Tunisie : des électeurs dénoncent des élections truquées

Ce week-end, les électeurs tunisiens étaient appelés aux urnes. Ce soir à 18h, les bureaux de vote ont fermé devant des votants interloqués. En effet, certains n’ont pas pu voter. Témoignages à Lyon.

Ils étaient une vingtaine devant le consulat tunisien de Lyon. Tous ne parlaient que d'une chose : ces élections ressenties comme truquées. Ce sont les premières depuis la chute du dictateur Ben Ali et elles laissent un goût amer dans les bouches de certains.

“Je me sens violé. Mon vote est cher pour moi. Pendant cinq ans, je vais vivre avec ce sentiment”, déclare Souid Anouar. Ce Franco-Tunisien vit et vote à Lyon, mais on l’a appelé dans la journée pour lui dire qu’il était inscrit sur les listes électorales à Tunis. “Ma femme devait aller voter à Nice. Elle n’y a jamais mis les pieds. Quand j’ai demandé des explications, on m’a répondu : c’est comme ça”, s’indigne-t-il.

Impossibilité d’assister au dépouillement

Une des plus grandes incompréhensions des électeurs : qu’on leur refuse l’accès au dépouillement. “Dès lors que ce n’est pas public, il y a magouille. On vient de nous sortir de la salle de dépouillement et les forces de sécurité ont failli violenter un professeur”, dénonce une jeune électrice, en montrant les trois vigiles. “Il y a manquement au principe de transparence. Si le peuple ne peut pas participer, c’est un vote nul”, continue-t-elle.

Dans la salle, seules les personnes accréditées étaient acceptées. “Je l’ai appris il y a une heure, mais on devait se faire accréditer par un parti politique”, explique Leïla Becharnia, une jeune étudiante. Pourtant, certains représentants de partis politiques n’ont pas pu non plus accéder au dépouillement.

Devant la porte du consulat, se tenait maître Mazigh. Elle a dénoncé les conditions désastreuses de certains bureaux de vote : “Certains isoloirs étaient en carton. Je n’ai même pas eu d’enveloppe pour voter, j’ai dû plier mon bulletin en deux”, précise-t-elle. À quelques pas, en train d’écouter la conversation, Inès Boujolay, une jeune étudiante, intervient : “Quand j’ai pris mon bulletin, on m’a demandé de poser mon sac et mon portable pour ne pas que je puisse prendre de photo dans l’isoloir”, s’étonne-t-elle.

Les personnes présentes ce dimanche soir devant le consulat tunisien de Lyon ne comptent pas reconnaître le résultat des élections. “On va essayer d'organiser un rassemblement pour protester dès demain”, fait savoir une candidate qui n'a pas pu accéder au dépouillement.

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