Lyon. Pâques expliquée par un docteur en histoire

Dans Fêtes de la table et traditions alimentaires, Nadine Cretin, docteur en histoire, revient pour Lyon Capitale sur les origines de Pâques.

Dans son ouvrage passionnant Fêtes la table et traditions alimentaires (Pérégrinateur Editeur), Nadine Cretin, docteur en histoire (Ecole des hautes études en sciences sociales) traite des fêtes sacrées et profanes et des traditions alimentaires qui s'y rattachent. Extrait.

"Pâques, toujours au pluriel lorsqu'il s'agit de la fête chrétienne, tient son nom de la Pâques juive (de l'hébreu "passer, épargner"). Plus grande fête de l'année aux yeux de l'Eglise, cette "Solennité des Solennités" est la fête de la résurrection de Jésus-Christ, trois jours après sa mort sur la croix à Jérusalem le Vendredi-saint. Fixée le dimanche qui suit la pleine lune venant après l'équinoxe du printemps depuis le concile de Nicée (325), soit entre le 22 mars et le 25 avril, la date de Pâques est mobile, changement chaque année. Pour l'Eglise orthodoxe qui sui le calendrier julien, la date de l'équinoxe peut être retardée, et par conséquent celle de Pâques. Depuis 389 et jusqu'à la Renaissance, les huit jours de l'octave qui suivent jusqu'au dimanche de Quasimodo étaient considérés comme solennels, afin d'assurer une catéchèse aux néophytes, nouveaux baptisés. Seul, de nos jours, le lundi de Pâques est férié.

Lors de la veillée pascale le soir du Samedi-Saint, l'eau et le feu sont à l'honneur pour marquer ce temps de passage. Un feu nouveau est allumé par le prêtre aux portes de l'église : il transmet sa flamme au cierge pascal, symbole du Christ vivant, puis à l'assemblée. L'eau est bénite et elle sera utilise pour les aspersions et les baptêmes. Au chant du Gloria de la messe, les cloches retentissent à nouveau. Dans les pays orthodoxes, les fidèles se saluent joyeusement à la sortie de la messe : "Christ est ressuscité!" et ils s'échangent des oeufs teints.

Le premier chapitre du Livre de la Genèse écrit sur un œuf, musée d'Israël à Jérusalem

Pâques marque vraiment une nouvelle étape et le retour de la vie. La Semaine sainte qui précède Pâques est marquée par des journées où le deuil et les ténèbres, dans les derniers jours, entraînaient de strictes interdictions alimentaires, l'abstention de travaux habituels (interdictions en particulier de labourer, de faire la lessive...), ainsi que le silence des cloches remplacées, par les enfants, par l'utilisation de crécelles pour annoncer les offices. Les refrains des tournées des enfants de choeur, quêtant des oeufs et des pièces de monnaie de porte en porte, ont longtemps rythmé dans les campagnes ces journées. Encore dans certains pays d'Europe centrale (Pologne), le prêtre bénit le Samedi-Saint des paniers de nourriture (pain, oeufs décorés, sel...), portés à l'église.

Sacralisé dans la plupart des religions, le retour printanier de la fécondité après la stérilité de l'hiver a entraîné des rites de passage entre la mort et la vie, et de grandes renaissances mythiques précédées de périodes de marge marquées par le deuil : renaissance d'Osiris en Egypte, d'Orphée en Grèce, du dieu syrien Adonis ou celle d'Attis dans le culte de Cybèle originaire de Phrygie (Asie mineure), que Rome célébra à partir de 204 avant J.-C.

Les coutumes pascales sont indissociables des oeufs, symboles universels de la vie et d'éternité, alors abondants dans les poulaillers. On les trouve dans l'alimentation, aussi bien que, décorés ou non, dans les anciennes tournées des enfants de choeur ("roulées", "pâquerets") et dans les jeux de plein air : roulées, toquées, chasses, courses aux oeufs... Dans certains pays, en particulier chez les orthodoxes, s'échangent des oeufs teints ou travaillés en signe d'amitié après la divine liturgie ou un repas entre convives. Les confiseries ont remplacé les oeufs teints ou naturels. Le matin de Pâques, les enfants trouvent dans les jardins des oeufs en chocolat ou en sucre, ainsi que d'autres friandises déposées mystérieusement dans la nuit. Sont à l'honneur les confiseries en forme de cloches ou d'animaux féconds : poules, lapins ou poissions. On dit généralement que ces oeufs sont ont été déposés par les cloches qui étaient parties à Rome depuis le chant du Gloria le soir du jeudi-Saint. dans l'Est de la France et dans les pays anglo-saxons, ils ont été "pondus" par le lièvre de Pâques.

agneau pascalComme la fête de Noël, la fête de Pâques entraîne souvent un copieux repas familial. Au menu, figurent de la viande d'agneau en plat principal (gigot, épaule), en référence à l'agneau biblique, et divers gâteaux riches en oeufs. Dans les Ardennes et en Normandie, on mangeait le jour de Pâques les oeufs pondus le Vendredi-Saint, réputés préserver de la fièvre pour toute l'année. Dans le Gers, on mangeait une omelette qui contenait quelques gouttes d'eau bénite et en Provence, des oeufs à la coque : l'omelette était réservée pour le lundi de Pâques. En Champagne, la pièce de résistance était un jambon frais. En Bourgogne, une terrine de jambon persillé, déjà attestée au XIIe siècle, était confectionnée à cette occasion. dans le Nord de la France, il s'agissait du "jambon de Pâques" et, en Berry ou en Poitou du "pâté de Pâques", que l'on fait encore. Claudine Fabre-Vassas cite l'exemple de la Bresse louhannaise où l'on mangeait en entrée "les cochonailles" (pâté et hure), avant d'apporter sur la table le cochon paré et fleuri. A la différence du cochon hivernal dont la consommation devait durer le plus longtemps possible, le "cochon de Pâques" était mangé frais, sous forme de grillades et de saucisses.

Parmi les nombreux dessert traditionnels, la paskhah de Pâques des orthodoxes est un gâteau au fromage. Les brioches sont à l'honneur, et elles ont parfois la forme d'un agneau, comme en Alsace ou en Pologne. "

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