De l’art d’être spectateur

Le public aurait-il de moins en moins de droits et de plus en plus de devoirs ? C’est la question que tout spectateur peut se poser aujourd’hui en fréquentant les salles de spectacle, de concert ou de théâtre.

29 mai 1913. Paris. Théâtre des Champs-Elysées. Igor Stravinski provoque un scandale avec la création du Sacre du Printemps. Dans la foule spectatrice se propage le vacarme et l’étourdissement. Rires, cris, applaudissements, se répandent dans la salle lors de cette soirée désormais mythique. L’une des plus grandes œuvres de l’histoire de la musique venait d’être accouchée devant une foule médusée. Troublé, le public, vivant, n’était pas prêt à une telle révolution. Qu’il est doux ce parfum de scandale qui accompagne désormais cette partition de Stravinski… En 2011, un tel sursaut dans un public semble utopique. Dociles, les spectateurs ? Peut-être plus curieux et prêts à l’expérience. Mais préparés aussi à l’ennui et conditionnés par des structures étouffantes à accepter l’œuvre et lui trouver toujours, envers et contre tout, un intérêt. Sans doute le prix des places de spectacle n’est pas étranger à ce comportement. Pourtant, l’artiste n’est-il pas mieux servi par un public qui ne rechigne pas à manifester ses sentiments, positifs ou négatifs ?

23 juin 2011. Lyon. Nuits de Fourvière. Des spectateurs quittent le théâtre de l’Odéon, vraisemblablement ennuyés par un spectacle dont ils jugent la forme trop académique. Quittant pourtant discrètement les lieux, le petit groupe subit les remontrances d’un des membres de l’équipe organisatrice. "Ça ne se fait pas de quitter un spectacle !". Pourquoi ? Le spectateur a-t-il un devoir, moral ( ?), de demeurer assis devant une œuvre qui l’ennuie. Le prix d’une place inclut-il de ranger sa liberté pendant quelques heures ? Une place doit-elle rendre le spectateur « prisonnier » de l’œuvre ? A-t-on intégré l’idée que le public serait désormais condamné à applaudir mollement les cinq rappels qui couronnent, aujourd’hui, chaque spectacle, bon ou mauvais ?

Vibrant, vivant, en éveil, critique, le libre arbitre du public a aussi contribué à modeler l’art et il se doit d’en demeurer une donnée fondamentale.

à lire également
My (Petit) Pogo – Chorégraphie Fabrice Ramalingom © Ghislaine Hamid-Le Sergent
Sur proposition de la Maison de la danse, le chorégraphe Fabrice Ramalingom a présenté en janvier à Lyon un spectacle adapté aux personnes sourdes et malentendantes. Si ce type d’initiative se développe sur nos scènes, la gageure ici était d’intégrer l'interprète en langue des signes dans l’écriture de la danse, et cela change tout !
d'heure en heure
d'heure en heure

derniers commentaires

réseaux sociaux
Faire défiler vers le haut