Emma Utgès est la directrice du théâtre Le Guignol de Lyon et de la compagnie M.A., situés près de la gare Saint-Paul. Un théâtre initialement créé par les descendants du père de Guignol, Laurent Mourguet © Antoine Merlet
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Saga lyonnaise : La fabuleuse histoire de Guignol, âme (toujours) vivante de Lyon

Si tout le monde connaît la marionnette à chapeau et bâton avec son air malin et doux, peu savent qui est le père du personnage : Laurent Mourguet. Lyon Capitale retrace son histoire avec son lot de légendes. Une histoire qui se poursuit encore de nos jours à Lyon.


Ambassadeur multiséculaire de la culture lyonnaise, Guignol c’est Lyon et Lyon c’est Guignol, partout en France et dans le monde. Retracer l’histoire de cette marionnette mythique, c’est entrer dans le temple sacré de ce qui touche à l’âme de la ville. C’est découvrir les gardiens du parler lyonnais, les héritiers des traditions du spectacle de marionnettes. C’est donc avec beaucoup d’humilité que nous allons retracer les origines du plus fameux de nos emblèmes. Dans les faits, on trouve aujourd’hui des théâtres Guignol partout : s’il a donné son nom à plusieurs musées et scènes de Lyon, il est aussi présent de Paris jusqu’aux États-Unis dans le Kentucky ou encore à Rio de Janeiro au Brésil. En un mot : une star. Mais le destin extraordinaire de la marionnette n’était pas écrit d’avance. Le chemin a été long et en premier lieu pour son père spirituel, Laurent Mourguet.

Le père de Guignol : Laurent Mourguet


On ne sait pas grand-chose de cet homme. Fils de soyeux, il n’est pas resté longtemps dans la soie et a enchaîné les métiers. Le spécialiste français de Guignol, le normalien Paul Fournel, élucide dans son ouvrage Faire Guignol : “Si on se fie aux papiers officiels, en 1772, Laurent Mourguet était ‘ouvrier en soye’ ; en 1773, il était forain ; en 1794, ‘marchand de chaussons’, en 1795 et 97, ‘marchand’ tout court ; en 1778, 1800, 1803, il est ‘dentiste’ ; en 1804 il est ‘artiste’ ; en 1809, ‘artiste dramatique’. Curieusement, en 1822 il est ‘marchand d’étoffes’, ce qu’il n’est plus en 1825 et 27 où il est ‘machiniste’ avant d’être, en 1838, ‘associé au Caveau des Célestins’. En 1841, à Vienne, il est ‘journalier’ et en 1844, son acte de décès porte sobrement ‘Laurent Mourguet, saltimbanque’ (...) Les pauvres ne font pas mémoire.” Voilà pour les faits historiques. Reste la légende.

Avant Guignol : Polichinelle et Gnafron




Une seule marionnette peut jouer plusieurs personnages après un passage à l’atelier pour une nouvelle coupe ou un maquillage différent. © Antoine Merlet

La légende, justement, dit que l’homme, analphabète, aurait débuté les marionnettes en 1797 avec Polichinelle, le personnage de la commedia dell’arte. Le but ? Attirer les curieux et faire oublier les douleurs inhérentes à son autre casquette : arracheur de dents. Un métier sur la route qui ne lui aura jamais fait quitter la région lyonnaise. Un métier le plongeant dans l’univers fantasque des forains et des vogues. Avant cela, la Révolution déstabilisant l’économie, il n’aurait pu conserver son travail d’ouvrier canut. Mais fort de son petit succès local, il se lance dans les spectacles de marionnettes avec l’un de ses amis, Thomas Landré, aussi appelé “le Père Thomas’’, qui l’accompagnait également au violon. Un joyeux drille qui inspirera plus tard le personnage de Gnafron, né avant Guignol, et qui sera son meilleur ami. Laurent Mourguet tient alors ses premiers spectacles professionnels en 1804 dans les jardins du Petit-Tivoli – disparu aujourd’hui – dans la plaine des Brotteaux. Selon Paul Fournel, le contenu mêle thèmes cocasses, avec son lot de grivoiseries, de quiproquos et de satires de l’actualité. Dès ses débuts, l’artiste en devenir prend le parti du petit peuple en proie aux malheurs causés par les riches, les institutions et autorités.


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