Nicolas Coustou, La Saône, 1721 @@Muriel Chaulet/Ville de Lyon

Lyon. La restauration des statues du Rhône et de la Saône de la place Bellecour débute ce 9 juin

Déplacées de Bellecour au musée des Beaux-Arts de Lyon le 22 mars dernier, les statues des frères Coustou sont en cours de restauration depuis mercredi 9 juin.

Les allégories de la Saône et du Rhône, classées monuments historiques, oeuvres des frères Nicolas et Guillaume Coustou (ce dernier est l'un des quatre artistes lyonnais dont la statue orne la fontaine des Jacobins) étaient les dernières en France à être présentées à l'air libre et sans protection.

Guillaume Coustou, Le Rhône, 1721 @Muriel Chaulet / Ville de Lyon

Le 22 mars dernier, ces chefs d'oeuvre du XVIIIe siècle ont quitté leurs quartiers de Bellecour pour le cloître du musée des Beaux-Arts de Lyon (jardin du musée Saint-Pierre), miracle de calme et d'harmonie. "C'est un moment très important pour notre musée qui plaidait depuis des années pour la dépose de ces œuvres et leur installation dans le Palais des Beaux-Arts", s'était alors enchantée Sylvie Ramond, sa directrice.

Exposées aux intempéries et à la pollution atmosphérique, elles se trouvent dans un état "hautement critique". Les deux bronzes sont également fragilisés car ils servaient, depuis des décennies, de bancs, de marchepieds, de poubelle. Les deux œuvres ont également subi des actes de vandalisme (un doigt amputé pour l'une d'entre elles). Leur patine originelle menaçant de disparaître, la restauration et la mise à l’abri de ces chefs-d’œuvre s’imposait  "de manière urgente".

Remise en beauté de 87 990€

Cette restauration, qui débute ce mercredi 9 juin, a lieu dans le cadre de la 4e Convention patrimoine 2019-2024 entre l’État et la Ville de Lyon qui ont associé leurs moyens financiers et leurs compétences, pour restaurer les sculptures. Le montant de la restauration est de 87 990€, dont près de 23 % financés par la Drac (Direction régionale des affaires culturelles) Auvergne-Rhône-Alpes.

La restauration est menée sous le contrôle scientifique et technique de la Conservation régionale des monuments historiques.

Cette opération, "exceptionnelle" selon le musée des Beaux-Arts de Lyon, consiste en un dépoussiérage des deux œuvres, leur décrassage, l’élimination des graffitis, des inscriptions, des autocollants et des produits de leur corrosion, et, enfin, la protection de leur surface.

Chantier visible

Restaurées dans un abri aménagé dans le cloître du musée, les statues seront visibles durant toute leur restauration, "à travers trois fenêtres aménagées à hauteur d’enfant, de personne en fauteuil et d’adulte debout".

Deux visites (entre 1€ et 3€) seront également proposées au public, sur réservation, les 10 et 16 juin, en présence des restaurateurs et de la conservatrice des peintures et sculptures anciennes. Une série de médiations autour des deux chefs-d’œuvre et de leur restauration sera aussi  proposée au public cet été.

À l’automne 2021, à l’issue de leur restauration, les deux bronzes des frères Coustou seront de nouveau accessibles à tous, au sein des collections permanentes, au bas de l’escalier d’honneur de l’abbaye des Dames de Saint-Pierre, dit également "escalier Thomas Blanchet".


L'histoire des statues de la place Bellecour, de leur conception jusqu’à nos jours

Source : musée des Beaux-Arts de Lyon

Nicolas Coustou, La Saône, 1721 @Muriel Chaulet/ Ville de Lyon

Au Moyen Âge, à l’emplacement de l’actuelle place Bellecour, se situait le "pré de Belle Cour", destiné aux troupeaux de bergeries. Au XVIIe siècle, du temps d’Henri IV, une place y fut aménagée. Sous le règne de Louis XIV, cette place acquit le statut de place royale, lieu destiné symboliquement à célébrer la grandeur de la royauté. Elle prit alors le nom de "place Louis le Grand". Autour d’elle, furent construits des édifices tous identiques, dont les façades furent dessinées par le premier architecte du roi, Robert de Cotte.

En 1686, le consulat lyonnais commanda une statue équestre de Louis XIV pour figurer au centre de la nouvelle place Louis Le Grand. Réalisée par Martin Desjardins (Bréda, 1637 – Paris, 1694), elle fut livrée à Lyon en 1701 et inaugurée en 1713.
En 1714, deux allégories en bronze du Rhône et de la Saône furent commandées à Nicolas (Lyon, 1658-Paris, 1733) et Guillaume Coustou (Lyon, 1677-Paris, 1746), sculpteurs lyonnais de renom, membres de l’Académie royale de peinture et de sculpture, ayant participé aux travaux de décoration des châteaux de Versailles et de Marly, ainsi qu’à ceux de grandes églises parisiennes (Notre-Dame, les Invalides, Saint-Roch, Saint-Paul-Saint-Louis).

En 1721, les deux sculptures furent installées sur le piédestal de la statue équestre. Durant la Révolution, la statue équestre de Louis XIV fut fondue pour être transformée en canons. Le Rhône et la Saône furent sauvés et mis à l’abri dans l’atrium de l’hôtel de Ville.

En 1825, une nouvelle statue équestre représentant Louis XIV fut inaugurée place Bellecour. Sa réalisation avait été confiée à François-Frédéric Lemot (Lyon, 1771 – Paris, 1827), un sculpteur originaire de Lyon qui fit une carrière brillante. Lemot obtint que les bronzes des frères Coustou ne furent pas réinstallés place Bellecour lorsque la nouvelle statue équestre qu’il avait conçue fut mise en place, car il craignait que leur présence ne dénaturât son œuvre.

Ce n’est qu’en 1957 que Le Rhône et la Saône rejoignirent la place Bellecour, à l’initiative du maire de Lyon, Edouard Herriot. Ils furent alors placés en partie basse du socle de la statue équestre de Lemot, plus petit que celui qui supportait la statue équestre de Desjardins fondue à la Révolution. Pour assurer une meilleure protection aux deux œuvres, leur classement au titre des Monuments historiques comme objets mobiliers fut décidé en 1959.

 

 

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