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Roms : le préfet fait place nette avant l'arrivée de Manuel Valls

Ce jeudi à Lyon, la soixantaine de Roms et de demandeurs d'asile qui vivaient sous des tentes place Carnot (Lyon 2e) depuis deux mois ont été délogés. Trois charters ont été affrétés par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), ils se sont envolés avec 240 personnes à leur bord, direction le Kosovo, l'Albanie, la Macédoine et la Roumanie. Demain, vendredi, Manuel Valls est attendu à Lyon, deux jours après son déplacement en Roumanie. Récit.

"Le plus gros rapatriement qu'on ait jamais vu", commentent les associations. Ils sont en effet plus de 180 Roms à avoir embarqué dans trois bus, en direction de l'aéroport Lyon Saint-Exupéry ce matin devant le terrain vague de l'ancien Lunapark (Lyon 2e). Un bus est également parti de la Part-Dieu, selon un militant associatif, ce qui porte à 240 le nombre de personnes ayant accepté l'aide au retour proposée par l'État : 300 à 2.000 euros versés à leur arrivée en Roumanie, en Albanie, en Macédoine ou au Kosovo, leurs pays d'origine. La grande majorité d'entre eux, des déboutés du droit d'asile, vivaient à Lyon dans les camps démantelés cet été. Seules 24 personnes, dont 8 enfants, ont été prises en charge par Forum Réfugiés ce matin, au titre de la demande d'asile. Elles seront relogées dans la soirée.

Ce jeudi matin à l'aube, devant le Lunapark, plus de 240 personnes, dont une majorité d'enfants, patientent ainsi sous la pluie. Point de rendez-vous fixé par l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII). Les familles, installées sur leurs valises le long du trottoir, attendent le bus qui les emmènera à l'aéroport. Quelques militants distribuent du café chaud, jusqu'à ce qu'une voiture de police se gare au loin et que les fonctionnaires de l'OFII en descendent : "Il s'agit bien de retours volontaires et non pas d'expulsions comme le disent les associations", se contentent-ils de préciser.

Retours volontaires conseillés

"Ils ont tout fait pour leur faire comprendre qu'ils étaient indésirables", regrette le militant d'une association. "Ils attendaient les jours de froid pour déclencher les arroseurs automatiques de la place Carnot. Mais, bizarrement, tous les robinets étaient coupés les jours de canicule", commente encore le militant à propos des services de la ville.

A cette heure-ci, le militant ne sait pas encore que, quelques centaines de mètres plus loin, le camp de la place Carnot est en train d'être démantelé. Il abrite une soixantaine de personnes déboutées du droit d'asile depuis deux mois sous une trentaine de tentes, au grand dam de certains riverains. "L'OFII passe dans les camps et dans les hôtels pour parler des retours dès qu'on a le dos tourné. Mais tous ceux qui partent finissent par revenir. Ils préfèrent vivre dans la rue ici plutôt que dans leurs maisons là-bas", affirme un autre militant de la cause rom.

"On reviendra"

Cela fait ainsi plus d'un an qu'Adela, son mari et leurs deux enfants vivent à Lyon. Elle ne parle pas français mais sa fille, Cristina, 10 ans, traduit. Scolarisée depuis 2011 par le biais de l'association Classes, elle a appris à lire, à écrire et à parler le français. Elle a fait sa rentrée scolaire la semaine dernière et pourtant sa famille quitte la France ce matin.

"On habitait dans l'immeuble rue Montesquieu depuis un an mais on a été expulsés", explique la maman. "On nous chasse, alors on préfère prendre l'argent et revenir après", conclut-elle calmement. Elle ne souhaite pas en dire davantage. La plupart des 15 familles de la rue Montesquieu ont choisi de rester, elle craint qu'en dévoilant le lieu de leur campement ils ne soient de nouveau expulsés.

Deux tiers de l'argent dépensé avant l'arrivée

A 8h30, les cars affrétés par l'OFII s'éloignent, les passagers et leurs valises à bord. Ils embarqueront dans la journée dans trois charters pour se diriger ver les capitales roumaine, macédonienne, albanaise et kosovare dont ils sont originaires. "En arrivant, ils devront donner plus d'un tiers de leur aide humanitaire aux passeurs pour pouvoir rentrer chez eux", déplore un militant.

Entre le mois de juillet et le mois de septembre, à Lyon, plus de 600 personnes ont ainsi été renvoyées vers leurs pays d'origine, selon les associations. Dans le même temps, 200 à 300 nouveaux demandeurs d'asile ont été enregistrés chaque mois à Lyon cet été par Forum Réfugiés, dont le directeur, Jean-François Ploquin, évoque de "nombreux mouvements actuellement" à Lyon. Demain, le ministre de l'Intérieur se déplace à Lyon après le nouveau scandale qui touche la police lyonnaise. Il y a deux jours, Manuel Valls était en Roumanie pour discuter du dossier rom avec le gouvernement local.

Visionner aussi notre reportage vidéo sur le sujet : "Expulsion des Roms place Carnot".

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2 commentaires
  1. Jean - 13 septembre 2012

    Article intéressant qui n'occulte pas le 'business' qui est mis en place autour des aides financières au retour et la rapacité des réseaux mafieux. Il est dommage que cela soit financé avec nos impôts.

  2. nonmaiscepaspourdire - 14 septembre 2012

    Accueillir des étrangers avec des indemnités et les faire partir avec d'autres indemnités et ce, jusqu'à quand ? Le plus déplorable est que les politiques et le associations utilisent ces pauvres gens pour se donner bonne conscience ou se faire une popularité et tout ça bien sur, sur le dos du contribuable.

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