Bernard Preynat à la sortie de la salle d’audience, lors de son procès au tribunal correctionnel de Lyon © Philippe Desmazes / AFP
Bernard Preynat à la sortie de la salle d’audience, lors de son procès au tribunal correctionnel de Lyon © Philippe Desmazes / AFP

Procès Preynat : le prêtre reconnaît les faits, mais conteste les détails

S’il a reconnu l’essentiel des agressions sexuelles qui lui sont reprochées, Bernard Preynat a réfuté ce mardi une partie des faits décrits par les victimes.

Le prêtre, souffle court, a la voix tressaillante qui lui donne un air débonnaire. Il s'excuse et évoque une récente opération du cœur. Pour chacun, ou presque, il reconnaît les faits. Demande leur pardon. Puis viennent les nuances. François Devaux parle d'un fait précis. Il a 10 ans, le visage collé contre le ventre du prêtre. L'homme d’Église a le souffle court déjà. La raison est autre. Le garçon entend des “râles”. Il dénombre entre cinq et dix faits. Bernard Preynat conteste. Il ne se souvient que d'un, qu'il avoue. Le fondateur de l’association La Parole Libérée parle d'un bisou sur la bouche, d’une main droite sur sa fesse. Le prêtre parle de main gauche seulement, sur la cuisse, et se dit étonné par ce baiser. “Ce n'était pas ma façon de faire. Je préférais les bisous sur les yeux, les sourcils. C'était ma manie”, explique-t-il.

Mémoire

Barbe blanche, costume noir et polo violet, Bernard Preynat a été longuement entendu ce mardi. La façon de mener les débats de la juge Anne-Sophie Martinet est méthodique. Après avoir décrit les faits dénoncés par chaque victime, elle appelle le prêtre pour qu’il les commente. Elle propose ensuite aux différentes parties de lui poser des questions, puis invite la victime concernée à la barre. Une fois son témoignage terminé, le prêtre est rappelé devant la cour pour un dernier mot. Bien qu'elles soient dix, chaque partie civile a ainsi droit à son procès individualisé.

À la barre, les victimes se succèdent. Toutes décrivent cette même sensation “d'étouffement”, contre le “gros ventre” de l'ecclésiastique, “son odeur de transpiration”, “son souffle”. La mémoire est aussi sensorielle. Ils racontent des pièces, des atmosphères sombres, des voyages en bus, des odeurs, des visions. “J’étais si serré contre lui que je me souviens des fibres de sa chemise”, détaille François Devaux. M.F., qui n'avait jamais revu le prêtre depuis la commission des faits, confie être moins choqué par les retrouvailles physiques avec son agresseur que par le fait d'avoir entendu sa voix dans la salle du tribunal. “Ça m’a fait rebasculer près de trente ans en arrière. Ça remue des choses anciennes qui forcément remontent à la surface”, dit-il. Les parties civiles peignent le portrait d'un prêtre adulé par les parents et dont la stature s'imposait par ricochet aux enfants. “Bernard Preynat le savait bien et en jouait”, expliquent-elles. S'il en convient, l'ancien curé conteste certains faits. “Vous disiez à chacun qu'il était votre chouchou, votre préféré”, explique la juge. Le prêtre pinaille malgré la réitération des faits par chaque partie civile : “Ce ne sont pas mes mots, je n'ai jamais dit ça.” Il admet tout de même leur avoir demandé de “garder le secret”.

“Je n’accuse pas les gens de mensonge”

L'une des victimes, Pierre-Emmanuel Germain-Thill, arrive devant le pupitre avec son foulard de scout noué autour du cou. Il le dépose devant lui en regardant le prêtre, pour symboliser la fin de trente ans de souffrance. Il dit avoir subi une cinquantaine de faits. Ces agressions sexuelles auraient eu lieu au sein de la paroisse, mais aussi au collège La Favorite et avant les messes. Le prêtre conteste. Il ne se souvient que de dix. “M. Germain-Thill ment ?” demande la juge. “Je n'accuse pas les gens de mensonge, mais je dis les souvenirs que j'ai. Il ne s'est jamais rien passé à La Favorite et pendant les messes”, lui répond Bernard Preynat.

Puis vient l'audition d'Anthony Gourd. Lui aussi dit avoir été caressé par Preynat à Sainte-Foy. Le prêtre nie en bloc.

“Je me rappelle de lui, mais pas d'avoir commis des agressions.

– Est-ce possible que cela se soit passé même si vous ne vous en souvenez pas ? relance la procureure de la République.

– Ça s'est passé pour d'autres, pour des faits que j'estime plus graves et je l'ai reconnu. Je ne vois pas pourquoi pour lui je le nierais.”

La juge insiste, l'homme d’Église maintient sa position. Me Doyez, son avocat, intervient :

“Le moment du procès est un moment de certitude. Ce n'est pas en cherchant quelque chose aux forceps que l'on pose des questions. Il faut se satisfaire de sa réponse. Et, s'il y a une incertitude, c'est au juge de l'apprécier.”

Trente-cinq ans après les faits, les certitudes sont difficiles à matérialiser. Les seules traces restantes sont les aveux du prêtre, bien sûr, mais aussi les souvenirs à peine ou pas encore digérés des parties civiles. Elles sont aussi dans leurs corps et leurs parcours brisés. Dans leurs problèmes affectifs, familiaux, professionnels ou relationnels. Le traumatisme se cache partout, même dans une simple main amicale sur une épaule. “Cela me rappelle Bernard Preynat. Je ne supporte pas les gens tactiles. Je ne peux pas aller chez le coiffeur. Je me coupe les cheveux moi-même”, confesse à la barre une des victimes, qui souhaite rester anonyme.

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