PV AN 23.06.92

Tutelle budgétaire de Bruxelles : le jour où Nicolas Sarkozy fit disparaître la France

Après les 27 capitales, les eurodéputés ont confirmé hier, à une écrasante majorité, que les technocrates de la Commission européenne auront un droit de regard total et absolu sur chaque budget national. Mais aussi sur le débat parlementaire qui précédera le vote et même sur les amendements des parlementaires. Le tout grâce à Nicolas Sarkozy. Décryptage.

“Ensemble tout devient possible.” Le célèbre slogan du prestidigitateur de la campagne présidentielle de 2007 n’a pas encore recraché toutes ses pluies acides et, comme une catastrophe nucléaire, ses effets les plus pervers ne se révèlent qu’au fil du temps. Après le rejet massif (55 %) par le peuple français du traité “établissant une Constitution pour l’Europe” et la négation pure et simple de ce référendum, en catimini et par la voie parlementaire (ratification du traité de Lisbonne, dit “simplifié” pour les simples d’esprit que nous sommes censés être), c’est aujourd’hui le triomphe de l’axe Merkel-Sarkozy, avec l’immixtion directe de Bruxelles dans nos affaires budgétaires et la perte du peu de souveraineté qu’il nous restait. Big Brussels is bashing you.

Un bras d’honneur à notre Constitution

En effet, sous les doux vocables de “règle d’or”, c’est la possibilité offerte dès cet automne aux technocrates de la Commission européenne d’exiger du Parlement une modification, avant le vote, du projet de budget 2014, si ce budget n’est pas assez conforme à leur orthodoxie austère de petits comptables n’ayant de comptes à rendre à personne – justement parce que nommés et donc élus par personne. Pis encore, le même droit de regard s’appliquera aux amendements que les élus pourraient proposer. La nouvelle loi de l’UE, validée par le Parlement européen comme par les États, est ainsi la dernière étape avant le droit de veto et par conséquent le fédéralisme. C’est une sorte de monde à l’envers dans lequel les politiques se mettent froidement au service d’une administration irrévocable, comme un gigantesque bras d’honneur à l’article 2 de notre Constitution : gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple”. Dès à présent, on peut se demander à quoi peuvent bien servir les 577 députés et les 348 sénateurs, dénués qu’ils sont de tout pouvoir d’influence sur l’avenir de la France. Et d’ailleurs, évoquer la France en tant que “pays”, cela a-t-il encore le moindre sens ?

Au nom de quels intérêts supérieurs ?

On ignore à ce stade si Nicolas Sarkozy, dans les affres de sa reconversion, sera finalement l’obligé de l’émir du Qatar et de son fonds souverain, comme avant lui le chancelier allemand Gerhard Schröder fut l’obligé de Vladimir Poutine et de Gazprom, mais, s’il y a bien un domaine où l’ancien chef de l’État a été constant, c’est celui de l’affaiblissement de la France, au profit du renforcement de la technostructure européenne. Il y a pile un an, en pleine campagne pour sa réélection, il n’hésitait pas à en faire des tonnes sur le sujet. Raillant l’abstention des socialistes lors du vote à l’Assemblée nationale sur le “mécanisme européen de stabilité” (MES), il affirmait alors crânement : “Même sur l’Europe, ils ne s’engagent pas, parce que c’est moi qui propose !” avant de rappeler, emporté par son élan de bretteur, que lui avait “voté des textes de François Mitterrand sur l’Acte unique, sur la monnaie unique, parce que c’est la France !”

L’Europe vaut bien quelques mensonges

Sauf que l’Acte unique, qui ouvrait la voie à la réalisation du marché unique, a été voté en 1986. Et que Nicolas Sarkozy n’a été élu député qu’en juin 1988. Quant au traité de Maastricht, il a été voté par l’Assemblée nationale le 13 mai 1992. À cette époque, Nicolas Sarkozy s’était bien fait élire dans les Hauts-de-Seine… sauf que, là encore, non seulement il s’est volontairement abstenu à l’Assemblée nationale, mais il n’a pas pris part au vote au Congrès, comme l’indique le procès-verbal de la séance du 23 juin 1992.

Pour la plupart des dirigeants français, l’Europe c’est tellement bien qu’ils ont honte de voter pour, au su et au vu de tous. Pourtant, la désespérance est grande et il va bien falloir qu’ils nous expliquent les raisons de ce double langage. Que François Hollande envisage de légiférer par ordonnances parce qu’il aurait soudainement pris conscience des “blocages importants dans notre société, de délais de prise de décision trop longs, des textes qui prennent énormément de temps de débat au Parlement, procède exactement du même raisonnement dangereux et irresponsable. Quand on n’est pas à la hauteur et qu’on a la trouille du peuple, on tente de lui fermer son clapet par des décisions administratives obscures, prises sans aucune transparence par des gens “qui savent”. Avant que le peuple ne se révolte et finisse par couper des têtes. Mais ça, c’était avant…

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