Santé à Lyon : les ambulanciers demandent reconnaissance

Dans le cadre du Ségur de la santé, grande consultation en ligne, qui se déroule actuellement, les Ambulanciers SMUR du SAMU de Lyon estiment être victimes d'une injustice et d'une invisibilisation de la part du gouvernent.

Lyon Capitale : comment avez-vous passé la crise du Covid 19 pendant 2 mois professionnellement parlant ?

Romuald Collange, représentant des Ambulanciers SMUR du SAMU de Lyon : Le corps des ambulanciers a été très sollicité pendant ces deux derniers mois. Participant à la prise en charge des patients directement à leurs domiciles ou lors de leurs transferts vers des établissements moins impactés par le nombre important de patients hospitalisés. Nous avons eu affaire à un virus quasi inconnu. Nous avons dû appliquer des procédures assez lourdes, chronophages, pour pouvoir nous protéger lors de nos interventions et par la même, protéger nos proches.

Comment vivez-vous l’après-confinement toujours dans votre activité professionnelle - ?

Pour les ambulanciers et leurs équipes, l’activité courante a repris comme avant le confinement. Nous retrouvons les interventions diverses et variées que nous connaissions avant l’arrivée du COVID 19, mais en gardant toujours un niveau de protection et de vigilance très élevé. Cela implique encore un niveau de stress accru, lorsque nous intervenons auprès de patients présentant des symptômes du COVID 19, car nous avons toujours à l’esprit l’image de patients contaminés que nous avons emmenée dans les services de réanimation et aussi le désarroi des familles impuissantes, ne pouvant accompagner leurs proches. Il est courant pour nous de nous projeter dans ces situations, mais il est aussi facile avec l’habitude, l’expérience, de s’en détacher.

Selon vous, pourquoi le Ségur ne vous a pas intégré il y a deux semaines comme profession reconnue ?

En France nous ne sommes que très peu d’ambulanciers de la Fonction Publique Hospitalière. Environ 3000 en comptant les ambulanciers des transports internes et les ambulanciers SMUR. D’ailleurs, la seule différence entre ces deux filières est que les ambulanciers doivent pour pouvoir exercer dans un SMUR (Service Mobile d’Urgence et de Réanimation), effectuer une formation d’adaptation à l’emploi qui est complètement dépassée au vu de la réalité de terrain que nous connaissons au quotidien. Il est très difficile de se faire entendre malgré des courriers ou demandes de contact en tout genre de la part de l’AFASH, Association Française des Ambulanciers SMUR et Hospitaliers.

Que reprochez-vous au Gouvernement d’Emmanuel Macron ?

Ce n’est pas qu’au gouvernement de Monsieur Macron que nous reprochons quelque chose, c’est à l’ensemble des ministres qui se sont succédé au ministère de la Santé et ce depuis plus de 20 ans. Pendant toutes ces années, face à l’augmentation de la population, avec son lot de maladie, d’accidents domestiques, du travail ou liés aux transports et depuis quelques années avec l’apparition de nouveaux agents pathogènes (SRAS, Ebola, covid 19,…), ou encore la menace terroriste, le métier d’ambulancier n’a cessé d’évoluer pour toujours répondre au mieux à la prise en charge des patients et des victimes. Cependant, si l’on suit les textes qui nous régissent, nous ne sommes pas considérés comme étant au contact du patient. Ce qui est totalement faux et nous pourrions vous le démontrer aisément. Les ministres qui se sont succédé au ministère se sont toujours servis de ces textes obsolètes pour ne pas faire évoluer notre statut. Ce qui n’est plus possible à entendre aujourd’hui et même depuis toujours par la profession.

Quelles étaient vos revendications avant la crise ?

  • Intégrer le corps des « ambulanciers » à la filière soignante et supprimer au passage le terme de conducteur, car il est réducteur au regard des compétences que nous possédons et mettons en œuvre auprès du patient que nous prenons en charge ou auprès d’autres personnels de santé que nous formons en gestes et soins d’urgence, ce qui est encore une aberration.
  • Intégrer la profession d’« ambulancier » en catégorie active.
  • Leur permettre d’intégrer la catégorie B dans le cadre d’une revalorisation des carrières ou en cas de suppression de la catégorie active.
  • Une suppression des quotas qui permettent d’accéder au grade supérieur.
  • Une modification des grilles de salaire en adéquation avec leurs missions.
  • Une réforme de la formation d’adaptation à l’emploi (FAE) pour les affectations en SMUR.
  • Le respect du code de la santé publique qui définit la composition de l’équipe d’intervention du SMUR, à savoir et strictement : un médecin, un infirmier et un ambulancier.

Quelles sont-elles à l’heure actuelle ?

Elles restent les mêmes, car rien n’a évolué depuis plus de 20 ans malgré le travail incessant de l’AFASH pour faire évoluer notre statut et reconnaître notre métier.

Le corps de métier des ambulanciers, étant considéré actuellement comme sédentaire, est-ce principalement la pénibilité du travail non reconnu et les efforts fournis qui vous révoltent principalement ?

Prenons la définition d’un emploi de la catégorie active dans la fonction publique. Celle-ci dit : un emploi de catégorie active est un emploi occupé par un fonctionnaire, qui présente un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles… tout emploi qui n’est pas classé dans la catégorie active est un emploi sédentaire. Maintenant, prenons un exemple de ce que l’on vit au quotidien. Lorsque nous partons en intervention avec notre équipe (médecin et infirmier) pour aller au domicile d’un patient, à son chevet parce qu’il présente une détresse vitale quelconque (d’origine cardiaque, respiratoire ou hémorragique) qui menace à terme court sa vie, pensez-vous que notre métier ne présente aucun risque lorsque nous circulons à bord de nos véhicules d’intervention rapide, essayant de nous frayer un chemin dans le flot de circulation, en évitant à tout moment des comportements dangereux d’usagers qui ne nous voient pas malgré nos dispositifs sonores et lumineux, le cycliste avec un casque audio dans les oreilles, ou le piéton qui traverse devant nous, avec le nez dans son téléphone ? Est-ce que tout cela n’est pas assez risqué ?

Rien que par ces exemples, on peut comprendre que nous ne sommes pas classés dans la bonne catégorie. Mais continuons. Pensez-vous que lorsque nous intervenons pour un accident routier avec nos collègues pompiers au milieu de la circulation, ce n’est pas assez risqué ? Pensez-vous que lorsque nous intervenons sur une fusillade ou une attaque terroriste cela ne présente aucun risque et enfin, durant cette crise sanitaire exceptionnelle, pensez-vous que nous n’avons pas été chaque jour, exposés au risque d’être contaminé lors de prise en charge d’un patient à domicile ou lors de son transfert d’un service hospitalier à un autre ?

Et nous ne parlons que de l’exposition aux risques. Concernant les fatigues exceptionnelles il faut comprendre que nous alternons les jours et les nuits et qu’il nous arrive régulièrement d’effectuer des transferts lointains et en nuit profonde dans le cadre des transferts néonatals par exemple. Lors de ces interventions, notre rôle, comme dans chaque intervention d’ailleurs, ne se limite pas à emmener l’équipe en toute sécurité sur les lieux de prise en charge. Sur place nous participons activement à la prise en charge du patient en l’occurrence ici un nouveau-né. Nous travaillons toujours en équipe. Une fois l’état de l’enfant stabilisé et celui-ci conditionné dans son incubateur, nous reprenons la route pour emmener ce petit patient vers l’établissement le plus à même de la prendre en charge. Imaginez la fatigue que peut engendrer ce type d’intervention lorsque celle-ci se déroule après 3 ou 4 heures du matin.

Dans les quelques exemples cités, qui ne sont qu’un petit nombre d’interventions que nous pouvons effectuer chaque jour, vous vous rendez compte que la définition de sédentarité ne peut absolument pas s’appliquer à notre métier ?

Après tous les courriers adressés aux instances et aux députés, que comptez-vous faire de plus pour voir vos efforts payer ?

Nous sommes des agents de la Fonction Publique Hospitalière. Nous respectons cette institution, car nous avons choisi d’y travailler et nous avons tous la notion de service public. Mais il faut absolument donner une visibilité à notre métier, qu’il soit connu et reconnu auprès de nos politiques. C’est à l’échelon national que nous pouvons nous faire entendre et obtenir gain de cause. De ce fait nous, les ambulanciers de la Fonctions Publique Hospitalière, nous rangeons unanimement derrière l’AFASH et serons solidaires des actions qu’elle entreprendra pour faire évoluer notre statut.

Vous êtes-vous entretenus avec les métiers reconnus de la fonction publique hospitalière afin de trouver des solutions ou des explications ?

Bien sûr, nous travaillons en équipe avec des médecins qu’ils soient urgentistes, pédiatres et des infirmiers qui eux aussi viennent d’horizons aussi différents comme la réanimation (adulte ou pédiatrique) et les services d’urgences, mais aussi, avec nos partenaires comme les pompiers ou les ambulanciers du secteur privé. Tous ne comprennent pas que nous ne soyons pas reconnus comme faisant partie de la filière soignante et ne comprennent pas non plus, notre classement dans la catégorie sédentaire. Ces corporations se mobilisent à nos côtés, à travers des courriers de soutien, car ce sont elles qui nous côtoient au quotidien, ce sont elles qui connaissent notre niveau d’expertise.

Les explications nous les avons depuis longtemps, les ministres qui se succèdent, s’appuient sur des textes obsolètes sans jamais essayer de comprendre que notre métier a évolué, sans jamais entendre les revendications de l’AFASH  qui sont aussi les nôtres.

La solution ne peut venir que d’en haut, au ministère et l’AFASH se tient à disposition pour argumenter cette demande de changement de statut.

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