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Nuage de gaz : "il faut qu'on revoie le schéma d'alerte"

INTERVIEW - Jean-Pierre Cazenave-Lacrouts, préfet délégué à la sécurité dans le Rhône, revient sur l'incident technique survenu à la raffinerie Total de Feyzin, mercredi 22 juin. Il a entraîné le passage d'un nuage de dioxyde de souffre au-dessus de l'agglomération et des dizaines d'évacuations au centre-ville, les gens croyant à une fuite de gaz. Le préfet délégué précise qu'une inspection va être lancée, comme l'a demandée la ministre de l'Ecologie, et que celle-ci pourrait déboucher sur une nouvelle procédure d'information et d'alerte en cas de pollution chimique.

Lyon capitale : Un nuage de dioxyde de souffre a survolé Lyon mercredi 22 juin, que s'est-il passé ?

L'incident s'est produit à 8h à la raffinerie Total de Feyzin sur une unité de traitement de gaz soufré. Celle-ci s'est arrêtée, comme si elle avait disjoncté. Le système de sécurité s'est donc mis en route et le gaz qui était traité dans l'unité a été envoyé vers une deuxième unité de secours. Le passage de l'une à l'autre demande un délai, il y a donc un système de soupape de sécurité qui fait passer une partie du gaz soufré dans une torchère. Le gaz se transforme alors en dioxyde de souffre qui a une forte odeur. En effet, il contient la même molécule que celle que l'on met dans le gaz de ville pour le détecter. C'est cette odeur qui a inquiété la population. A 8h30, à la raffinerie, le problème était réglé.

Pourtant au centre ville de Lyon, des centaines de personnes ont été évacuées à 9h30 croyant à une fuite de gaz. Comment se fait-il que l'information sur la nature de la pollution soit arrivée si tard aux Lyonnais ?

Les différents service-secours nous ont fait remonter l'existence d'une forte odeur de gaz au centre-ville à 9h15. Le temps d'appeler la raffinerie pour savoir ce qui se passait, nous avons averti les radios aussitôt que nous avons su.

La raffinerie quant à elle n'a pas jugé utile de nous prévenir, dans la mesure où il n'y avait pas d'impact pour la santé des populations.

Normalement lorsqu'il y a un incident risqué pour la population, un plan de d'opération interne est déclenché à la raffinerie. Les sirènes retentissent. Tous les gens situés dans le périmètre savent ce qu'ils ont à faire, c'est le principe de confinement qui s'applique. Le préfet déclenche alors le plan particulier d'intervention (PPI). Mais là, nous n'étions pas dans ce cas de figure. L'entreprise a considéré qu'il s'agissait d'un simple incident technique, qu'il n'y avait pas d'incidence pour la population et donc qu'elle n'avait pas à prévenir les autorités.

Les lyonnais ont néanmoins reçu des informations contradictoires-, on leur a d'abord dit d'évacuer leur logement, puis on leur a demandé de rester chez eux et d'aérer. Comment se fait-il ?

Il y a d'abord eu les appels passés aux pompiers en début de matinée. Les gens leur ont dit que ça sentait le gaz, ils leur ont donc demandé d'évacuer leurs immeubles. Le temps de réunir les informations nécessaires, nous avons précisé aux pompiers l'origine de cette forte odeur et nous avons enfin demandé aux Lyonnais d'aérer leurs logements.

Certaines personnes se plaignent d'une odeur persistante dû à la raffinerie à Lyon, que leur répondez-vous ?

C'est le seul incident qui nous a été déclaré. Dès qu'on en a eu connaissance, les cellules chimiques des pompiers se sont rendus au centre-ville pour pratiquer des relevés, il n'ont pas détecté de présence de gaz. Toutes les analyses se sont révélées négatives. Idem au niveau des détecteurs d'air de Coparly (Comité pour le contrôle de la Pollution Atmosphérique dans le Rhône et la région Lyonnaise).

Pourquoi dans ce cas avoir envoyé des messages d'alerte aux crèches de Lyon leur demandant de ne pas sortir les enfants dans la matinée ?

Quand Coparly a su que l'odeur venait d'un incident technique dans une usine, ils ont pris cette initiative. On n'avait pas encore tous les éléments à ce moment là.

Allez-vous maintenir le même dispositif d'alerte à l'avenir ?

D'abord, il faut faire l'analyse de l'incident. L'inspection des installations classées, service de l'Etat, va vérifier le processus technique à la raffinerie. Ensuite, il faudra qu'on vérifie le bon fonctionnement de la chaine d'alerte. Normalement, l'exploitant aurait dû nous avertir dès 8h de l'existence d'un incident. Il ne l'a pas fait parce qu'il a considéré que le protocole ne s'appliquait pas. Il faut qu'on revoie le schéma d'alerte. On va également rappeler à l'ensemble des entreprises du département la procédure à suivre. Objectivement, il n'y avait pas de danger. Mais il faut distinguer le danger réel de la perception du danger qui peut entrainer des mouvements de panique, surtout dans une ville qui reste encore très marquée par un épisode récent. Si nous avions été informés, nous aurions pu envoyer des messages d'alerte par anticipation afin de prévenir la population.

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1 commentaire
  1. MLBRLyon - 24 juin 2011

    Ca ne serait pas plutôt toute la gestion de la Préfecture à ce niveau là qu'il faudrait revoir? Quand on lit en cas de pic de pollution 'évitez tout effort physique' (donc, surtout prenez la bagnole au lieu de marcher ou de prendre votre vélo), il y a de quoi se poser de sérieuses questions... Surtout, continuons à faire confiance aux boîtes privées. Cet incident montre en tout état de cause qu'un Bhopal est possible à Lyon: dès lors qu'on conserve la responsabilité de l'alerte à quelqu'un qui est juge et partie (la même société!), on entendra toujours 'aucun risque' avant même que le début d'une analyse soit réalisé. Et on ne parle même pas du Bugey... là non plus, 'aucun risque'.

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