Une distribution de colis alimentaire pour des étudiants à Lyon © Antoine Merlet

Métropole de Lyon : l'attractivité augmente, la pauvreté aussi

D'après une étude publiée ce mercredi par l'Insee Auvergne-Rhône-Alpes, le taux de pauvreté a augmenté dans les grandes métropoles de la région entre 2013 et 2018. La situation pourrait par ailleurs être fortement dégradée par la crise de la Covid-19.

Est-ce le revers inéluctable de la métropolisation des grandes villes françaises ? Selon une étude de l'Insee publiée ce lundi sur l'évolution de la pauvreté dans les métropoles entre 2013 et 2018, le taux de pauvreté a progressé de 1 point dans le Grand Lyon entre ces deux dates quand il n'a pas bougé dans le reste du département du Rhône. Le taux de pauvreté correspond à la proportion de personnes dont le niveau de vie est inférieur au seuil de pauvreté, fixé à 60 % du niveau de vie médian, c'est à dire 1087 euros par mois pour une personne seule en 2018 en France métropolitaine.

Des dynamiques similaires ont été observées à Grenoble, Saint-Étienne ou encore Clermont-Ferrand (voir tableau ci-contre). “Cette augmentation affecte toutes les tranches d’âge, mais deux catégories sont particulièrement touchées : les moins de 30 ans et les 50–59 ans. Situées aux extrémités d’entrée et de sortie du marché du travail, elles sont plus vulnérables”, écrit l'Insee. Par ailleurs, si tous les types de ménage sont concernés par cette hausse, les foyers d’une seule personne sont davantage touchés, car ils correspondent dans les métropoles notamment à la population des étudiants ou de jeunes travailleurs en situations précaires. “La part des élèves et étudiants parmi la population en âge de travailler croît plus vite dans les métropoles, et la proportion des 15–29 ans y est nettement plus élevée que dans le reste du territoire”, précise l'Insse.

Hors de la métropole, l'évolution du taux de pauvreté est “nettement plus favorable”, poursuit l'institut qui explique : “Ces territoires accueillent des populations plus âgées que celle des métropoles, souvent moins exposées à la pauvreté. Dans le Rhône hors Métropole, la pauvreté stagne ainsi entre 2013 et 2018, à près de 9 %, soit 7 points de moins que dans la Métropole de Lyon. La situation est la même dans la Loire, en Isère et dans le Puy-de-Dôme, où la pauvreté dans le reste du département est largement inférieure à celle de leur métropole (8 points d’écart dans la Loire, respectivement 4 et 5 points dans les deux autres).”

Selon l'étude ce sont finalement les départements les plus “ruraux” qui ont vu leur taux de pauvreté baisser entre 2013 et 2018 et notamment le Cantal (-1,8 pts) et la Haute-Loire (- 0,8 pt). Mais pour l'Insee, cette baisse n'est pas spécialement due à un boom économique de ces territoires, mais plutôt “à la baisse du nombre de personnes en âge de travailler, parmi lesquelles se trouvent les populations les plus touchées par la pauvreté. Cette chute est donc davantage la conséquence d’un vieillissement de la population que d’une réelle dynamique économique, tendance confirmée par la part élevée et grandissante des pensions et retraites dans le revenu des habitants.”

Une métropole de plus en plus attractive

En parallèle de cet accroissement de la pauvreté, les grandes agglomérations françaises ont vu leur puissance exploser. En 2019, elles représentaient 40 % de la population, 55 % de la masse salariale, 50 % de l'activité économique. Par ailleurs, depuis la crise de 2008 elles ont concentré plus de 70 % des créations nettes d'emplois. “Depuis vingt ans, économiquement, la métropole de Lyon fait un malheur. Elle a tous les atouts des grandes villes et économiquement, Lyon représente 2 % de la population française pour 3 % des emplois salariés privés, mais aussi 5,5 % des créations nettes d’emplois salariés privés nationaux entre 2016 et 2019. Lyon, c’est aussi 10 % de la création nette d’emplois salariés privés dans les secteurs de pointe que sont les conseils en système et logiciel informatiques, l’ingénierie, mais aussi le conseil d’affaires et les bureaux d’étude”, confiait l'économiste Laurent Davezies à Lyon Capitale en février. Une dynamique qui n'est pas prête de s'enrayer d'après ce dernier : “Les créations nettes d’emplois se font dans les métropoles et on assiste à une logique de concentration. C’est la logique des souks avec la rue des bouchers, la rue des teinturiers, etc. C’est pour cela que la ville de Lyon a un bel avenir devant elle. Elle fait partie des communes qui sont des mines de matière grise. Et ces mines créent des concentrations spatiales bien plus fortes que les mines d’autrefois.”

C'est tout le paradoxe de ces grands pôles urbains, qui accueillent, concentrent et créent de plus en plus de richesse, ce qui profite aussi à Lyon aux territoires périphériques, mais qui dans le même temps voient leur taux de pauvreté s'accroître. Sur ce point, l'exemple du pouvoir d'achat immobilier est frappant. Quand entre 1997 et 2016 le prix des appartements anciens à Lyon a progressé de 203 %, l'augmentation du pouvoir d'achat sur la période en France n'a été “que” de près de 20 %. La crise de la Covid-19 pourrait d'ailleurs “fortement dégrader le taux de pauvreté”, conclut l'Insee.

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