La prison de Corbas (©Fabrice Catérini)

Lyon : l'Etat accusé d'avoir libéré un détenu trop tôt

Màj, 19h00. Un ancien détenu est suspecté d'avoir violé une jeune fille de 17 ans. On apprend aujourd'hui qu'il a été libéré plus tôt que prévu dans le contexte de la crise sanitaire. La famille accuse l'Etat de "faute lourde".

Libéré trop tôt ? C'est que défendent les avocats de la jeune fille, Anne-Lise, 17 ans, violée dans le Nord-Isère en octobre 2020 par un homme en libération anticipée à cause du Covid-19. Le suspect purgeait une peine de 4 ans d'emprisonnement depuis 2018, pour des faits d'agression sexuelle sur sa compagne. Selon sa condamnation il n'aurait du sortir de prison qu'en novembre 2021.

La crise sanitaire a changé la donne et a permis la libération anticipée de 6 000 condamnés dans tous le pays, dont le suspect qui était à la prison de Corbas près de Lyon. L'objectif était de diminuer la promiscuité dans les cellules afin de casser la progression du virus en milieu carcéral.

Il aurait violé la jeune fille 6 mois après sa libération anticipée.

Pour l'avocat de la victime c'est très clair, cet Isérois présentait un risque fort de récidive : "Monsieur S. présentait des “tendances au passage à l’acte hétéro-agressif” et sa détention était émaillée de quatre incidents."

La famille de la victime à travers son avocat pointe aujourd'hui la responsabilité de l'Etat dans cette libération anticipée et veut déposer un recours pour "faute lourde".

Le suspect, quant à lui, a été placé en détention provisoire. Il est accusé des motifs de "viol sur mineur de plus de quinze ans" et "menaces de mort".

Le parquet de Lyon réagit

Dans un communiqué que Lyon Capitale a reçu à 19h00, le parquet de Lyon explique, que l'intéressé, libérable le 20 novembre 2021, se trouvait dans les "conditions légales d’attribution d’une libération conditionnelle" depuis le 6 janvier 2020.

"La décision du juge d'application des peines de Lyon n’est en aucun cas un jugement de remise en liberté automatique résultant de la situation de crise sanitaire mais une décision de placement sous libération conditionnelle prise sur requête du condamné et après avis favorable du service pénitentiaire d'insertion et de probation de Lyon, de l’administration pénitentiaire et du parquet de Lyon."

Pour justifier sa décision, le juge d'application des peines relève quatre points : l’intéressé semblait prendre conscience de la gravité des faits et du dommage causé à la victime, l’expert psychiatre l’ayant examiné a évoqué un risque de récidive qualifié de "faible", le suivi psychologique initié en détention semblait porter ses fruits et, dernier point soulevé, une promesse d’embauche avait été adressée au détenu à la suite d’une rencontre avec un employeur, lors d’une permission de sortir qui s’est bien déroulée.

Si le parquet note que le casier judiciaire de l'intéressé porte trace de six autres condamnations (trois  pour défaut d’assurance, une pour conduite malgré suspension de son permis, une pour infraction à la législation sur les stupéfiants et une pour outrage), il souligne qu'aucune ne l'a été pour des faits de violences physiques ou sexuelles.

Les services du procureur de la République ajoutent que "la décision a été prise sans débat contradictoire, en raison du contexte sanitaire, avec l’accord du condamné".

Le parquet termine en expliquant qu'à compter de sa libération intervenue le 5 mai 2020, le juge d'application des peines de Lyon s'était dessaisi au profit de son homologue de Bourgoin-Jallieu pour assurer le suivi des obligations ainsi prononcées, en raison du lieu de domicile du condamné.

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