Fondateur de l’association la Parole Libérée, le Lyonnais François Devaux s’est exprimé en introduction de la présentation du rapport Sauvé, sur les abus sexuels dans l’Église. (Photo by THOMAS COEX / various sources / AFP)

Rapport Sauvé : pour le Lyonnais François Devaux les évêques doivent "payer pour tous ces crimes"

Le rapport Sauvé rendu public ce mardi 5 octobre révèle l’ampleur de la pédocriminalité dans l’Église, après deux ans et demi d’enquête. Victime du père Preynat à Lyon et fondateur de La Parole Libéré, le Lyonnais François Devaux a appelé les évêques de France à "payer pour tous ces crimes", alors que les abus sexuels dans l'Église ont été couverts pendant des décennies par le silence, estime la commission indépendante.

Après deux ans et demi de travaux, la Commission indépendante sur les abus dans l’Église (Ciase) a dévoilé ce mardi 5 octobre son rapport sur les abus dans l’Église. Le nombre de victimes d’ecclésiastiques ou de laïcs travaillant dans des institutions de l'Église est effroyable. Le rapport Sauvé, estime que depuis les années 1950, 330 000 personnes ont été victimes d’abus sexuels, parmi lesquelles il faut compter près de 216 000 mineurs, agressés par des prêtres, diacres et religieux. 

Près de 3 000 prédateurs

Le président de la commission, Jean-Marc Sauvé juge ces nombres "accablants" et estime qu’ils ne peuvent  "en aucun cas rester sans suite", alors que le nombre de prédateurs, évalué de "2 900 à 3 200" hommes , prêtres ou religieux, entre 1950 et 2020, est une "estimation minimale". 

Le président de la Conférence des évêques de France, Mgr Eric de Moulins-Beaufort, a aussitôt réagi en exprimant "sa honte", "son effroi". "Mon désir en ce jour est de vous demander pardon, pardon à chacune et chacun", la voix des victimes "nous bouleverse, leur nombre nous accable", a-t-il ajouté.

"Une honte pour notre humanité"

En introduction de la présentation de ce rapport, le Lyonnais François Devaux, l’une des figures de la libération de la parole des victimes de violences sexuelles de la part de prêtres et de religieux a vivement critiqué les évêques et les auteurs d'actes pédophiles. "Vous êtes une honte pour notre humanité, vous avez piétiné par votre comportement l’obligation de droit divin naturel, de protection de la vie et de dignité de la personne, alors que c’est l’essence même de votre institution", a-t-il assené.


"Vous êtes une honte pour notre humanité, vous avez piétiné par votre comportement l’obligation de droit divin naturel, de protection de la vie", François Devaux, fondateur de l'association La Parole Libérée


Le fondateur de l’association La Parole Libérée, aujourd’hui dissoute, lui-même victime du père Bernard Preynat, condamné en janvier 2020 à 5 ans de prison ferme pour agressions sexuelles, a notamment appelé les évêques de France à "payer pour tous ces crimes", alors que le "phénomène massif" des abus sexuels a été couvert pendant des décennies par le silence de l'Église, estime la Ciase.

Lire aussi : Procès Preynat - Lyon : le prêtre pédophile condamné à 5 ans ferme

Première victime interrogée par la Ciase, composée de 22 membres bénévoles, sur demande de l'épiscopat et les instituts et congrégations religieux, François Devaux estime que le rapport Devaux "apport[e] enfin aux victimes une reconnaissance institutionnelle de toute la responsabilité de l’Église, ce dont les évêques et le pape n’ont pas été capables à ce jour".

Indemniser les victimes

En marge de la publication du rapport, Jean-Marc Sauvé  a appelé ce mardi l’Église à apporter une "réparation" financière à toutes les victimes de violences sexuelles en son sein depuis 1950 en France. "Il faut indemniser les préjudices subis par les victimes en dehors même de toute faute identifiée, caractérisée de l’Église", a-t-il ajouté, tout en souhaitant que cette indemnisation ne soit pas considérée comme "un don" mais "un dû".

Lire aussi : 14 victimes de Bernard Preynat indemnisées par le diocèse de Lyon

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