent. Avec quelques 650 dates en 6 ans, l’artiste laisse quelques plumes sur la route et une grosse dizaine de kilos. Puis vint la chute.

Lyon Capitale : En 2002, tu signes chez Polydor pour 5 albums, mais ils n’en produiront finalement que 2…

Prohom : Le premier album n’a pas été un carton. On a souffert du téléchargement illégal. Je pensais être dans les derniers à gagner de l’argent dans ce métier en signant dans une major, mais en fait, j’ai été l’un des premiers à fonctionner sans vendre de disque. En plus, comme je venais de l’indépendant, le fait de signer chez Polydor Universal m’a coûté très cher au niveau de l’image. Plein de gens me l’ont reproché, des jalousies se sont créées. J’ai des fans qui m’ont dit : “on l’a téléchargé parce que tu es chez Universal”. Après, j’en ai quand même vendu 40 000. Mais je n’ai pas gagné grand chose là-dessus et la maison de disque était assez déçue. Ça a été un succès d’estime, mais pas un carton grand public.

Pourquoi avoir rompu ton contrat avec ta maison de disque ?

Polydor a eu du mal à défendre ce projet atypique et les relations professionnelles entre eux et ma manageuse furent compliquées. Comme elle me suivait depuis le début, j’ai voulu la garder pour la belle histoire. J’ai préféré casser le contrat pour rester avec elle. Et là, j’ai fait une grosse boulette. On a autoproduit le 3e album, je n’étais pas entouré du tout et je me suis enflammé dans la production. J’ai claqué beaucoup d’argent. Je suis resté sur mes idées, personne n’a pu m’en faire sortir et je me suis crouté. On a fait seulement 30 dates de concerts avec cet album dans un succès très relatif. Je l’ai vécu comme un échec. J’ai eu la sensation de me faire défoncer la gueule. Les gens peuvent te détester à hauteur de ce qu’ils t’ont aimé. C’est le jeu dans ce métier, tu sais que tu peux te vautrer sur un album et perdre ton public. Ma manageuse aussi est partie, sans ménagement ni aménagements. La cerise sur le gâteau, ça a été la mort de mon batteur qui était, au-delà du musicien, un ami. J’ai tout perdu finalement. J’ai perdu mon pognon, mon public, mes couilles, mes tripes. Donc deux ans de presque dépression à ne rien pouvoir faire.

Aujourd’hui, tu nous reviens plutôt en bonne forme…

Dès 2004, je voulais aller voir ailleurs artistiquement, mais j’étais estampillé rock électro. Depuis un an, je travaille avec Christian Fradin à un nouveau répertoire. On a tout de suite senti qu’on tenait un truc avec ce mélange électro piano chanson. Très rapidement, on a vu revenir le public. J’ai commencé à démarcher des tourneurs et j’ai eu tout de suite des retours positifs. J’ai eu le luxe de pouvoir le choisir. Puis, j’ai maquetté 9 titres en septembre pour les faire écouter à des éditeurs avec l’envie de ne pas courir après les gens. 3 jours après, j’avais une proposition de contrat que je vais sans doute honorer. Tout s’enchaîne. La tournée est prévue pour début 2010, on va sortir un vinyle avec 4 ou 6 titres au printemps, avant de sortir un album à l’automne.

Est-ce qu’à un moment de ta carrière, tu t’es senti intouchable ?

Je considère que je n’ai jamais vraiment fait ma place, mais je ne désespère pas. La signature dans une major ne m’a pas fait changer. Mon esprit d’indépendance et ma liberté artistique étaient contractualisés chez Polydor. J’ai toujours eu le choix en tout. Ça s’est d’ailleurs humainement toujours bien passé chez eux et je regrette même de ne pas avoir sorti mon troisième album là-bas. Ils l’auraient sans doute mieux défendu. De toute façon, je n’ai jamais rien perdu. Même pendant les deux années de lose, je me suis toujours dit que j’allais repartir. Je suis saltimbanque à vie, quelque soit le prix et jusqu’à aujourd’hui, ça m’a porté et j’en suis très heureux.

Prohom. Le 11 décembre au Marché Gare. www.prohom.com

à lire également
Bombino, à Paris en 2018 © Richard Dumas
Passé au musée des Confluences en mai 2018, Bombino devait revenir en terres lyonnaises en janvier mais ce concert a dû être annulé, pour une question de visas. Le prodige nigérien arrive donc en novembre, mais son album en forme de retour aux sources du blues touareg n’a pas pris la poussière.

Les commentaires sont fermés

d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires
Faire défiler vers le haut