(Photo de PHILIPPE MERLE / AFP)

Lyon : pourquoi la procession des identitaires à Fourvière n’a pas été stoppée 

Jeudi 8 décembre, près de 300 personnes associées à la mouvance identitaire ont défilé à Fourvière lors d’une procession interdite par la préfecture, sous les yeux de la police. Pourquoi le défilé n’a pas été empêché ? Explications. 

L’arrêté préfectoral pris lundi pour interdire une procession de l’extrême droite à Fourvière pour le 8 décembre n’aura pas suffi. Jeudi soir, près de 300 personnes se sont réunies pour participer à ce défilé aux flambeaux entre deux cortèges religieux, dont celui organisé par le diocèse de Lyon. 

Lire aussi : Les identitaires ont défilé à Fourvière pour le 8 décembre, malgré l’interdiction

De la place Saint-Jean au parvis de la basilique de Fourvière le cortège a monté la colline qui prie à la nuit tombée sous le regard des policiers postés le long du trajet, mais qui ne sont pas intervenus pour faire respecter l’arrêté préfectoral en vigueur. Un paradoxe difficile à comprendre, d’autant que le collectif d’extrême droite Les Remparts, né en 2021 sur les cendres de la dissolution de Génération identitaire, avait renouvelé son appel à participer à la procession Lugdunum suum quelques heures avant le début de la marche. 

Une question de sécurité et de signes distinctifs

Dès le début de la semaine, les services de l’État avaient laissé entendre que si les identitaires bravaient l’interdit il serait difficile de les empêcher de marcher jusqu’à Fourvière. D’une part en raison de la topologie étroite des lieux où devait se dérouler la procession et d’autre part de la densité de la foule présente en raison de la marche diocésaine, organisée au même moment, et de la Fête des lumières place Saint-Jean. La crainte étant de voir survenir un mouvement de foule. 

Au lendemain de ce défilé des identitaires, dans l’entourage du préfet du Rhône on insiste sur le fait que "l’intervention de la police nationale déployée pour appliquer l'interdiction de la manifestation Lugdunum Suum n'était possible que si des signes distinctifs permettaient de caractériser le rassemblement revendicatif Lugdunum Suum". "Ce ne fut pas le cas", précise-t-on de même source. 


"La présence de la foule dans le cadre de la Fête des lumières et de nombreuses familles rendaient nécessaire une intervention proportionnée et adaptée pour assurer la sécurité de tous", préfecture du Rhône


Une assertion partielle, car si lors de la marche en elle même aucun slogan n’a été prononcé et que les seules bannières dressées au-dessus des têtes représentaient le drapeau de la ville, la basilique de Fourvière et la vierge Marie, comme le rapportent nos confrères du Progrès et de Tribune de Lyon, à l’arrivée sur le parvis de la basilique une banderole Lugdunum Suum a brièvement été déployée. Pendant une dizaine de secondes, nous précise-t-on, avant que la police n’intervienne. Il s’agissait donc là d’un signe distinctif identifiant le cortège comme étant celui de Lugdunum Suum. Pourtant cela n’a conduit à aucune interpellation, d’après nos informations. L’arrivée du second cortège religieux, identifié comme celui de « Pie X » — en référence à la Fraternité intégriste Saint-Pie-X excommuniée pas rue Vatican en 1988 —, aurait empêché une éventuelle intervention, afin, la encore, de ne pas entraîner un mouvement de foule. 

Les drapeaux de la ville de Lyon, de Fourvière (au fond) et de la vierge Marie était de sortie dans le cortège de l'extrême droite, amis pas de signe de la banderole Lugdunum suum avant l'arrivée à Fourvière. (Photo de OLIVIER CHASSIGNOLE / AFP)

"La présence de la foule dans le cadre de la Fête des lumières et de nombreuses familles rendaient nécessaire une intervention proportionnée et adaptée pour assurer la sécurité de tous", explique-t-on du côté de la préfecture, alors que le défilé avait été interdit "compte tenu des sérieux risques de troubles à l'ordre public", après plusieurs actions des identitaires ces dernières semaines.

La préfecture ne saisit par l'article 40

Se pose désormais la question de savoir quelles suites judiciaires seront données à cet événement. Pour rappel, l’arrêté pris lundi par les services de l’État précisait qu’en cas d’infraction les organisateurs s'exposent à une amende de 7 500 euros et à une peine de six mois d’emprisonnement. Les participants, eux, pourraient écoper d’une contravention de 4e classe.

À ce stade, il n’est pas prévu du côté de la préfecture de saisir la justice au titre de l’article 40*, comme cela a pu être le cas par exemple lors de la manifestation sauvage des identitaires fin novembre, où des slogans racistes et xénophobes avaient été proférés. Encore une fois, faute de signes distinctifs visibles lors du défilé, il serait trop compliqué d’identifier formellement le cortège comme étant celui de Lugdunum suum organisé par le collectif Les Remparts. Du côté de la Ville de Lyon, il n'est pas on plus prévu de saisir la justice, "la préfecture étant compétente sur le non-respect de son arrêté", a-t-on appris.

L’action privilégiée par l'État serait plutôt sur le long terme. Le fait que l’arrêté préfectoral n’ait pas été respecté viendrait ainsi s’ajouter aux éléments déjà réunis contre Les Remparts et qui pourraient un jour conduire à une dissolution du groupuscule d’extrême droite. À l’instar de la revendication de la manifestation sauvage du mois de novembre. "Les activités des Remparts font l'objet d'une forte attention de la part des services de l’État", nous assure-t-on. 

Depuis plus d'un an le procureur et le préfet auraient réuni "plus d’une dizaine de fois un groupe de suivi des groupes radicaux violents pour échanger des informations entre les services de l'État, définir une stratégie pour apporter une réponse ferme à leurs actions et permettre à chaque fois que cela était nécessaire et possible juridiquement d'engager les procédures administratives ou judiciaires adaptées". C'est dans le cadre de ce groupe de travail que la préfecture a signalé au parquet le déroulé de la banderole Lugdunum suum et le discours d'un certains Sinisha se revendiquant comme cadre des Remparts.


*Qu'est-ce que l'article 40

"L’article 40 du code de procédure pénale impose l’obligation, « pour toute autorité constituée, tout officier public ou fonctionnaire, dans l’exercice de leurs fonctions », de signaler des crimes ou délits dont il a connaissance", peut-on lire dans le Dalloz.

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