Livreur à vélo Foodora à Lyon en 2017 © Tim Douet
Livreur à vélo Foodora à Lyon en 2017 © Tim Douet

UberEats, Deliveroo… bientôt la fin des livraisons à vélo ?

Le temps des livraisons à vélo serait-il bientôt révolu ? Plus rapide, moins fatigant, le scooter s’impose de plus en plus parmi les livreurs de plateformes comme UberEats. Au détriment des livreurs à vélo, qui peinent à suivre le mouvement.

Pause de midi dans un McDonald's du centre-ville de Lyon. Parmi les clients qui attendent leur repas à emporter devant le comptoir, un coursier, casque sur la tête, vient chercher sa commande. Il ne s’agit pas d’un livreur cycliste, mais d’un motard, comme on en voit de plus en plus depuis quelque temps. En une heure et demie, pas un seul livreur cycliste ne s’arrêtera devant le McDonald's pour porter son repas en pédalant au domicile d’un client. Quand on y regarde de plus près, le constat est sans appel : l’utilisation du deux-roues motorisé prend de l’ampleur.

Avaler du kilomètre

Cette tendance s’accompagne d’une extension des zones de livraison couvertes par les plateformes. “Nous cherchons continuellement à rendre notre application disponible pour le plus grand nombre d'utilisateurs. Nous couvrons actuellement une zone de près de 300 km² allant de Craponne à Genas d'ouest en est et de Rillieux-la-Pape à Vénissieux du nord au sud et souhaitons continuer à développer les zones desservies au cours des prochains mois”, nous explique la plateforme Uber. Grâce à ces courses longue distance, le service UberEats s'est progressivement imposé sur le marché très concurrentiel des livraisons de repas à domicile, alors qu'un de ses concurrents, Foodora, a annoncé jeter l'éponge en France. Du côté des livreurs à vélo, cette évolution des zones de livraison laisse un goût amer. “À vélo, on se retrouve avec des courses trop longues pour des cyclistes, qui rapportent beaucoup, certes, mais qui nous emmènent dans des endroits où le nombre de commandes est peu important. À côté de ça, les scooters, eux, n'ont pas le problème des distances, que ce soit long ou proche du centre, en dix minutes ils sont dans le centre, sans se fatiguer”, affirme Maximilien, un jeune livreur à vélo. Comme UbearEats, Deliveroo a mis en place un système de tarification à la distance, qui s’applique pour les nouveaux riders de la plateforme et pour les anciens sur la base du volontariat. Un autre avantage pour les livreurs motorisés qui n’ont aucune contrainte physique à avaler du kilomètre. Ce système est couplé à une tarification à la course qui incite aussi à faire le plus de livraisons possible en un temps record. La rapidité des livreurs en scooter leur confère donc un double avantage : livrer loin et livrer plus. Une performance qui laisse les vélos sur la touche. “Ça ne m'étonne pas que plein de mecs soient passés au scooter au final...”, confie Laurent, livreur à vélo depuis maintenant deux ans.

Illégalité

Si les plateformes ont commencé par le vélo, ce n’est pas par hasard. La livraison à bicyclette est moins réglementée. Pour opérer en scooter, les choses se compliquent : une licence de transport intérieur de marchandises et une inscription au registre des transporteurs sont nécessaires. En l’absence de licence, le livreur encourt un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende. Cette réglementation plus stricte n’empêche pas l’utilisation du scooter de se développer. Pour cause, même si les plateformes affirment demander des justificatifs, une proportion de livreurs en scooter ne seraient pas en règle. Chez UberEats, un mail demandant de fournir des justificatifs est envoyé aux coursiers souhaitant livrer à scooter. “En pratique, ce n’est pas vraiment contrôlé, il semble très simple de livrer sans”, selon Téo, livreur chez Uber. “Les plateformes n’ont pas été regardantes dès le début”, estime Jérôme Pimot, cofondateur du Collectif des livreurs autonomes parisiens (CLAP). “Des jeunes ayant une méconnaissance de la législation ont commencé à opérer en scooter et les plateformes ont laissé faire. Aujourd’hui, une majorité des livreurs motorisés ne sont pas en règle”, affirme-t-il. Une constatation corroborée par les données de la direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement, qui ne constate aucune augmentation notable du nombre de licences délivrées entre fin 2016 et fin 2017 dans la zone de l’ancienne région Rhône-Alpes.

L’écologie au placard

Une évolution inéluctable ? Si le scooter présente de nombreux intérêts par rapport au vélo, son utilisation s’oppose au discours écologiste des plateformes. Une attitude que Maximilien juge “hypocrite”. “Ils vendaient leur service avec l'argument de l'écologie, la livraison en vélo qui ne pollue pas. Certains livreurs cyclistes n’en ont peut-être rien à faire, mais moi, ça m’embête”, s’attriste Maximilien. Chez Deliveroo, on affirme promouvoir l’utilisation du vélo parmi les livreurs : partenariat avec un fournisseur de vélos électriques avec des prix préférentiels pour les coursiers, partenariat avec la mairie de Strasbourg pour promouvoir l’aménagement de pistes cyclables... Mais Deliveroo, comme les autres plateformes, ne peut pas vraiment contrôler le moyen de locomotion de ses livreurs. Ces derniers étant autoentrepreneurs, aucun lien hiérarchique n’est censé exister entre eux et la plateforme. Chez Uber, quand on s’enquiert de la proportion de livreurs en scooter, la réponse est rudimentaire : “La majorité des coursiers partenaires utilisent un vélo.” Ceux-ci brillaient pourtant par leur absence, chez McDonald's, jeudi midi.

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Le patron de l’agence Extra Sports (SaintéLyon, Lyon Urban Trail, Lyon Free Bike…) a eu en 2014 un grave accident de vélo, qui l’a laissé tétraplégique. Ce dingue de sport revient avec franchise sur “ce putain de 1er avril, comme le putain de camion de Coluche”, comme il l’écrit sur le blog 100 % humour noir où il raconte sa nouvelle vie. Indiscutable acteur et fin observateur de la ville, Michel Sorine nous parle de Lyon, de Gérard Collomb, dont il a fait les campagnes de 2008 et 2014, de ses démons et de ses projets. Objectif : le Ventoux ! Notre entretien Grande Gueule de septembre.
3 commentaires
  1. Abolition_de_la_monnaie - 21 août 2018

    Bravo pour cet article.
    Il montre une fois de plus que le fric et son utilisation poussent à polluer.
    Etre écolo n'est pas possible tant que l'ordre absolu sera la rentabilité monétaire. Or la rentabilité monétaire est obligatoire dès qu'on utilise de la monnaie, les échecs des régimes communiste en sont la preuve.
    A bon entendeur...

  2. Galapiat - 22 août 2018

    Rien ne prouve que la plupart ne sont pas des scooters électriques, pas de bruit, pas de pollution, permettant de couvrir de grandes distances , la possibilité d'avoir un deuxième jeu de batterie à sa base élargissant la zone , le temps d'utilisation.

  3. Abolition_de_la_monnaie - 22 août 2018

    La réalité prouve que ces scooters ne sont pas électriques (coût à l'achat bien trop élevé et donc pas rentable), et de toute manière les véhicules électriques sont polluants avec leurs batteries, et quoi qu'il arrive bien plus polluants que les cyclistes sans assistance. Il y a comme d'habitude ceux qui font des efforts et les faignasses pollueurs "qui n'ont pas le choix".

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