Asgeir

Concert : l’Ásgeir d’Islande à Feyzin

Nouvel enfant prodige du paysage musical islandais, Ásgeir, que l’on avait découvert à Lyon et en islandais sous le nom d’Ásgeir Trausti, est la petite pépite nordique qui fait actuellement frémir les fans de folk indépendant et vaporeux. Chose rare, c’est avec le même album qui l’avait fait (un peu) connaître en 2012, mais adapté en anglais, que l’Islandais a entrepris de conquérir le monde des musiques actuelles.

Il est assez aisé d’être une pop star en Islande (5 000 exemplaires vendus équivalent à un disque d’or) et d’y être connu de chaque habitant (qui de toute manière se connaissent tous peu ou prou). Avec son premier album, Dýrð í dauðaþögn, Ásgeir Trausti a ainsi été triplement platiné dans son pays.

Poisson vivant

Il est un peu moins facile, en revanche, de s’exporter à l’international lorsque l’on chante dans la langue d’Halldór Laxness – ce qui n’est pas loin d’être vital quand on exerce son art sur un marché si petit. Or, comme l’a écrit l’auteur nobélisé en 1955 de The Fish Can Sing, “un poisson qui ne chante pas tout autour du monde est un poisson mort”.

La maxime s’applique d’autant mieux aux musiciens islandais que, sur l’île de glace, le poisson est à la fois trésor national et sujet d’éternelle controverse (après les guerres de la morue dans les années 1950 et 1970, le problème des quotas de pêche est l’un des principaux sujets qui retient l’Islande d’entrer dans l’Union européenne).

La Grant adaptation

Mais, pour chanter autour du monde, encore faut-il le faire – quand bien même le langage musical serait universel – dans la langue du monde du XXIe siècle. À savoir l’anglais. On a connu des exceptions ayant pu se payer le luxe de s’en passer, comme Björk (partiellement seulement, même si aujourd’hui elle pourrait chanter en javanais) ou Sigur Rós dont les textes sont de toute manière hautement décoratifs. Mais celles-ci ne font que confirmer la règle et contourner l’évidence : personne ne comprend l’islandais.

Ásgeir Trausti, qu’on avait vu sous ce nom au Transbordeur en première partie de ses compatriotes anglophones d’Of Monsters and Men, a donc procédé de manière très simple : il a commencé par raccourcir son nom en Ásgeir et demandé à l’auteur-compositeur John Grant, exilé volontaire en Islande depuis quelques années, de bien vouloir retravailler avec lui les textes de Dýrð í dauðaþögn devenu In the Silence – ce, dans le sens d’une véritable adaptation, donc réécriture et non simple traduction. Et accessoirement de réarranger et réenregistrer le tout.

Tête de tête d’affiche

Pari gagnant puisque le talent de ce folkeux aux atmosphères faites de superpositions synthétiques et à la voix soul haut perchée s’est vu propulser dans une bonne demi-douzaine de tops 40 internationaux – tout en parvenant à atteindre la deuxième place de la tónlist islandaise avec un album qui avait déjà été numéro un dans la langue autochtone.

Si Ásgeir Trausti nous avait déjà tapé dans l’œil et l’oreille, Ásgeir tout court ne devrait pas tarder à se faire pour de bon une tête et un nom de tête d’affiche. Car, loin du simple geste marketing, le travail effectué avec John Grant est une réussite totale, tant il est parvenu à élargir les horizons du Bon Iver islandais bien au-delà de la simple question de l’idiome. Fort heureusement d’ailleurs, car en ce qui concerne le marché français, où les dithyrambes pleuvent, ce qu’Ásgeir ne sait pas, et qu’il ne faut surtout pas lui dire, c’est que personne ne comprend l’anglais non plus.

Ásgeir – Mardi 30 septembre à 20h30, à l’Épicerie Moderne, Feyzin.
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