Paul Francois, devant la cour d’appel de Lyon, le 6 février 2019 © Jeff Pachoud / AFP
Paul Francois, devant la cour d’appel de Lyon, le 6 février 2019 © Jeff Pachoud / AFP
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Pesticides : Paul François, le défricheur

Après deux décisions en sa faveur, l’agriculteur Paul François, intoxiqué au Lasso, attend le verdict de la cour d’appel de Lyon, ce 11 avril 2019, dans la procédure qui l’oppose à Monsanto. Portrait d’un David qui a longtemps cru à l’agrochimie contre un Goliath qui disposerait d’une armée de juristes et d’une solde illimitée pour débaucher des mercenaires de tout poil.


“Je n’ai pas honte d’avoir cru à ce modèle, j’aurais honte si aujourd’hui je ne faisais rien”

Sa vie, c’est l’histoire de tout un pays. Un pays qui s’est laissé convaincre par les bienfaits, serinés par les industriels, des herbicides pour l’agriculture. Un pays qui a vu en ce progrès le secret d’une agriculture moderne, rentable et productive, génératrice de pouvoir d’achat et de confort, et s’y est engouffré, à grande échelle, sans un regard en arrière. Un pays aujourd’hui contaminé pour longtemps par un poison qu’il a cru potion magique. Jusqu’à ce soir de 2004 où, alors qu’il s’active depuis tôt dans la nuit sur son exploitation, Paul François inhale par accident des vapeurs d’un puissant herbicide émanant d’une cuve restée au soleil. Une intoxication qui a bouleversé sa vie. Quinze ans se sont écoulés entre ce jour et notre rencontre, au cœur de l’Ardèche, au terme d’une route d’où l’on distingue, de l’autre côté d’un fleuve noyé de polluants chimiques, le département le plus bio de France. Encore aujourd’hui, l’agriculteur de 55 ans souffre de céphalées violentes, qui le conduisent régulièrement à l’hôpital, et surtout de chutes spectaculaires de son système immunitaire. Lorsqu’il s’est fait opérer d’une tumeur à la thyroïde, en 2017, il a enchaîné cinq septicémies. L’autre épée de Damoclès au-dessus de la tête de Paul François, ce sont les lésions qu’il porte au cerveau, qui évolueront peut-être un jour en Parkinson, en Alzheimer ou en tumeur.

Solutions chimiques

L’agrochimie, Paul François y a pourtant cru, longtemps, il le reconnaît. Elle n’est pas si loin l’époque où il en faisait la promotion. Cette solution miracle lui a permis, comme à beaucoup d’autres, de développer son exploitation. Lui, le fils de Vendéen dont le père est arrivé en Charente à moto au début des années 1950 – “avec votre mère et mon savoir-faire”, comme il disait à ses enfants –, exploitait 200 hectares, dont 60 hérités de l’exploitation familiale, au début des années 1990. Dans les plaines céréalières de l’Ouest, il cultive alors du maïs en monoculture et du blé et du colza en agriculture intensive. Le tout agrémenté de quelques cocktails chimiques magiques. Pour avoir vu ses parents trimer aux champs, avec l’angoisse des aléas climatiques, et se battre contre les charançons et autres bestioles qui bouffaient les céréales et le bénéfice, Paul François apprécie ce confort physique et financier. “La chimie apportait des solutions, on n’allait quand même pas se priver”, se souvient-il.

“Sols morts”

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