12 écrivains passent aux Assises

Du style, ce prof d'Histoire du cinéma et des arts en a à revendre. De la maîtrise aussi. Son pastiche de roman libertin, Fils unique, autobiographie imaginaire du frère de Jean-Jacques Rousseau, en était une preuve de plus. Pour son dernier roman en date, le caméléon Audeguy, né en 1964, a une fois de plus changé d'époque, de lieu et de style, emmenant le lecteur au Kenya, y traversant les époques au prétexte d'une histoire de filiation. Dans In Memoriam, publié cette année, il collecte (et parfois enrobe) avec humour les anecdotes relatives à la mort d'une poignée de grands (et de moins grands) hommes.

A lire :
" La Théorie des Nuages " (Gallimard/Folio)
Stéphane Audeguy participera à la table ronde " La Puissance de la Nature " en compagnie de Rick Bass, Neil Bissoondath et Jorn Riel. Samedi 30 mai à 11h aux Subsistances.
Il sera également au centre du petit-déjeuner " Un romancier au musée " où l'auteur lira un texte consacré à La Tentation de Saint Antoine d'Auguste Rodin. Dimanche 31 mai à 10h au musée des Beaux-Arts.
Rick Bass
Il faudrait se rendre dans le Montana pour comprendre véritablement pourquoi les paysages de cet état sauvage et montagneux des Etats-Unis ont un tel impact sur tout un pan de la littérature américaine contemporaine. Car si le Montana est célèbre pour ses milices armées d'extrême droite, il l'est aussi pour son gang d'écrivains (nettement plus progressiste) dont le chef de file officieux est Jim Harrison et les pères fondateurs Raymond Carver ou Richard Brautigan. Un gang qui perpétue le mythe de l'ouest en substituant le stylo au colt. Rick Bass, originaire du Texas est de ceux-là, il est allé puiser dans la vallée de Yaak une inspiration qui lui a rarement fait défaut si l'on en juge sa bibliographie foisonnante. Il y puise également la force d'y célébrer une nature qu'il confronte toujours à la main dévastatrice de l'homme.

A lire :
" Sur la piste des derniers grizzlis " (Hoebeke)
" La vie des pierres " (Bourgois)
Rick Bass participera à la table ronde " La Puissance de la Nature " en compagnie de Stéphane Audeguy, Neil Bissoondath et Jorn Riel. Samedi 30 mai à 11h aux Subsistances.
Annie Ernaux
C'est en imaginant l'enfance d'une petite fille née en 1940 et grandissant dans un café-épicerie de Normandie que l'on peut saisir pleinement l'œuvre d'Annie Ernaux. Paradoxalement on peut dire que le lecteur, qui parfois peut-être déconcerté par le style Ernaux, doit être capable d'imaginer du romanesque pour se plonger dans l'univers de cette fascinante auteure française qui, elle, a renoncé à cette forme avec La Place, Prix Goncourt en 1984. Depuis son œuvre oscille entre l'autobiographie et le journal intime sur fond de réflexions sociologiques. Petite fille issue d'un milieu modeste, Annie Ernaux réussit l'agrégation de lettres modernes. Cette ascension sociale, elle l'a vit comme une trahison à l'égard des siens. A travers ses récits intimes, l'auteur brosse en filigrane le portrait troublant de la société française. Le tout dans un style presque neutre qui touche tout simplement à une forme d'écriture essentielle et parfois au sublime comme dans le bouleversant La Honte.

A lire (sélection) :
La Place (Gallimard)
L'Evénement (Gallimard)
La Honte (Gallimard)
Les Années (Gallimard)
Annie Ernaux participera à la table ronde " portrait d'une génération " en compagnie de Yu Hua (Chine), Juli Zeh (Allemagne), samedi 30 mai à 21h, aux subsistances.
Siri Hustvedt
Siri Hustvedt fut d'abord connue pour être la femme de Paul Auster, qu'elle épousa alors que celui-ci était inconnu et collectionnait les lettres de refus des éditeurs. D'autant que les univers des deux écrivains, leur approche du récit, sont assez proches. Mais dans la mesure où l'écrivain newyorkais rentre quelque peu dans le rang littéraire et que l'œuvre de Siri s'étoffe de livre en livre, on va sans doute finir par dire que Paul Auster est le mari de Siri Hustdvedt. Cela fait pourtant 25 ans que cette diplômée de Columbia, née en 1955 dans le Minnesota, est entrée en littérature avec Lire pour toi. Mais c'est avec L'Envoûtement de Lily Dahl que l'envoutante blonde d'origine norvégienne s'est particulièrement faite remarquer. Avec son dernier roman, Elégie pour un Américain, Siri Hutstvedt explore le milieu de l'art newyorkais, ses passions et ses excès, sur fond de spleen post-11 septembre et de psychanalyse. C'est avec ce roman que l'auteur enfonce dans le grand mur du genre " roman newyorkais " un clou qu'il sera bien difficile de déloger.

A lire :
" Elégie pour un américain " (Actes Sud)
Siri Hustvedt participera à la table ronde " Le livre dont le psychanalyste est le héros " en compagnie d'Hanif Kureishi et Michel Schneider. Jeudi 28 mai à 21h aux Subsistances.
Yu Hua
Né en 1960, Yu Hua a considérablement alourdi les bibliothèques l'an dernier avec un livre monstre, Brothers, un pavé publié qui connut un succès considérable en Chine où il fut publié en 2 tomes. C'est que le roman n'a pas trop de 700 pages pour disséquer plusieurs décennies d'Histoire Chinoise, cette trajectoire météorique qui conduisant le pays de Mao de la Révolution Culturelle à la Révolution consumériste, lui a pratiquement fait faire un tour sur lui-même. Mais Brothers est loin d'être son premier succès, c'est lui déjà qui avait signé en 1992 Vivre, autre fresque historique, dont Zhang Yimou tira un film qui remporta le Grand Prix à Cannes en 1994. Un autre de ses livres marquant, bien que peu vendu en Chine, fut Le Vendeur de sang (1997) dans lequel l'auteur aborde la condition chinoise au travers d'une pratique peu commune : celle de paysans chinois pauvres contraints de vendre leur sang pour améliorer leur condition. C'est donc au décorticage en règle d'un pays jugé insondable et longtemps verrouillé que se livre l'auteur chinois. Preuve aussi, qu'à travers l'existence de telle livre, c'est aussi la liberté d'expression qui, dans un contexte de libéralisation économique échevelée, grignote peu à peu du terrain.

A lire :
" Brothers " (Actes Sud)
Yu Hua participera au débat " L'Epopée de la Chine contemporaine ". Samedi 30 mai à 15h aux Subsistances.
Toby Litt
Dire d'un auteur anglais qu'il est déjanté est un peu une tarte à la crème. Mais il suffit de lire Un Hôpital d'Enfer pour se convaincre que Litt, né en 1968, n'est sûrement pas seul dans sa tête. Y fourmillent également une foultitude de personnages et de situations abracadabrantesques qui transforment le quotidien d'un hôpital en théâtre d'un délire cauchemardesque et fantasmagorique une fois minuit passé. Mais là où Litt surprend le plus c'est que, stylistiquement, rien en ressemble moins à un livre de Litt qu'un autre livre de Litt. Signataire au début des années 2000 du " Manifeste des Nouveaux Puritains " des lettres britanniques, Litt prône avec eux le culte du banal, du quotidien et de l'épure comme carburant d'un récit littéraire qu'il appartient ensuite à l'auteur d'élever le plus haut possible. Litt comme Litt-érature, donc.

A lire :
" Les Nouveaux Puritains " (Diable Vauvert)
" Un Hôpital d'Enfer " (Phebus)
Toby Litt participera à la table ronde " Fantasme et fantasque : les déformations de la réalité " en compagnie d'Arnon Grunberg, Véronique Ovaldé et et Sergi Pàmies. Vendredi 29 mai à 20h30 aux Subsistances.
Stewart O'Nan
A propos de l'auteur américain, Thierry Gandillot de l'Express a écrit qu'il serait un jour " aussi naturel de citer Stewart O'Nan parmi les monstres sacrés de la littérature américaine qu'aujourd'hui Henri Miller, William Styron ou Philippe Roth ". Il faut dire que d'entrée, O'Nan, né à Pittsburgh en 1961, avait frappé fort avec son roman Speed Queen, la confession en 144 points d'une condamnée à mort à son idole Stephen King. L'œuvre d'O'Nan est ainsi marquée par la violence, souvent épique comme dans son dernier roman Un Mal qui répand la Terreur, qui a pour cadre la guerre de Sécession. Et presque toujours injuste comme dans le Nom des Morts, consacré à la descente aux enfers d'un mutilé de la guerre du Vietnam. Son dernier roman, Le Pays des Ténèbres, pousse cette fascination encore un peu plus loin : débutant comme un film d'épouvante pour ado (cinq adolescents ont un accident de la route le soir d'Halloween), le livre plonge ensuite dans la cliché américaine en plongeant dans le fantastique, à la manière du maître de Stewart O'Nan, Stephen King.

A lire :
" Un Mal qui répand la terreur " (L'Olivier)
Stewart O'Nan participera à la table ronde " Quelle écriture pour la violence " en compagnie de Julia Leigh et Marie NDiaye. Lundi 25 mai à 18h30 aux Subsistances.
Denis Podalydès
Il faut l'avouer, Denis Podalydès est un acteur tellement extraordinaire qu'en ouvrant son livre on a peur d'être déçu de Podalydès auteur. Un vieux cliché parle en nous, on pense " on ne peut pas être doué en tout ! ". Et bien on a tort car non seulement son livre Voix off est très bon, mais en plus il révèle une plume tout à fait originale. Faire un portrait de soi à travers la voix des autres, finalement seul un acteur pouvait y penser et réussir avec autant de justesse. Podalydès ne déçoit pas, il nous rend juste un peu jaloux d'être aussi brillant dans tout ce qu'il fait ! Un artiste total qui mérite le total respect...

A lire :
Scènes de la vie d'acteur (seuil)
Voix off (mercure de France), livre + cd
Denis Podalydès effectuera une lecture des Aventures de Tom Sawyer, le samedi 30 mai à 14h, aux subsistances.
Sjòn
Sjòn, né en 1962 à Reykjavik, appartient à la nouvelle garde très tendance des écrivains nordiques. Lui est islandais, comme l'écrivain de polar Arnaldur Indridasson, et son véritable nom, Sigurjon Birgur Sigurdsson, n'entrerait pas sur la jaquette d'un livre. S'il est l'écrivain islandais qui monte, le public le connaît en revanche, certes indirectement, depuis longtemps. C'est en effet Sjòn qui se cache parfois derrière les mots des chansons de Björk, notamment Bachelorette ou encore I've Seen it All enregistrée pour la BO du film de Lars Von Trier, Palme d'or à Cannes, Dancer in the Dark et pour laquelle il fut nominé aux Oscars. Passionné de musique, l'ami de Björk fut également choriste occasionnel du mythique ancien groupe de la chanteuse, les Sugarcubes. Ses livres, traduits en en une douzaine de langues, cultivent l'onirisme naturel des paysages de son pays et l'esprit de ses Sagas fondatrices, mais en saisissent également la fureur et la violence. Comme dans le dernier en date, le très beau Le Moindre des Mondes, qui évoque l'Islande rurale de la fin du XIXe siècle entre réalisme social, empreinte mythologique et conte.

A lire :
" Le Moindre des Mondes " (Rivages)
Sjiòn participera à la table ronde " Il était une fois... le conte " en compagnie d'A.S. Byatt et Pascal Quignard. Mardi 26 mai à 21h aux Subsistances.
Camille de Toledo
Retour au pays pour Camille de Toledo, né à Lyon en 1976, l'écrivain a fait du chemin... Boursier de la Villa Médicis en 2003, cet empêcheur de tourner en rond peut se vanter de deux essais retentissant dans le monde littéraire : Archimondain Jolipunk, son premier livre en forme de portrait générationnel d' " un asthmatique de l'âme " et son dernier ouvrage, Visiter le Flurkistan ou les illusions de la littérature monde qui n'est ni plus ni moins qu'une bonne claque au Manifeste pour une littérature monde en français publié dans le cadre du festival des écrivains voyageurs de Saint-Malo. Mais c'est dans ses deux romans que l'auteur est le plus pertinent et le plus savoureusement culotté, notamment dans L'inversion de Hieronymus Bosch qui passe du lyrisme au naturalisme dans un style brillant et unique plein d'onirisme.

A lire :
Archimondain Jolipunk (puf)
Vie et mort d'un terroriste américain (Verticales)
L'inversion de Hieronymus Bosch (Verticales)
Visiter le Flurkistan ou les illusions de la littérature monde (Calmann-Levy)
Camille de Toledo participera à " les Fous du soir, une littérature monde ? disent-ils... " avec Neil Bissoondath et Dany Laferrière, le jeudi 28 mai aux subsistances.
Adam Thirlwell
Adam Thirlwell, né en 1978, en est à sa deuxième apparition aux Assises du roman, preuve que la sienne d'assise est bien implantée dans le monde littéraire. Pour l'heure, le jeune auteur anglais n'a pourtant publié qu'un seul livre en France, Politique (Ed. de l'Olivier), un livre " sur la bonté " où il était question d'amour à trois, de sexe, de Joseph Staline, de Kundera (que Thirlwell décortique mieux que quiconque) et d'à peu près tout ce que l'art de la digression autorise à évoquer. Cela a suffit pour révéler l'animateur de la revue Areté comme le petit prodige des lettres britanniques. Son second livre, Miss Herbert (en référence à la gouvernante de Flaubert qui traduisit Madame Bovary) où il aborde le problème crucial en littérature de la traduction, a fait couler beaucoup d'encre en Grande-Bretagne. Ce qui n'a pas empêché ce maître de l'ironie d'être nommé par la revue Granta parmi les 20 meilleurs jeunes écrivains britanniques.

A lire :
" Politique " (L'Olivier)
Adam Thirlwell sera au centre de " Fous du soir nème4 ". Samedi 30 mai 20h30 aux Subsistances.
Juli Zeh
Mener une réflexion philosophique sur fond d'intrigue policière, voilà le tour de force de l'écrivaine allemande Juli Zeh dans L'Ultime question, son dernier roman paru en 2008. Née en 1974 à Bonn, la jeune femme s'oriente d'abord vers une carrière de juriste avant d'entrer en politique. Auteur est donc sa troisième casquette pour elle qui écrit depuis l'âge de sept ans. Très remarquée en France avec son deuxième roman La fille sans qualité, dont la narratrice est une avocate en charge d'une affaire très sulfureuse dans un lycée, interroge les notions de bien et de mal. Dans l'Ultime question, Juli Zeh va encore plus loin dans la réflexion puisque à partir d'une affaire de meurtre elle questionne notre rapport au réel. Qu'est-ce que la réalité ? Sans faire de la philo de bas étage, l'auteure se saisit du vaste sujet dans toute sa dimension métaphysique et conceptualise par une fiction diablement intelligente.

A lire :
La Fille sans qualité (actes sud)
L'Ultime question (actes sud)
Juli Zeh participera à la table ronde " portrait d'une génération " en compagnie de Yu Hua, Annie Ernaux, samedi 30 mai à 21h, aux Subsistances.

Par Audrey Hadorn et Kevin Muscat

Notre dossier spécial sur les Assises Internationales du Roman en cliquant ici lien

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