Michel Mercier ne voulait pas du Musée des Confluences

Alors que la ville toute entière bruissait d'inquiétudes et de rumeurs sur le possible abandon de l'édifice, le président du Conseil Général a mis sur la table les solutions qui assureront le financement du mastodonte de verre et d'acier qui s'élèvera à la pointe de la Presqu'île.

En guise de réponses, Michel Mercier a indiqué vouloir vendre des terrains et du patrimoine ancien appartenant au Conseil Général. Dans cette affaire, le président du Conseil Général du Rhône fait donc preuvre d'opiniâtreté pour un bâtiment dont il ne voulait pas. Il a en effet affirmé qu'il n'avait pas voté pour cette architecture (en forme d'accident de trains ironisent certains architectes) totalement déconstructiviste.

Et Michel Mercier est même allé plus loin. Il a précisé que son souhait initial était de placer le musée non pas à la pointe du Confluent, mais sur le terrain où s'installe la fête foraine ou le cirque derrière le marché gare de Perrache. Si le musée est relancé, des difficultés et des questions cependant demeurent.

Lyon Capitale en fait le tour en 5 points.

1. Qui a déposé une offre ?
Le chantier est arrêté depuis presque un an après que la société BEC a abandonné le chantier en raison de difficultés pour réaliser les fondations du musée. Le marché sera résilié le 19 décembre 2008 exactement. En réalité, la société BEC et les architectes autrichiens du musée s'opposaient sur la façon de réaliser les fondations. Après une rupture "à l'amiable" avec BEC, le Conseil Général a relancé un appel d'offre qui a vu deux entreprises se manifestait. "J'ai décidé de prendre le temps car je ne voulais pas qu'il y ait une seule offre" a indiqué Michel Mercier devant les élus du Conseil Général.
La société Vinci a fait parvenir une offre de 118 millions d'euros et sa concurrente, la société Léon Grosse, a proposé de réaliser le chantier pour 99 millions d'euros.

2. Qu'est-ce qui explique cette différence de prix ?
Vinci et Léon Grosse ne sont pas seules. Elle dirige chacune un groupement de 4 entreprises. Il semble que la différence de prix se fasse sur la coordination interne à chaque groupement d'entreprises mais également sur la "la toiture, la charpente et le prix du béton". Mais outre la différence de prix, Léon Grosse a un autre avantage, l'assurance.

3. Le problème épineux de l'assurance du Musée.
Jusqu'à une période récente, le musée n'avait pas d'assureurs. Aujourd'hui, les fondations du musée (réalisées par BEC) sont assurées par AXA. Le risque étant d'avoir deux assureurs différents, un pour les fondations et un autre pour le bâtiment lui-même qui est sur pilotis. Ce qui fait dire à Bernard Rivalta que "le jour où on a un problème, l'assureur des fondations dira que c'est la faute au bâtiment , et on risque d'avoir un musée à l'arrêt si on doit résoudre ce problème par des réponses juridiques". Or, Léon Grosse est assuré par AXA alors que Vinci est assuré par SMA BTP. Mais il y a mieux. Les entreprises qui ont répondu avec Léon Grosse sont associés dans un groupement dit "non solidaires". Le principe de solidarité garantie normalement au maître d'ouvrage, le Conseil Général, qu'en cas de défaillance d'une entreprise (dépôt de bilan, retards) le marché sera assuré au même prix. Or dans le cas du musée des Confluences, les groupements ne sont pas solidaires, ce qui présente un risque certain. Mais le groupement mené par Léon Grosse présente une garantie de plus : une des entreprises du groupement, la société IEMANTS, est elle aussi assurée par AXA. Autrement dit, dans un même groupement (non solidaire) deux sociétés ont l'assureur, AXA, qui assure également les fondations.
Malgré tout, Mercier dit "ne pas pouvoir retenir ce critère dans le choix du futur mandataire du musée". Car, de fait, ce critère éliminerait, avant même l'étude approfondie des dossiers, la société Vinci. Quelques voix au Conseil Général indiquent tout même que cette question de l'assurance "règle beaucoup de problèmes". Mais ce critère de l'assurance n'étant pas présent dans l'appel d'offre, Vinci pourrait entamer des procédures si le choix de l'entreprise se faisait sur cet élément.

4. La facture a-t-elle explosé ?
Si l'on prend les chiffres donnés en 2001 au lancement du musée, on parlait à l'époque de 400 millions de francs, soit environ 60 millions d'euros. C'est précisément ce qui a été payé pour réaliser les... fondations du musée toutes taxes comprises. Donc oui, ce n'est pas une surprise, la facture a grimpé. Aujourd'hui, le Conseil Général évoque un chiffre de 173,10 millions d'euros hors taxes. Le département dispose aujourd'hui de 137,60 millions d'euros et espère vendre encore pour 38 millions d'euros de patrimoines et de terrains. Ce qui fait dire à Michel Mercier que le musée sera réalisé sans "recours à l'impôt et à l'emprunt". La facture totale du musée dépassera donc les 200 millions d'euros.

5. Le patrimoine du département est-il dilapidé ?
C'est, à peu de choses près, le titre du journal 20 minutes ce matin jugeant que le département se séparait de ses bijoux de familles pour payer le musée. "On a toujours dit, depuis le lancement de l'opération, qu'il s'agissait d'un financement en dehors de tout appel à l'impôt et par renouvellement du patrimoine", indique Pierre Jamet, le directeur général des services du Conseil Général. Dans la logique de Michel Mercier, il s'agit de vendre du patrimoine ancien pour en acquérir un plus moderne. Des terrains seront vendus le long de la future ligne de Tramway Leslys et également à Ecully. Des bâtiments inoccupés ou inutilisés. Mais, certes, il y a effectivement du patrimoine historique qui sera vendu. Notamment, un sanatorium colossal construit en 1939 mais qui n'est plus utilisé par le département. D'autant que ce bâtiment se trouve à Saint-Hilaire du Touvet... en Isère. Le département du Rhône fait donc bien de le vendre, non ?

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