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@ Florent Aceto

Squat de Roms à Vénissieux : un incendie relance le débat

REPORTAGE - Suite à l'incendie de mercredi 4 mai dans l'ancienne entreprise Barut à Vénissieux, soixante-trois Roms sur les quatre-vingt dix qui squattaient les lieux depuis 10 mois ont été relogés d'urgence par le préfet dans un gymnase à Parilly jusqu'à ce samedi. Parmi eux, quarante mineurs dont neuf enfants de moins de six ans.

Plus de peur que de mal. Parmi les quatre-vingt dix personnes qui ont vécu l'incendie ce mercredi, aucun blessé n'est à déplorer. Constantin, bénévole roumain présent sur les lieux au moment du départ de feu a vécu les premiers instants du sinistre : "En moins de trois minutes tout le monde était sorti regardant les flammes qui ravageaient le toit. Les pompiers sont arrivés avec des lances pour éviter la propagation du feu. La fumée, elle, était visible depuis le périphérique".

Dès mercredi soir, les squatteurs ont été installés dans un gymnase de Parilly pour 48 heures à l'initiative du préfet. Nous nous sommes rendus sur place. A l'intérieur : des jeunes agités, des hommes pensifs, des femmes isolées, d'autres allongées sur des matelas avec leurs plus jeunes enfants en attente de vivres et de médicaments. La plupart ont perdu leurs papiers dans l'incendie : certificats de naissance des enfants, passeports, ordonnances, permis de conduire, économies ... Marie Alacoque, intervenante à l'antenne locale de Médecins du Monde leur a prodigué les premiers soins. "Beaucoup sont victimes de maladies chroniques, d'hypertension ou d'arthrose grave. Une épidémie de varicelle a récemment sévi au
sein du squat", affirme-t-elle.

"Ils n'ont rien mangé depuis hier soir"

Si en terme de médicaments, l'association fait son possible pour prendre en charge tous ceux qui ont besoin de soins, cela ne se passe pas de la même manière pour la nourriture. Mercredi soir, le maire de Vénissieux a mis des repas à disposition de toutes les familles. Depuis, les squatteurs se nourrissent avec les quelques restes qu'ils ont pu emporter avant d'être évacués : pommes et gâteaux secs. "Ils n'ont rien mangé depuis l'incendie", déplore le médecin. Alors, les riverains se mobilisent et apportent des vivres achetés ou faits maison. Malgré la frayeur de la veille, les petites Sorina, Maria et Sara ne semblent pas s'inquiéter d'avoir à faire l'école buissonnière.

A l'inverse, la question inquiète Elisabeth Gagneur de l'association C.L.A.S.S.E.S. (collectif lyonnais pour l'accès à la scolarisation et le soutien aux enfants du squat). "Parmi ces enfants, une quinzaine est à école primaire et trois en maternelle. Vingt suivent des cours au collège. Sept y sont inscrits mais attendent une affectation depuis le mois de janvier", précise la bénévole.

"Les maires en ont marre d'être les pompiers de service"

A Vénissieux, c'est le troisième incendie de squat en deux ans, ce qui commence à préoccuper sérieusement le maire, Michèle Picard. Celle-ci affirme avoir sollicité la Préfecture en août 2009 et se plaint de son absence de réactivité face à la prise en charge des populations de l'Est. "Les maires en ont marre d'être les pompiers de service ! ", s'est-elle exclamée demandant une table ronde avec tous les acteurs concernés par la question. De son côté, la Préfecture a proposé un hébergement en hôtel pour les enfants de moins de six ans et leurs mamans. Une proposition inconcevable pour les familles qui, encore sous le choc, n'ont pas voulu se séparer.

Samedi matin, tous devront quitter le gymnase. Pour le moment, Jean-Pierre Cazenave-Lacrouts préfet délégué à la défense et à la sécurité du Rhône, propose des solutions à court terme : "Pour l'instant deux familles ont accepté une aide au retour (en Roumanie ndlr) de 150 euros que nous leur avons proposée. L'hébergement hôtelier lui, reste valable pour les mères et les enfants en bas âge. Avant de reconduire à la frontière, il faut être certains que ces personnes soient en situation irrégulière". D'après Michèle Picard, le Grand Lyon compterait 650 personnes originaires de l'Europe de l'Est errant dans l'agglomération. La commune de Vénissieux en rassemblerait, à elle seule, plus de 120.

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