Université Lyon 2 © PHILIPPE MERLE / AFP

Lyon 2 : “Les étudiants sénégalais ou burkinabés, on ne les verra plus”

L'université Lyon 2 a fait savoir ce mercredi qu'elle refusait d'appliquer l'augmentation des frais d'inscription pour les étudiants étrangers vivant en dehors de l'Union européenne. Jim Walker, vice-président en charge des relations internationales de l'Université Lumière Lyon 2, a répondu aux questions de Lyon Capitale sur ce choix qui va à l'encontre du projet gouvernemental.

Lyon Capitale : Qu’est-ce qui a conduit à prendre cette prise de position ce mercredi contre la hausse des frais d’inscription à l’université pour les étudiants étrangers extracommunautaires ?

Jim Walker : La position est plus ou moins connue depuis l'annonce de la hausse des frais parce que l'on a pris position courant décembre. Par contre pour le timing, il faut rendre à césar ce qui lui est dû. C'est Clermont-Ferrand qui a lancé les choses en prenant position. Hier matin le président de l’université de Clermont a eu la présidente de Lyon 2 (Nathalie Dompnier, NdlR) et les choses se sont enclenchées. Il y a aussi Aix-Marseille qui a pris position hier.

Il y a une solidarité au niveau national entre les universités pour dire qu'elles n'acceptent pas la réforme ? 

La Conférence des Présidents d’Universités (CPU) a pris une position qui est assez critique vis-à-vis de la réforme. Elle n'est pas combative, mais critique. Donc oui il y a eu des positions nationales, mais je ne dirais pas qu'il y a une solidarité absolue. On n'est pas sur une lame de fond absolument irréversible.

À Lyon il y a des contacts entre les universités ? 

Pas directement et pas autre chose que des oui-dires. Je ne peux pas parler en leur nom. La raison pour laquelle à Lyon 2 on a voulu parler rapidement c'est parce que l'on sait que les autres universités (lyonnaises, NdlR) se posent la question. Je pense qu'il y aura des éléments dans les heures qui viennent parce que l'on a pas mal de formation associée. Co-accrédités comme on dit. L'idée de voir Lyon 2 ne pas faire payer les frais d'inscription est nécessairement une source d'inquiétude.

Pourquoi une source d'inquiétude ? 

Parce que ça introduit nécessairement une forme de concurrence. L'étudiant étranger qui hésite entre Lyon 2 ou 3, il ira là où les frais sont les moins chers.

L'idée de la réforme c'est de dire que l'Université a de moins en moins de moyens donc il faut faire payer plus les étudiants extracommunautaires pour qu'ils aient de meilleures conditions d'accueil. 

Ce n'est pas tout à fait ça. Le gouvernement ne dirait jamais qu'il y a moins de moyens. Nous, on peut le dire, mais le gouvernement ne le dirait pas. Ils disent seulement que pour permettre un meilleur accueil des étudiants internationaux, il faut des moyens supplémentaires. Pour le faire, ils veulent faire payer les personnes concernées. L'autre argument avancé c'est de dire que la gratuité de l'éducation de la France est négative pour l'attractivité par rapport aux États-Unis ou au Canada par exemple. C'est entrer dans une logique qui dit que ce qui est cher est forcément bon. Ce que l'on conteste fortement.

Même s’il faut tout de même améliorer cet accueil.

Que l'on ait besoin de meilleures conditions d’accueil, personne ne dit le contraire. Mais le gros problème, c'est que sur le plan des valeurs, on établit une distinction entre deux populations d'étudiants : les communautaires et les non-communautaires. C'est contraire à toute philosophie du service public à la Française. L’autre crainte que l’on a c’est qu’avec la multiplication par 15 des frais d’inscription, on se demande comment vont pouvoir payer les étudiants venant de pays avec un niveau de vie plus faible que le nôtre. Je ne vois pas à l'avenir comment ils pourront venir chez nous. Les étudiants sénégalais ou burkinabés on ne les verra plus.

Quelle importance a aujourd'hui l’accueil de ces étudiants pour une université ? 

Pour moi, l'avantage principal, c'est un avantage intangible. Avoir des étudiants qui viennent de partout c'est un enrichissement évident de la formation. Ça fait des salles de cours plus vivantes. Ne serait-ce que pour ça, il y a enjeu très fort à l’internationalisation. Il y a aussi la question de notre place sur la scène internationale. C'est un argument moins fort pour moi parce que je me demande à quoi sert « d’être vu pour être vu” ? Le dernier enjeu c'est la question de la francophonie. On attire des étudiants qui ne sont pas forcément francophones et qui le deviennent.

Le Gouvernement va devoir apporter une réponse à vos prises de position. Cette réponse vous inquiète ? 

Honnêtement, je ne suis pas certain de leur réponse. Ma petite crainte c'est que l'on est quand même opérateur de l'État et que c’est lui qui décide des frais d'inscription. On n'a pas la main là-dessus. J’espère que notre prise de position va provoquer des consultations avec le ministère sur cette question.

Quelle marge de manœuvre avez-vous pour répondre au Gouvernement s'il maintient cette augmentation ? 

Depuis un décret de 2013, on a la possibilité d’exonérer de frais 10 % de nos étudiants en plus de ceux exonérés au niveau national, comme les boursiers. Cette marge de manœuvre peut par exemple être utilisée pour dire “on exonère tous les sportifs de haut niveau ou toutes les personnes en situation de handicap”. On pourrait utiliser cet outil pour mettre en œuvre notre refus d'augmenter les frais d'inscription pour les étrangers extracommunautaires.

Combien l'université Lyon 2 compte-t-elle d'étudiants extracommunautaires ? 

On tourne autour de 3 500 étudiants extracommunautaires sur 29 000 étudiants. Donc on n'arrivera pas a faire tenir tout le monde dans les 10 %.

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