Les 6 co-fondateurs de Time for the Planet

Time For The Planet : le projet lyonnais ultra ambitieux pour répondre à l’urgence climatique

Une équipe composée de plusieurs entrepreneurs, Lyonnais pour la plupart, s’est réunie autour du projet Time for the Planet afin de répondre à l’urgence climatique. Un appel à innovations sera lancé le 2 décembre prochain.

Réunir un milliard d’euros afin de créer cent entreprises, réparties dans le monde entier, dédiées à la lutte contre le dérèglement climatique, par le biais d’investissements participatifs sans le moindre retour financier. À première vue, un projet certes plein de bon sens mais complètement fou, en décalage total avec la réalité du monde économique actuel.

Un projet qui existe pourtant bel et bien, lancé il y a un peu moins d’un an et qui suscite un bel engouement depuis sa création car en phase avec l’un des enjeux cruciaux, si ce n’est le principal, des prochaines décennies. Un projet hors du commun, qui a vu le jour à Lyon.

Arthur, Coline, Denis, Laurent, Medhi et Nicolas, six entrepreneurs à succès, choisissent de quitter, du jour au lendemain, cet univers qui ne leur ressemble plus pour se réunir autour d’un projet dans lequel ils se retrouvent pleinement, fruit d’une idée qui germe dans leur tête depuis quelques temps : travailler au service de l’urgence climatique.

Time for the Planet, projet lyonnais au service de l'urgence climatique

Ce petit groupe puise dans l'expérience de chacun de ses membres, dont cinq sont Lyonnais, pour mettre au monde Time for the Planet à l'automne 2019. Une Société en Commandite par Actions qui a pour objectif de " lancer des solutions qui réduisent drastiquement les émissions de gaz à effet de serre (GES) afin d’atteindre la neutralité carbone au plus vite ".

Phénomène naturel, l'effet de serre provoque l’élévation de la température à la surface de la planète. Acteur indispensable à notre survie sur Terre, celui-ci voit son équilibre être menacé par l'abondance de GES additionnels produits par l'activité humaine, en grande partie responsables du réchauffement climatique.

Une problématique d'ordre international qui a poussé l'Union européenne à adopter en 2018 la neutralité carbone d'ici 2050. La neutralité carbone, c'est atteindre l'équilibre entre les émissions et l'absorption du carbone de l’atmosphère. Pour y parvenir, toutes les émissions de GES dans le monde doivent être compensées par la séquestration du carbone.

Et pour atteindre cet objectif très rapidement, Time for the Planet a une solution : mettre l'entrepreneuriat au service de l'innovation.

L'entrepreneuriat au service de l'innovation

" On s’est rendu compte qu’il y avait un moyen de changer les choses et que l’on pouvait y parvenir par le biais de l’entrepreneuriat. On doit être un exemple, démontrer qu’il est possible d’entreprendre autrement et que ce peut être un outil pour aller très vite contre l’urgence climatique, explique Arthur Auboeuf, l'un des co-fondateurs de Time for the Planet, en charge de la partie Digital et Réseaux Sociaux. On a eu une prise de conscience, on se dit que c’est le moment d’agir, qu’on est sûrement la dernière génération capable d’inverser cette tournure dramatique. On est convaincu qu’il existe encore de bonnes solutions. "

Les six membres s'instruisent, lisent, suivent des conférences, notamment celles tenues par Jean-Marc Jancovici, ingénieur français spécialiste de la question sur le climat, et font des rencontres, comme celle du climatologue Jean Jouzel, prix Nobel de la paix en 2007, qui alerte depuis plusieurs années la population sur l'urgence de la situation. " On lui a demandé de nous fournir des pistes de réflexion afin de changer les choses, poursuit l'ancien étudiant en STAPS de l'Université Claude Bernard Lyon 1. Il nous a répondu que lui et d’autres avaient donné la solution : l’innovation. "

Au coeur du projet de Time for the Planet, l’innovation " permet de trouver de nouvelles façons de vivre et d’inverser, peu à peu, la courbe du changement climatique, poursuit le jeune homme de 26 ans. L’innovation va permettre la transition. " Mais pour effectuer celle-ci, les co-fondateurs, ou plutôt " keepers ", car gardiens des valeurs de Time for the Planet, ne renient pas leur passé d'entrepreneurs.

" On a la conviction que l’entreprise n’est pas le problème mais la solution, explique Arthur Auboeuf. L’entreprise, c’est ce qui permet de transformer notre mode de vie à très grande échelle et dans un laps de temps très court. En l'utilisant dans le bon sens, elle peut-être une arme pour résoudre ce problème climatique de façon très rapide. L’aspect économique est essentiel afin d’avoir très vite un énorme impact. "

1 milliard d'euros, 100 entreprises

L'entreprise au service de l'innovation, voilà le secret pour Time for the Planet, qui veut avoir un impact significatif sur cinq secteurs précis : l'énergie, l'industrie, l'agriculture, le transport et le bâtiment, responsables de près de 90 % des émissions de GES. Mais concrètement, quel est le fonctionnement ?

" Time, c’est une entreprise qui crée des entreprises, explique Arthur Auboeuf. Elles seront toutes pensées et paramétrées afin de lutter contre le dérèglement climatique. Au quotidien, on détecte des innovations scientifiques ayant un impact contre les GES. On investira sur les meilleures, les plus puissantes en terme de captation et de non-émission. Puis, on vient recruter des entrepreneurs chevronnés pour les associer aux innovateurs et faire en sorte qu’ils trouvent des modèles économiques et déploient ces innovations à grande échelle, en les transformant en entreprises. Notre rôle, c’est de chapeauter tout ça. Créer la connexion innovateur-entrepreneur et injecter de l’argent pour accélérer le déploiement. "

L'objectif d'un milliard d'euros d'investissements que c'est fixé Time for the Planet n'est pas anodin. " Si on veut faire un exemple, il faut qu’il soit suffisamment copieux. En tablant sur ce montant, on pense que ça va faire parler, que ça va interroger, intéresser, et donc que ça va devenir contagieux. Pour les cent entreprises, on pense que c’est le minimum à créer afin de démontrer que notre projet est viable. "

Un mouvement communautaire non-lucratif

Mais pour avoir un impact planétaire, Time for the Planet va plus loin. " On est dans la logique d'être un mouvement. On mise tout sur le communautaire et sur le collectif . On pense que c’est vraiment « l’arme atomique » pour aller vite, affirme-t-il. Il faut mettre en place une plateforme qui donne à tout un chacun la possibilité d’agir, même avec ses petits moyens. C’est ce qui crée l’engouement autour de Time for the Planet et c’est comme ça qu’on l’a imaginé. "

L'aspect communautaire du projet que met en place Time for the Planet transparait par la structure de cette société. " Tout le monde peut devenir associé, actionnaire de Time, expose Arthur Auboeuf. On fédère au maximum les citoyens, les entreprises, les collectivités et autres. On veut créer quelque chose de tellement puissant en terme de capacité de développement, dans le sens où tout le monde peut y participer, que le mouvement en devienne inarrêtable. Des gens doivent s’emparer de notre objet, de ce qu’on a crée. Des gens meilleurs que nous, qui doivent participer à le faire grossir. "

Pas de démarchage donc. " On veut que les meilleures innovations, que les meilleurs entrepreneurs, que les meilleurs scientifiques viennent à nous ", affirme-t-il. À partir d’un euro, n’importe qui peut nous rejoindre. Mais ce qu’il faut bien comprendre avant, c’est que c’est un projet non-lucratif. 100 % des profits générés par nos entreprises seront réutilisés pour créer d’autres entreprises. L'intérêt pour nos investisseurs, c’est d’avoir un vrai impact sur l'environnement, mesuré via le TRP**. Derrière cela, il y a une opportunité d’écrire l’histoire au travers du projet. Et l’histoire va dans le sens de la recherche et de l’investissement pour répondre à l’urgence climatique. "

Ce principe du non-lucratif vaut également pour les keepers de Time for the Planet, tous bénévoles, pour l'instant. " On a choisi de quitter de grosses entreprises et de faire une croix sur de bons salaires pour créer Time, confie Arthur Auboeuf. On ne gagnera pas le moindre centime, ce n’est pas le but. "

L'open source, clef de la réussite

Autre aspect fondamental, le collectif, qui se traduit par la volonté de Time for the Planet de partager au monde entier ses futures trouvailles grâce à l'open source. " Toutes les innovations et les modèles économiques associés que l’on va avoir seront mis à disposition de qui le veut, gratuitement, partout sur la planète, affirme-t-il. Pourquoi ? Parce que quand on crée une entreprise, on a neuf chances sur dix d’échouer et que quand on trouve une innovation qui peut s’avérer cruciale dans une période critique, on ne peut pas se permettre de se planter. "

En mettant tout cela en open source, Time for the Planet entend favoriser l'appropriation et la duplication de ses innovations par des tiers. " Au final, ce n’est plus une entreprise qui est créée mais un marché, ce qui est beaucoup plus résilient car la maturation et l'impact d’une innovation sont multipliés par le nombre d’acteurs potentiels capables de l'améliorer, ajoute-t-il. C’est donc tout bénéfice pour nous. "

Lyon au coeur du projet

Fort de ses 4 773 associés*, Time for the Planet est devenu, en l'espace de quelques mois, le 3e plus gros crowdfounding (= financement participatif) d'Europe et a récolté près de 932 000€* depuis sa création. Et parmi les actionnaires de cette société implantée à Bellecour, plusieurs sont issus de la métropole lyonnaise.

" Parmi tous nos associés, 700 sont de Lyon même. Par exemple, Alexandre Aulas est très investi dans Time et c’est un énorme support pour nous, atteste Arthur Auboeuf. On le voit très souvent, il nous ouvre des portes. " Quid des projets prévus dans une ville et une métropole passées, depuis l'été dernier, sous la bannière des écologistes ?

" On n’a pas encore fait le choix des innovations qu’on allait transformer en entreprises mais il y a un innovateur basé à Lyon qu’on aime beaucoup, confesse-t-il. En revanche, on n’a pas encore eu l’occasion de discuter avec les collectivités de Lyon. On a eu des contacts avec des élus mais leur emploi du temps était très chargé au sortir des élections. Dans tous les cas, on aura un lien avec eux à l’avenir. On fait également partie du projet pour créer une Université de la Mutation Ecologique à Lyon, où sont regroupés des scientifiques, des journalistes, des chercheurs et des entrepreneurs pour faire naître de l’innovation au service de l’urgence climatique. Des synergies avec la Ville peuvent se dessiner et on sera ravi si tel est le cas. "

Objectif 2021

L'ambitieux projet mis en place par l'équipe de Time for the Planet attise la curiosité mais il faudra patienter encore un peu avant que la machine ne se mette en marche. " On table sur 2021. On ne peut pas fournir un calendrier très précis mais on s’est engagé à lancer notre premier projet en 2021 et on le fera, révèle Arthur Auboeuf. Le temps de finaliser tous les process, la première entreprise devrait voir le jour fin 2021. "

D'ici-là, un appel à innovations va avoir lieu le 2 décembre prochain. " On le lance en direct du plateau de L’Equipe TV car Raymond Domenech, un des chroniqueurs de la chaîne, est associé de Time, explique-t-il. On veut faire en sorte qu’un maximum d’innovations viennent à nous. On va passer en ordre de marche pour créer nos premières entreprises et vraiment entrer dans le concret. On en profitera aussi pour dévoiler publiquement notre comité scientifique et notre processus de sélection. "

Rendez-vous est pris.

 

*nombre en date du samedi 7 novembre, date à laquelle l'interview a été réalisée.

**Le Taux de Retour pour la Planète, un indicateur qui évalue le ratio entre l’argent investi et la quantité de GES non-émise ou captée grâce à cet investissement

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