LYON, CAPITALE DU VELO ?

L'occasion de faire un point sur le vélo entre Rhône et Saône.

A l'heure de l'ultra-médiatique Grenelle de l'environnement, le monde du vélo a rendez-vous à Lyon. Trois jours de débat pour promouvoir des solutions de mobilité alternative et développer le vélo. Qu'on se le dise, le temps où Pompidou exhortait à "adapter la ville à la voiture" est révolu. Le schéma du tout-automobile se fissure de partout : Lyon a été la géniale instigatrice hexagonale du vélo en libre-service, Paris a suivi, comme Marseille, Besançon, Orléans, Rennes, Mulhouse, Montpellier, Aix-en-Provence, et on en passe. A l'étranger, le mouvement s'amorce à Barcelone, Séville ou encore Bruxelles.
Pourtant, si la petite reine grignote du bitume, elle reste encore ultra-minoritaire : à Lyon, à peine 2 % des déplacements quotidiens se font à bicyclette, malgré le bon coup de pouce des Vélo'v et ses
15 000 locations/jour.

La grande majorité des associations lyonnaises applaudit, mais ne manque pas de faire remarquer qu'il faut aller plus vite, plus loin dans la démarche, critiquant au passage le manque de sécurité pour les cyclistes, le peu de pistes cyclables, le non-respect des automobilistes, etc.

Plus de pistes cyclables
Il faut ajouter le déficit d'ambitions : d'ici 2020, l'objectif est d'arriver à 5 % de part modale du vélo dans le Grand Lyon. On est loin des 15 % de Strasbourg, ou des 30 % de certaines villes du nord de l'Europe. On aurait espéré plus, à l'heure où un changement de taille s'est opéré, le Prix Nobel de la Paix ayant été décerné à Al Gore pour son engagement en faveur de la planète.
Car Lyon pourrait devenir pionnière en matière de deux-roues : elle l'a été sur les vélos en libre service, elle le sera, d'ici 2013, pour son tunnel sous la Croix-Rousse, exclusivement réservé aux vélos et aux transports en commun. Elle pourrait l'être sur la part des vélos en ville. A bon entendeur...

17e congrès des villes cyclables. Du 17 au 19 octobre. Palais des congrès de Lyon.

DES PROJETS FOUS

Lyon Capitale a demandé à des élus, des associations et des citoyens d'imaginer ce que pourrait être une ville qui place le vélo au coeur des déplacements.

Vélorution
Collectif pro-vélo et anti-voitures (organisateur de manifestations à vélo, tous les 3e samedis du mois)
> Des pistes bagnolables
Notre rêve ? Supprimer les pistes cyclables !
Imaginons une ville ou la voiture ne squatterait plus 80 % de l'espace public, où la vitesse serait réduite à 30 km, où la circulation de transit serait bannie, où chaque automobiliste serait aussi cycliste à ses heures. Alors chaque rue redeviendrait naturellement cyclable. Et allez, peut-être qu'ici ou là, on mettrait en place une piste bagnolable (pour les véhicules d'urgence et de livraison).
La seule politique véritablement pro-vélo serait une politique résolument anti-automobile. A Lyon, nos élus ne pourront pas indéfiniment manier la chèvre et le chou dans des jongleries électoralistes, en déclarant que tout le monde a droit à l'espace public, qu'il faut le partager... Déclarons-le haut et fort : la place de la voiture doit diminuer drastiquement, car elle est polluante, violente et encombrante !

Gilles Vesco
Vice-président du Grand Lyon, qui a notamment piloté Vélo'v.
> Des rues à double-sens cyclable
Le rêve le plus fou, il existe déjà : c'est d'avoir mis 4 000 vélos dans les rues à disposition des Lyonnais. En gros, la science-fiction est déjà en ville. Pour aller plus loin, j'aimerais que toutes les rues à sens unique, qui font 3 mètres de large, de portière à portière (ndlr : voitures en stationnement) ou de trottoir à trottoir, deviennent toutes à double sens cyclables. On inverserait la preuve de la charge :
il faudrait que la carte Vélo'v soit utilisable à Paris, ou à Marseille, là où Decaux gère les vélos en libre-service. Mieux encore, on étendrait le système à toute la France : avec sa carte Vélo'v on accéderait aux vélos en libre-service partout en France et en Europe.

Jean-Claude Chausse
vice-président de la Darly et correspondant local de l'association Rue de l'Avenir
> Ouvrir les souterrains aux vélos
Pourquoi ne pas faire de Lyon un Luna Park géant ? ! Ça me rappelle la chanson des Fabulous Trobadors "Ma ville est le plus beau park, sa vie pleine d'attractions"... On pourrait transformer les souterrains de Lyon en piste cyclable. Ça serait génial, et ça permettrait de reconquérir l'espace public. Aussi, comme des architectes un peu délirants l'avaient proposé un jour pour les voitures, pourquoi ne pas construire un pont suspendu entre la colline de Fourvière et la colline de la Croix-Rousse, mais pour les vélos et les piétons ?
Moins fou, je crois beaucoup au potentiel de développement du vélo électrique en ville et à la campagne. Pourquoi ne pas envisager un système Vélo'v sur l'ensemble de la Communauté urbaine, voire du département ou l'aire urbaine de Lyon où des vélos électriques seraient mis à disposition dans chaque commune gratuitement ou loués à très bas prix ? Des cafés "modes doux" ou des espaces conviviaux de rencontres, de restauration mixant vélos, rollers, marcheurs et produits bio, équitables ainsi que poésie, écrivains ou artistes par exemple, pourraient être ouverts partout : pas seulement en centre-ville ou sur les berges du Rhône, mais aussi en banlieue, dans les Monts du Lyonnais bien sûr ou à Miribel-Jonage.

Ruud Volkers
directeur de l'antenne néerlandaise de Lyon
> Un télésiège montée de Choulans
J'habite à Brindas, je travaille à Lyon, place de la République. Plusieurs fois par semaine, je viens à vélo, soit 37 kilomètres aller-retour :
40 minutes à l'aller, 50 minutes au retour. Le plus dur reste la montée de Choulans.
Je propose donc la construction d'un télésiège dans la montée, de façon à supprimer cet obstacle géographique pour celles et ceux qui habitent l'ouest lyonnais.
Il faut reconnaître que malgré tous les efforts entrepris à Lyon, le vélo reste encore et toujours une aventure.

Nicolas Igersheim
président de la Ville à Vélo
> Le périph' pour les vélos
Malheureusement, beaucoup de projets parfaitement raisonnables
apparaissent comme utopiques, en particulier à Lyon, où l'on "parle" d'expérimenter le double-sens cyclable, où l'on "étudie la possibilité" d'un remonte pente vélo, où l'on "envisage" l'aménagement d'une zone 30, toutes choses tout à fait matérialisées ailleurs.
Les folies d'hier sont la sagesse d'aujourd'hui. Pourquoi ne pas ouvrir le boulevard Laurent Bonnevay aux vélos, mais sans les voitures ?

Holland Bikes
magasin de vente de vélos hollandais
> Des ponts réservés aux vélos
Rouler en ville est encore dangereux, surtout pour les enfants. Il faut plus d'espaces sécurisés. Je pense notamment à la création de petites passerelles au-dessus du Rhône qui seraient réservées aux vélos et, pourquoi pas, aux piétons. On pourrait aussi imaginer un tapis roulant pour les cyclistes entre la Presqu'Ile et la Croix-Rousse.

DEJA DANS LES TUYAUX..

Grand Lyon
> Un tunnel réservé aux vélos
Le projet a été approuvé le 9 juillet 2007 en séance publique au Grand Lyon. D'ici mi-2013, un deuxième tube, parallèle au tunnel existant de la Croix-Rousse, sera mis en service. Le tube sera exclusivement réservé aux modes doux, à savoir les vélos et les transports en commun, un peu comme à Amsterdam). Le coût prévu est de 140 millions d'euros.

> Un remonte-pente à la Croix-Rousse
C'était dans Lyon Capitale d'avril 2003. Jean-Louis Touraine, 1er adjoint au maire de Lyon, annonçait que "le funiculaire, qui monterait sous la trémie de la rue Terme, est bel et bien dans les tuyaux et des études sont actuellement en cours". Plus qu'un symbole lancé en direction des cyclistes, ce monte-charge mécanique serait l'un des premiers en Europe, la seule ville à avoir mis en place un système de ce genre étaint la ville de Trondheim, en Norvège. Un an plus tard, le projet tombait aux oubliettes, faute d'argent suffisant. Pourtant, le remonte-pente est toujours défendu par Gilles Vesco, vice-président du Grand Lyon (Modem) : "si j'ai un mot à dire sur une liste démocarte aux prochaines élections, je défendrais le projet coûte que coûte ". La ficelle serait composée de deux cabines : une qui descend, l'autre qui monte, une ouverte pour transporter les vélos, l'autre fermée pour les piétons et les cyclistes. Gilles Vesco prévoit même une mise en lumière spécifique, de la musique, des fresques. De quoi éviter aux 600 voitures quotidiennes de passer sous cette trémie qui, à l'origine, était destiné à une ficelle.

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