© Antoine Merlet

Lyon : l'AMIE dénonce le "scandale" des évaluations des mineurs isolés

L'association de soutien aux mineurs isolés "AMIE" manifestait cet après-midi devant des locaux de Forum Réfugiés. Le collectif estime que les évaluations menées par l'association ne sont pas acceptables.

Une situation qui ne peut plus durer pour l'AMIE. Le collectif d'accompagnement des mineurs isolés de Lyon était mobilisé à 16h cet après-midi pour dénoncer le processus d'évaluation des mineurs isolés. Une trentaine de personnes ont manifesté, distribué des tracts et échangé avec les passants devant les locaux de Forum Réfugiés, rue Neyret. Depuis un an maintenant, l'association chargée par la Métropole d'évaluer les mineurs isolés accueille un nombre croissant de jeunes migrants sur l'agglomération. Près de 1800 en 2018 contre 1200 en 2017. Des arrivées qui saturent rapidement les services de Forum Réfugiés, et les poussent à se mettre "hors la loi", selon l'AMIE. "Dans les textes régissant l'accueil des mineurs, il doit y avoir un hébergement et une mise à l'abri de cinq jours au cours de laquelle la minorité du jeune est évaluée, explique Serge Brezin, du collectif AMIE, présent sur les lieux. Dans la réalité, l'évaluation se fait immédiatement, sans mise à l'abri, et par un seul intervenant au lieu d'une équipe." Un "scandale" pour le collectif, qui détaille dans son communiqué le déroulement des évaluations, celles-ci se faisant "dans l'heure qui suit" l'arrivée des mineurs dans les locaux.

Des "méthodes contraires" aux droits de l'enfant

Pour Serge Brezin, ces méthodes sont "contraires" aux conventions régissant les droits de l'enfant. "Ces jeunes sont face à un interrogatoire qui consiste à mettre en évidence qu'ils ne sont pas mineurs, poursuit-il. S'ils ne sont pas assez précis, c'est que leur histoire est fausse, et s'ils le sont trop, on les soupçonne d'avoir appris une histoire par cœur." Une histoire qui bien souvent n'est pas validée avant plusieurs semaines, précipitant de fait la remise à la rue des mineurs, faute de place. L'AMIE estime avoir tenté d'entrer en contact avec Forum Réfugiés pour évoquer le sujet, sans succès jusqu'ici. Joint par Lyon Capitale, Jean-François Ploquin, directeur de Forum Réfugiés ne se dit "pas surpris" par cette manifestation. "On est face à une situation qui n'est pas encore traitée de façon satisfaisante, détaille-t-il. Il y a une augmentation très importante du nombre de jeunes qui sollicitent une aide sociale." Au mois d'avril, encore, ce sont 78 mineurs qui ont été accueillis par Forum Réfugiés. Depuis un an et la création du dispositif, 1800 jeunes ont été évalués et 541 hébergés.

"Des professionnels qui font leur travail avec attention"

S'il concède qu'il est "normal que des citoyens s'émeuvent" de l'écart entre les besoins et les places effectives, Jean-François Ploquin rappelle qu'il s'agit encore d'une "phase d'adaptation à marche forcée". Face aux critiques sur le processus d'évaluation des mineurs, le président de Forum Réfugiés reste ferme : "Nous agissons dans le plein respect de la réglementation. On accepte d'être soumis à la critique, mais on n'accepte difficilement que soit mise en cause la bonne foi de professionnels qui font leur travail avec attention." Il pointe par ailleurs du doigt les reproches émis par le collectif AMIE quant à des interrogatoires trop soupçonneux à l'égard des mineurs, affirmant qu'en cas de doute, le "bénéfice profite toujours au jeune". Serge Brezin, lui, n'en démord pas, prenant pour exemple les jeunes qui, à 16h, sont venus aujourd'hui et comme chaque jour s'enquérir de leur situation. Une "preuve" pour le membre de l'AMIE que Forum Réfugiés "n'appelle pas personnellement les demandeurs comme ils le prétendent". S'agissant de l'avenir du dispositif, Jean-François Poquelin se veut pour sa part confiant quant à la prise en compte du problème par la Métropole. "Des annonces assez fortes ont été faites. Tout le monde a été pris de court et ça prend du temps de se mobiliser, mais des appels à projet ont été lancés et les perspectives sont meilleures", conclut-il. La Métropole espère à travers ces appels à projets la création de 500 nouvelles places d'hébergement.

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