Permanence d’une association d’aide aux mineurs isolés à Lyon © Tim Douet

Mineurs isolés : vers une nouvelle crise à Lyon cet été ?

Toujours aussi nombreux à arriver sur Lyon, les places manquent pour héberger les mineurs isolés, y compris ceux dont la minorité a pourtant bien été reconnue par la métropole. Malgré les promesses de David Kimelfeld, les associations sont inquiètes.

Sékou est un jeune Ivoirien d’une quinzaine d’années. Orphelin de mère et travaillant aux champs pour un père violent, il décide un jour de traverser le désert pour aller tenter sa chance en Europe. Originaires principalement d’Afrique occidentale, de plus en plus de jeunes décident comme lui de quitter leur pays pour fuir des violences ou tout simplement pour un avenir meilleur. Une fois arrivés tant bien que mal en Europe, ils sont souvent livrés à eux-mêmes.  En France, 25 000 de ces « mineurs isolés étrangers » avaient été recensés sur le territoire en 2017. Dans la métropole de Lyon, 1300 mineurs isolés dont la minorité avait été reconnue par la Mission d’évaluation et d’orientation des mineurs isolés étrangers (MEOMIE) sont actuellement pris en charge par la Protection de l’enfance, contre 591 en août 2016. L’association Forum Réfugiés, qui s’occupe maintenant d’évaluer la minorité de ces jeunes avant que la MEOMIE ne donne son verdict, a vu quant à elle défiler l’an dernier environ 120 jeunes par mois, un chiffre resté stable depuis. Pour Jean-François Ploquin, directeur de Forum Réfugiés, cela fait plusieurs années qu’il y a une forte augmentation du nombre de mineurs isolés qui arrivent sur le territoire, dans la métropole de Lyon comme au niveau national, mais 2018 ne se distingue pas de 2017. « On peut présumer que 2018 sera dans la continuité de 2017, explique-t-il avec prudence. On a pour l’instant les mêmes chiffres qu’en 2017, mais on est qu’en milieu d’année  ». Le problème, selon lui, réside dans le nombre de places disponibles pour héberger les adolescents dont la minorité a été reconnue et qui relève donc de la Protection de l’enfance.

La Protection de l’enfance saturée

Depuis le 10 avril, Forum Réfugiés est en charge d’un centre de mise à l’abri et d’évaluation (CMAE) qui accueille les jeunes durant cinq jours, le temps d’évaluer leur minorité. Une fois leur minorité reconnue, ils sont ensuite censés être pris en charge par les services de la Protection de l’enfance de la métropole de Lyon, comme tout mineur en danger. Et c’est ici que ça bloque. En effet, le nombre de places à la protection de l’enfance est largement insuffisant au regard de la demande. Le CMAE, dont la capacité est limitée à 25 places, est donc obligé de garder certains mineurs plus longtemps, en attendant qu’une place se libère. « Si cette durée s’allonge, ce n’est pas parce qu’il y a plus de jeunes mais parce qu’il n’y a pas assez de places, résume Jean-François Ploquin. Les solutions, aujourd’hui, elles sont à créer en aval du centre, pas en amont  ». Or, devant l’encombrement du centre, en attente de places qui n’arrivent pas à la Protection de l’enfance, les jeunes nouvellement arrivés restent à la porte. Forum Réfugiés leur fait tout de même passer les tests pour évaluer leur âge, mais ils se retrouvent dehors en attendant la décision de la MEOMIE, dont les employés croulent sous les dossiers.

« Nous avons pris les choses en main »

Dans une interview accordée au Progrès ce jeudi, David Kimelfeld, le président de la métropole de Lyon, estimait que « dès le début, nous avons pris les choses en main ». Interrogé sur la faible capacité d’accueil des dispositifs de la Protection de l’enfance susceptibles de prendre en charge les mineurs isolés, il indique que la métropole a déjà créé 142 nouvelles places depuis juillet 2017, qu’elle finance 500 nuits d’hôtel tous les soirs, et que la capacité d’accueil du centre de Collonges-au-Mont-d’Or, ouvert il y a quelques mois, sera augmentée pour accueillir 50 jeunes à la rentrée prochaine. Cependant, le président de la métropole reconnaît qu’il faudrait créer plus de places. « Nous bénéficierons de moyens supplémentaires de l’Etat à la rentrée et j’ai demandé à la préfecture la mise en place d’une plateforme régionale car il n’est pas normal que la métropole supporte, à elle seule, toute la problématique », a-t-il annoncé au Progrès. Il rappelle également que seuls les jeunes dont la minorité a été reconnue sont pris en charge par la Protection de l’enfance : « Si des jeunes sont à la rue, c’est qu’ils ne sont pas mineurs, a-t-il affirmé au Progrès. Les cas relatés de mineurs pris en charge par la Protection de l’enfance, puis lâchés, n’existent pas ».

« Pour l’été, ça va pas le faire, c’est sûr »

Ainsi, les jeunes à la rue ne seraient pas mineurs ? Pas si sûr. En effet, les jeunes ne pouvant être accueillis par Forum Réfugiés faute de place restent sur le trottoir en attendant la décision de la MEOMIE. Et sur ce même trottoir, il faut aussi ajouter ceux dont la minorité a été contestée par la MEOMIE, et qui sont cette fois en attente d’un recours auprès du juge des enfants, débordé lui aussi, ce qui peut prendre jusqu’à deux mois. Un trottoir décidément bien peuplé de jeunes dont la minorité n’a pas encore été définitivement confirmée ou infirmée, et qui se retrouvent de fait à errer dans les rues de Lyon. A ce sujet, les promesses du président de la métropole ne suffisent pas à rassurer les associations qui, avant de penser à la rentrée, s’inquiètent de la situation actuelle. « Pour l’été, ça va pas le faire, c’est sûr, affirme Françoise Leclerc, militante à RESF (Réseau éducation sans frontières). On commence à voir de plus en plus de gamins dehors là, ça a commencé et d’ici quinze jours, avec le départ des étudiants qui hébergeaient on va se retrouver dans la même situation que l’an dernier ». Du côté du collectif AMIE (accompagnement des mineurs isolés étrangers), Jean-Jacques Hollard reste lui aussi sceptique : « Quand Kimelfeld appelle au dialogue et dans le même temps évacue un squat qui devait rester ouvert pour les mineurs isolés, on se demande qui décide à Lyon ». « Il s’agit d’un problème qui dure depuis déjà plusieurs années, et qui est prévisible, poursuit-il. Une collectivité comme la métropole de Lyon devrait pouvoir l’assumer ».

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